Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Une nouvelle fait la manchette depuis deux jours. Des accusations ont été portées contre un prêtre pour des actes posés il y aurait plus de 45 ans. C’est l’onde de choc dans la région. Ce prêtre a rendu des services forts appréciés depuis une trentaine d’années dans la région. Je comprends les sentiments de ceux et celles qui l’ont connu. Une accusation n’est pas en soi une reconnaissance de culpabilité. Les procédures judiciaires verront à clarifier les allégations. Faisons confiance à notre système judiciaire.
Cette situation me rappelle une expérience que j’ai vécue alors que j’étais prêtre au Nouveau-Brunswick. Par un matin de juin où la mer était houleuse, je rencontrais les pêcheurs qui s’apprêtaient à prendre le large en quête de homards. La mer était à ce point agitée qu’il y avait des moutons au large, une écume blanche qui ornait les vagues. Un capitaine m’a demandé si je voulais me joindre à eux. Je m’étais dit : «s’ils sont assez fous pour sortir en de tel temps, je suis assez fou pour me joindre à eux.» J’ai regretté ma décision une fois au large. Mais il était trop tard pour virer de bord. Il me fallait vivre l’aventure jusqu’au bout. Le capitaine ne semblait pas avoir peur, je me suis dit que je n’aurai pas peur. Le père du capitaine était assis dans les marches qui descendent à la cuisinette de la cale. Lui non plus ne semblait pas avoir peur. Tant à l’homme de pont, il riait de moi alors que ma tasse de café se vidait de son contenu sans que je la boive. De toute évidence, il n’avait pas peur.
Une fois au large, alors que le père et l’homme de pont s’affairaient à lever les filets, j’ai demandé au capitaine pourquoi il ne semblait pas avoir peur. Il m’a dit : «le devant du bateau est fait pour affronter la vague. Mais si on s’était mis de travers, une seule vague aurait vidé le contenu électronique du bateau. Et si on s'était tourné le dos aux vagues, une seule aurait suffit pour nous couler.
Il en va de même dans une situation comme celle que nous sommes à vivre. J’appelle cela un «deuil en blanc.» Cela fait aussi mal que la mort mais il n’y aura pas de funérailles. Il faut se convaincre que notre foi suffit pour faire face à de telles vagues. Notre foi est faite pour de tels bousculements émotifs. Si on se tourne de travers et qu’on s’adonne à porter des jugements préconçus, notre existence se viderait de ses valeurs profondes et existentielles. Encore pire, si on se tournait le dos pour ne pas regarder la situation en face, on va sombrer avec la vague.
Le prêtre a un statut particulier. À mon avis, c’est la seule profession où, quand un prêtre est accusé, c’est toute l’Église qui en souffre. Il n’en est pas ainsi pour d’autres professions telles que les médecins ou les avocats. Ce sont là des cas isolés où le collège des médecins d’une part et le barreau d’autre part ne sont pas mis en cause. Cette solidarité que l’on ne retrouve qu’en Église s’appelle la COMMUNION. La prière est ici fondamentale et essentielle. Elle devient une nourriture existentielle. Faisons-nous confiance malgré les adversités. Les épreuves ont toujours fortifié la foi chez nos ancêtres. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui? Je me positionne à 250% derrière notre évêque et les autorités diocésaines qui demandent de faire confiance à notre système judiciaire. Il lui revient de clarifier la situation hors de tout doute. Personnellement, nous sommes de mauvais juges dans les situations qui nous ébranlent dans de telles dispositions.