Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

Publicité

Une mère à son fils suicidé.

 

marilyne-20picture-20027-1-.JPG

Pourquoi n’as-tu rien dit?

Cette question est celle d’une mère, prononcée cet après-midi au salon funéraire auprès du cercueil de son fils qui s’est suicidé. Comme prêtre, comment transcrire de telles paroles dans un jargon compréhensible?

J’avais reçu les deux frères survivants et la conjointe la veille au bureau. Ordinairement, le salon funéraire ouvre pour la famille une heure avant les heures annoncées. Je me présente ordinairement une demi-heure avant l’ouverture officielle. Les frères et la conjointe m’ont demandé de me présenter au salon en même temps qu’eux. En fait, ils m’attendaient cinq minutes avant l’heure prévue. L’aîné des survivants demande à sa mère de me parler en privé. Au bureau du directeur absent, elle n’a rien à dire. Elle me regarde me supplie par son silence une parole de ma part qui pourrait la réconforter. Que puis-je lui dire qui ne serait pas de trop?

«Je n’ai pas de réponse aux questions que vous vous posez à la suite du geste de votre fils. Mais, au-delà des apparences, son geste n’est pas un rejet de la vie que vous lui avez donnée.» Comme un robinet qu’on ne sait plus fermer, les larmes ont coulé à flot. «J’aurais tellement aimé mourir avec lui pour qu’il ne se sente pas seul…!»

Devant la souffrance silencieuse d’une mère qui ne comprend pas le geste de son fils, peut-on douter de la compassion d’un Dieu Père, surtout si l'on croit qu'Il a un cœur de Mère? Celui dont je célébrerai les funérailles demain est mort avec son secret. Mais le premier secret d’un enfant est celui qu’il tricote avec sa mère durant les neuf mois de grossesse. Et jusqu’au moment fatidique du suicide, la mère a toujours cru faire partie de ce secret de la vie, dans la vie et par la vie de son fils.

Lors de la prière près du cercueil, ma position physique a fait en sorte que les gens présents devaient se tourner vers moi. J’ai voulu être un agent de la vie car une telle mort fait trop mal à ceux qui doivent y survivre. La foi, dans une telle situation, ne consiste pas à se forger des semblants de réponses pour une question qui n’a pas sens. La foi consiste à vivre avec des questions sans réponse.

Comme première lecture pour les funérailles, j’ai choisi l’Épître de saint Paul aux Romains (14, 7-9). Il est réconfortant de savoir que le Dieu de notre foi est le Dieu des vivants et des morts, peu importe la manière que l’on meurt. Pour l’Évangile, j’ai choisi les disciples d’Emmaüs. Ils ne comprenaient rien des événements qu’ils venaient de vivre.  Mais Jésus s’est présenté à eux et il a pris le temps. D’abord le temps de les écouter dire leur peine et leur désespoir, et aussi le temps de leur expliquer ce que les Écritures disaient de lui. Pour autant de questions sans réponse, il faut faire confiance au temps et croire en ce qu’il nous révèlera à mesure que le sable coulera dans le sablier.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article