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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Un après-midi d'espérance (3/4)

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Lundi, nous avons regardé les premières heures de notre foi. Hier, nous avons reconnu une promesse de vie qui s’articule dans une guérison intérieure. C’est l’expérience de foi qui transforme notre manière de penser la vie et modifie notre manière d’être aux autres.

Nous continuons notre démarche pour aborder l’espérance qui émane de nos expériences de foi et de transformation. L’Évangile du jour (Jean 5,17-30) est notre livre de bord. Il y a une source d’espérance dès les premières lignes de l’extrait. Et je cite : «Après avoir guéri le paralysé un jour de sabbat, Jésus déclara aux Juifs; <Mon Père, jusqu’à maintenant, est toujours à l’œuvre et moi aussi, je suis à l’œuvre.>»

Jésus utilise un long texte pour nous parler de la pédagogie du Père. La Bonne Nouvelle est qu'il n’agit pas seul. Il est en conformité avec le Père. En fait, Jésus souhaite nous faire entrer dans le processus de la Trinité en nous offrant l’esprit Saint, l’Esprit unificateur qui constitue la Trinité en Dieu. Jésus est chez son Père et Dieu est chez son Fils. Voilà le lien étroit qui les relie. Notre espérance, dans l’accueil de l’esprit de Dieu, est de participer à cette vie intime et intense. Il me vient trois événements qui me parlent d’espérance dans la compréhension des faits liés à la foi.

Un jour, deux ados se promènent. C’est un dimanche et ils décident de faire un tour à l’église. Un vieillard à longue barbe et aux cheveux en broussaille entre par la porte centrale et va s’assoir dans le premier banc. Le curé commence la messe et à l’homélie, il invite le vieillard à prendre la parole. Celui-ci se lève, va à l’ambon, dépose sa Bible à la vue de tous et commence son monogue. «Un capitaine de bateau décide de prendre le large avec son fils et le meilleur ami de son fils. Au large, une mauvaise vague fait chavirer le bateau. Le capitaine se retrouve assis sur le bateau chaviré avec une seule boué à la main. Il voit son fils et son meilleur ami à l’eau. Il ne peut n’en sauver qu’un. Il connaît son fils. Il sait qu’il est prêt à rencontrer son Dieu. Mais il ne connait pas son ami. Il sait que son fils ne lui pardonnerait de l’avoir préférer à son ami. Il sauve donc l’ami dans l'espérance de sauver son fils. Une fois l'ami en sécurité, le capitaine regarde pour son fils mais il ne le trouve plus. C’est ainsi que Dieu nous aime. Il connaît son fils et surtout, il reconnaît l’amour de son fils pour nous ses amis. C’est ainsi qu’il ressuscite son fils pour ensuite nous avoir avec ce dernier pour l’éternité.»  Après la messe, les ados vont voir le vieillard. «C’est une belle histoire, monsieur, mais on n’en croit pas un mot.» Le vieillard les regarde et dit : «Vous n’êtes pas obligés de me croire. Mais sachez que le capitaine c’était moi et le meilleur ami de mon fils est votre curé.»

J’aime aussi l’histoire d’un édifice de trois étages où le feu fait rage au deuxième. Sur le balcon du troisième, un enfant crie à son père de venir le chercher. Le père est sur le gazon et il crie à son tour à l’enfant de sauter dans le vide. L’enfant lui répond : «Je ne peux pas, je ne te vois pas avec cette fumée!» Et le père réplique : «Ce n’est pas grave. Moi je te vois et je vais t’attraper!» La foi ne consiste pas à voir Dieu en tout. La foi est une conviction profonde que Dieu me voit et il est prêt à m’attraper si je risque ma foi en lui.

Une dernière histoire me touche plus particulièrement. En 1990, j’étais une personne-ressource pour Revenu-Québec de Limoilou en toxicomanie. Un jeune que j’appellerai «Ghislain» vient me voir pour un problème de toxicomanie et de prostitution. Après deux mois de rencontres individuels, il a demandé d’arrêter. À l’automne 1996 j’ai fait un stage de quelques semaines à la maison Marc-Simon de Québec auprès des sidéens. À un mur de la chapelle sont les photos de tous ceux qui y sont décédés. J’y vois la photo de Ghislain. Informée, la religieuse responsable me demande si j’ai déjà eu une maison d’accompagnement en 1990. Devant ma confirmation, elle me demande de la rencontrer dans son bureau. Les yeux pleins d’eau, elle m’a décrit les derniers moments de Ghislain. Quand elle lui a présenté la miséricorde de Dieu, Ghislain aurait répondu : «Si Dieu est comme Daniel, je ne crains de le rencontrer!»

Le Père est à l’œuvre, même quand on ne le voit pas et surtout, quand on ne le sent pas présent. Avant d’aborder les questions délicates en Église, telles que les scandales et la position de l’Église par rapport aux divorcés-remariés et à l’homosexualité, il convient d’abord de regarder la croissance de l’Église depuis Vatican II.

Vatican II a apporté un vent de changement dans le monde et pas seulement dans l’Église. Avant Vatican II, son enseignement portait exclusivement sur la morale car c'était le seul discours reconnu à l'époque. Les choses s’articulaient simplement car on n’avait pas les moyens ni les techniques d’aujourd’hui pour comprendre les vrais enjeux de l’époque. Ça a été tout un renouveau quand le cardinal Paul-Émile Léger a exprimé l’idée qu’un homme et une femme pouvaient véritablement s’aimer et ce, même s’ils ne croyaient pas en Dieu. Une telle conception de l’amour était jusqu’alors inconcevable. Le prêtre célébrait SA messe le dos au peuple et il priait pour le peuple. L’Église se limitait aux ministres ordonnés, du pape aux prêtres. Ils «disaient» ou «chantaient» la messe en latin, une langue que les gens ne comprenaient pas. On assistait à la messe du prêtre.

Depuis Vatican II, l’enseignement de l’Église se veut plus universel. Le discours du pape ne peut se réduire à nos arrière-cours. Son discours est universel et planétaire. Dans l’ensemble, l’Église a ajusté son discours aux nouvelles approches de la vie. Qui se rappelle en avril 2007 où le pape Benoît XVI décrétait que la notion «des limbes» pour les bébés non baptisés ne peut plus tenir devant les nouvelles découvertes à tous les niveaux? La messe se célèbre dans la langue du peuple. Ce n’est plus la messe du prêtre mais la messe du peuple présidée par le prêtre.

Le discours du pape ne plait pas quand il se prononce contre les situations telles que l’homosexualité et les divorcés-remariés. À la base, je pense qu’il y a encore confusion entre l’enseignement universel de l’Église et son application uniforme. Le pape ne peut pas ajuster son discours selon l’auditoire à qui il s’adresse. Nous serions alors témoins d’un ensemble d’enseignement disparate et contradictoire. En fait, le pape parle à partir d’un principe commun à tous. Or, il y a des pays où le divorce et le mariage civil ne sont pas admissibles. J’ai une amie qui vit au Liban et elle dû se marier en Chypre car le mariage civil ne se pratique pas au Liban.  Il en va de même pour l’homosexualité. Au Somalie en 2009, deux garçons de 19 ans ont été condamnés à 20 ans de travaux forcés pour s’être mariés civilement. Amnistie internationale a dû intervenir. Les pays du Commonwealth se remettent en question car, sur plus de cinquante pays membres, 42 pays considèrent toujours l’homosexualité comme un crime répréhensible. On ne peut donc pas tenir un discours universel sur de tels sujets. Est-ce une invitation à condamner ceux et celles qui vivent dans un tel État de vie? Absolument pas.

Entre le discours universel du pape à partir de Rome et l’application pastorale de cet enseignement dans nos paroisses, il y a la précieuse contribution de nos évêques, tant au niveau du Canada avec la Conférence Canadienne des Évêques Catholiques (CECC) qu’au niveau provincial avec l’Assemblée des Évêques Catholiques du Québec (AECQ). À mon ordination, je promis de rester en communion avec mon évêque et à ses successeurs, mais je ne suis pas directement lié par obéissance au pape. Or, ces derniers nous demandent d'exercer  la compassion envers ces personnes qui n’ont pas choisi leur mode de vie.

La compassion consiste à reconnaître la souffrance profonde des personnes engagées malgré elles dans de telles situations de vie. L’homosexuel(le) ne choisit pas son orientation sexuelle. Jusqu’à la fin des années 60, ici au Canada, l’homosexualité était un crime punissable par la prison alors que dans la grand livre des Diagnostiques en Santé Mentale (DSM) c’était reconnue comme une maladie mentale. On a décriminalisé l’homosexualité d’une part et on a enlevé son côté malade du livre des diagnostiques, mais ces notions sont encore bien ancrées dans la mémoire collective du peuple. La personne divorcée souffre aussi de sa condition. Ça n’a pas été un choix facile dans un contexte où l’union précédente était devenue une source de torture à en compromettre la dignité humaine.

Je n’encouragerai jamais publiquement la communion générale comme soupape  pour atténuer la souffrance de ceux qui souffrent dans leur être intime, tant auprès des divorcés-remariés que les personnes avec une orientation homosexuelle. La communion au Corps et au Sang du Christ n’est pas une soupape au mal de vivre. Ce serait promulguer une croyance populaire superstitieuse et malsaine. Les sacrements ne sont pas des solutions magiques. Ils nourrissent, stimulent et engendrent les dynamismes de la foi qui, à son tour, engendre le véritable témoignage de foi dans un contexte précis. Or, si je suis en présence d’une personne qui me démontre clairement sa quête de Dieu, qu’il justifie son amour pour Jésus de par sa vie de prière et son assiduité à la Parole de Dieu, je me vois mal à m’interposer entre elle et son Dieu en lui refusant l’accès aux sacrements qui la font vivre, espérer et qui lui permettent un cheminement de foi véritable.

Nous accusons l’Église d’imposer ses vues sur nos valeurs culturelles contemporaines. Mais n’est-ce pas un peu ce que nous faisons envers Elle quand on la dénigre de ne pas apporter au niveau universel des éléments de vie individuels et unique à soi? De tels dialogues pastoraux ne sont pas évangéliques quand ils ne disposent pas à se mettre à l’écoute de l’autre. Nous penchons facilement du côté des médias qui arrondissent les coins en généralisant les cas particuliers. Les cas particuliers obligent à une approche pastorale individuelle. Ce qui est conseillé dans le cadre d’une consultation personnelle ne peut pas être promulgué à toutes les sphères comme une norme générale pour tous.

Tant aux scandales qui affectent l’Église, j’en suis de ceux qui en souffrent beaucoup. L’Église est le seul lieu où l’horreur d’une personne se répercute à tous ses membres. Un médecin serait accusé et on ne remettrait pas le collège des médecins en question. Un avocat est condamné pour fraude et cela ne touche pas à la réputation du Barreau. On a été témoin d’un haut gradé de l’armée canadienne avec une double vie plutôt sombre et désastreuse.  Il y a une forme de perversité profonde qui ne se détecte pas et ce, malgré les technologies modernes qui pourraient nous faire croire le contraire. J’ose croire que les accusations de pédophilie vont cesser et on aura appris de ces très tristes mésaventures. On aborde plus facilement la question du sexe et de la sexualité dans les milieux de formation. Je me souviens que j’ai eu à écrire l’histoire de ma vie sexuelle depuis ses premières manifestations jusqu’au choix consenti à vivre le célibat. Je n’en ferai pas un dogme pour tous. Mais pour ceux et celles qui veulent l’essayer, le résultat est surprenant. La liberté qui en découle est indescriptible.

De tout cela, une chose demeure comme seule vérité absolue. «Amen, amen, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit au Père qui m’a envoyé, celui-là obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car il est déjà passé de la mort à la vie.» Quant aux autres,  le jugement est déjà tombé et il ne vient pas de Dieu.

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