Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Un lecteur m’a demandé si j’allais écrire un texte pour les victimes du prêtre accusé dont je parle dans le texte précédent. Oui, mais seulement quand l’accusé sera reconnu coupable. Il ne s’agit pas de prendre la personne accusée pour une victime à son tour. Jusqu’à maintenant, l’enquête n’a pas permis de démontrer que les plaignantes aient menti. Mais est-ce que cela fait de l’accusé un coupable pour autant? Si ça ne prenait que cela pour faire un coupable, on est tous voués à la prison d’une manière ou d’une autre. Si l’enquête n’a pas prouvé que les plaignantes aient menti, il faudra néanmoins un procès et un verdict formel pour reconnaître la culpabilité ou la non-culpabilité de la personne qu’elles accusent. Toute présomption relève du préjugé. Faut-il vraiment s’y soumettre?
Entre temps, les victimes dans cette affaire que je rencontre tous les jours sont innombrables. Ce sont des personnes qui ont travaillé avec l’accusé pendant des années et qui n’ont rien remarqué d’anormal dans ses comportements. Je ne doute pas que des parents aient questionné leurs enfants qui ont eu à croiser ce prêtre dans différentes occasions pastorales. On parle ici de 36 ans d’expérience pastorale dans la région et ce, sans histoire pour faire la une des médias. Ce n’est pas rien! Plusieurs m’ont dit : «Ce que l’on dit de lui n’est pas le prêtre que j’ai connu!» Et ce, que ce soit à l’hôpital où il a été aumônier pendant 26 ans, en paroisse, aux résidences pour personnes âgées ou aux salons funéraires où il a fait un ministère remarquable.
Le préjugé est contagieux et sournois. Il est radical et sans retour. C’est le noir ou le blanc. Il n’y a pas d’espace pour des nuances de gris. À quoi sert le système de justice si le jeu est joué avant le procès? Du calme s’il vous plaît! Ne condamnons pas avant le verdict final! On s’ajustera ensuite à la réalité et ce, peu importe ce qu'énonceront les autorités compétentes en temps venu.
Les véritables victimes sont ici oubliées et leur souffrance est sous-estimée. Je remplace le prêtre accusé auprès de deux résidences pour personnes âgées. J’ai dû faire des rencontres personnelles et de groupe en fin de semaine après les messes pour ces personnes affligées par la nouvelle. Je me suis servi de l’image du bateau au large du texte précédent pour aborder les sentiments que la nouvelle a profondément perturbés.
Le lecteur qui me demande un texte pour les victimes compare ici l’accusé à ce qu’il a été témoin dans son diocèse. Un prêtre a abusé des enfants pendant 20 ans et il aurait fait près de 85 victimes. Cela n’est pas ici le cas. Il n’y aurait que 3 victimes et les actes reprochés se seraient produits entre 1966 et 1968. À moins qu’il y ait d’autres accusations, il ne se serait rien produit depuis cet épisode. En plus, le prêtre dont il fait référence aurait été caché par son diocèse. Ici, c’est loin d’en être le cas. Le diocèse de Chicoutimi a été transparent et collabore étroitement avec les autorités policières. L’acharnement avec lequel on voudrait condamner ce prêtre accusé démontre à quel point on ne croit pas en notre système judiciaire. Pourtant, ce dernier ne s’est pas encore exprimer sur la situation car il n’y a pas eu de procès pour clarifier les allégations. Si on laissait la justice faire son job? On aura ensuite amplement de temps pour juger de la situation et la personne qui l’aurait engendrée. N'allons pas plus vite que la justice dans notre manière d'évaluer les situations. Admettons que nous souffrons tous d'une telle situation. Cela n'est pas un signe de faiblesse. On souffre selon la sensibilité que dénoncent les situations qui nous dérangent. La Sagesse sait attendre que la vérité se fasse. Or, la sagesse est un don de l'Esprit Saint. Seigneur, donne-moi la patience d'attendre le verdict et dépêche-toi!