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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Au soir de la mission (4/4)

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Nous concluons ce soir la dernière rencontre d’une retraite de 4 jours. Lundi, nous avons regardé les premières de la foi. Mardi, nous avons abordé la question de la guérison intérieure. Hier, nous avons questionné l’espérance qui nous habite, tant au niveau individuel que collectif en tant qu’Église. Ce soir, nous voulons aborder la mission en Église.

Quelle mission voulons-nous nous donner à la suite de ce temps de réflexion communautaire? Ce matin (le 22 mars 2012), j’ai vu et entendu à la télévision l’intervention du président français concernant la tuerie qui a fait sept victimes juives en France. Monsieur Sarkozy parlait d’une idéologie où des gens vont se faire endoctriner ailleurs pour ensuite revenir perturber le climat social du pays. Cette idéologie est inadmissible pour l’équilibre de la nation. Et cela m’amène à réfléchir sur le sens de l'idéologie fanatique qui souvent encadre nos prises de position.

Entendons-nous sur une chose sérieuse. L’idéal est essentiel pour tout être humain. On doit se donner des objectifs précis et accessibles. Et pour se faire, il faut être animé d’un idéal abordable et acceptable. Or, une idéologie n’est pas un idéal en soi, c’est le discours tenu sur l’idéal.

Il est important de reconnaître que tous les mots qui se terminent en «logie» relèvent de la philosophie, c’est-à-dire de la pensée sur le sujet.  Le «logos» veut dire discours sur un sujet précis. Or, qui dit discours, dit aussi enseignement et endoctrinement. La doctrine constitue l’encadrement d’un discours. Par exemple, la psychoLOGIE est le discours sur le comportement humain. La théoLOGIE est le discours sur Dieu. Une religion peut être une idéologie parmi d’autres.  On y articule des mots qui se veulent au service des idées. Mais ce qui se dit sur Dieu comme téologie, peut ne pas être Dieu. Comme si qui se dit d'un comportement n'est pas le comportement comme tel.

En contrepartie à l’idéologie, il y a l’expérience de la foi qui engendre le témoignage. Le témoignage est une façon de faire qui exprime ce que je suis dans mon être profond et intime. Seule une véritable rencontre dans un cœur à cœur peut donner une telle conviction de base. La question qu’on est en droit de se poser est : Est-ce que ce que je fais exprime ce que je suis ou ne serait-ce pas plutôt pour exprimer ce que je veux que le gens disent de moi? L’idéologie tue le dynamisme du témoignage. Nous sommes dans une société de penseurs, mais en vérité on a besoin de véritables témoins. Mère Térèsa de Calcutta ne parlait pas beaucoup mais ses gestes en disaient long.

Le témoignage authentique n’est pas une quête d’une approbation sociale selon une idéologie populaire. Jésus nous donne le profil d’un véritable témoignage. Pour lui, seul son Père peut témoigner à son égard car il est le seul à le connaître. La loi de Moïse condamne mais la loi de Dieu libère. Pourquoi cette différence? La loi écrite est sujette à une interprétation, donc à un discours qui s’encadre dans une idéologie alors que la loi de Dieu est d’abord un témoignage divin, pour ne pas dire du Divin, dans lequel s’articule une reconnaissance de ce que je suis dans l’amour qui me caractérise et ce, au-delà de ce que j’en dis et au-delà aussi de ma manière de faire.

Le véritable témoignage est d’abord une expérience de foi. Un soir que je suis seul dans un presbytère, un type m’appelle tard le soir me demandant de le confesser au téléphone pour un geste qu’il apprête à faire, il voulait se suicider. Je lui ai demandé quel moyen il avait choisi pour cela. La pendaison.  Or, il est dit que le moyen qu’un type se donne pour mettre fin à ses jours exprime la souffrance qui l’empoisonne. Je lui ai alors demandé ce qui l’étouffait à ce point pour contempler une telle solution. L’homme avait une belle carrière, aimait sa femme et ses enfants mais il luttait contre son homosexualité latente. Il n’avait jamais actualisé ce côté de sa sexualité car il avait peur de tout perdre à cause des préjugés qui s’y rattachent. Je lui ai dit que peu importe la décision qu’il prendrait, Dieu l’aime tel qu’il est. Pour ma part, je ne pouvais pas donner l’absolution pour une faute qui n’a pas encore été commise. Sa réplique m’a surpris. «Tu dis que Dieu m’aime, mais toi Daniel, m’aimes-tu?»

Cette question m’a donné un frisson dans le dos. Je lui ai demandé quel geste accepterait-il de ma part qui serait pour lui un témoignage que je l’aime. Il m’a demandé d’aller le rejoindre dans la solitude de son camp. J’ai d’abord établi une condition avant de m’exécuter. Je lui ai dit que j’aurais mon téléphone cellulaire avec moi. Je frapperai à la porte. Si après trois tentatives, il n’ouvre pas, j’appelle la police car je ne veux pas le voir au bout d’une corde. À ma surprise, à peine avais-je mis le pied sur la première marche du balcon, la porte s’est ouverte et il se jeta dans mes bras en pleurant.

J’ai vu la corde et la chaise bien installées. Je n’en dis rien. On s’assoit et on se prépare un café. On commence à parler. Je l’ai initié à la prière du cœur. Il s’agit de faire silence et accueillir ce qui bouge en soi. Pour nous aider, je suis allé chercher un lampion d’église que j’avais dans ma voiture. Après un certain temps à lutter contre lui-même, il échappa les premiers mots de sa prière : «TABARNAK  que ça fait mal!» La véritable expérience de foi commence par confronter la source de ses doutes. Et souvent, la source de ses doutes provient de ses peurs. On a peur de souffrir comme on a aussi peur de mourir. Et la pire de toute les peurs demeure encore celle qui vient par anticipation. Comment cela va-t-il se passer?

L’image de cette peur par anticipation repose pour moi dans ce rapport de la commission «Mourir dans la dignité.» Ma première question est : Qu’est-ce qui motive le goût de mourir? Ma deuxième question n’est pas la moindre : Qu’est-ce que la dignité? Évidemment, je reconnais les sous-questions. Qui décide quoi dans une telle option sans retour? Mais si nous voulons être des témoins crédibles, il faudrait se demander ce qu’en pense Jésus sur le sujet. Pour Jésus, la mort est un don de sa vie pour que d’autres vivent et la plus grande de toutes les dignités est celle que l’on retrouve au cœur de l’humaine. C’est à partir de sa dignité que l’humain prend conscience de l’amour ou de la punition de Dieu. Pour arriver à ce constat, il faut regarder l’homme et son agir dans leur ensemble.

Si la commission parle de mourir dans la dignité, pour Jésus, c’est donner dans l’humain. Il ne s’agit pas de donner «à» l’humain. Cela serait un geste extérieur comme si la source de tout être venait de l’extérieur à partir d’une idéologie savamment conçue. Non, comment déposer dans le cœur humain ce qui le situe dans sa dignité humaine et lui donnerait le goût de vivre et ce, malgré les revers de la vie?

Comment Jésus a-t-il agi? Comment a-t-il donné dans l’homme pour le resituer dans sa dignité? Mon premier exemple vient de Zachée. Il vivait en lui-même les deux extrêmes de l’existence humaine. Physiquement, il était de très petite taille mais socialement, il avait la plus grande réputation qui soit. Jésus le fait descendre de son arbre et s’invite chez lui pour un repas. Or, pour partager un repas, on doit s’assoir vis-à-vis ou côte-à-côte. Je vous invite à un exercice. Regardez librement autour de vous sans juger de quoi que ce soit. Maintenant, levez-vous et refaites la même expérience. De nouveau assis, avez-vous remarqué que debout vous n’étiez pas de la même hauteur? C’est dans de telles différences qui s’engendrent les idéologies d’où émanent les conflits sociaux, raciaux et culturels. Maintenant que vous êtes assis, vous constatez que vous êtes à peu près de la même hauteur que votre voisin.  Ce faisant, le dialogue est plus facile quand on se sent égal avec son vis-à-vis.

L’autre exemple parlant est la femme adultère. On se souvient du contexte. Jésus est dans le Temple quand on lui amène une femme adultère prise en flagrant délit. Jésus discerne le piège. L’adultère est un heureux péché qui se vit à deux. Or, la loi de Moïse exige que les deux soient lapidés. Où est l’autre? Plutôt que d’entrer dans une idéologie de mots, Jésus pose un geste. Il se penche et il fait des traces sur le sol. Le geste signifiant. Le plancher du Temple est fait de dalles de pierres qui rappellent les commandements de Dieu donnés à Moïse. Par ce geste, Jésus signifie que la loi est là pour son propre examen de conscience et non pour juger le comportement des autres. Une idéologie repose essentiellement sur un ensemble de valeurs sociales avec lesquelles on approuve ou on condamne un comportement.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus dit que son témoignage vient de Dieu. Oui, Dieu a donné des lois à Moïse pour l’humanité, mais Jésus est le don de la personne de Dieu. Comme chrétien, ma mission vise à témoigner de Dieu dans ma vie. Dieu me reconnaitra-t-il pour avoir la dignité de son Fils? Si Jésus est l’intégration de la Loi de Dieu pour la dignité humaine, est-ce que je suis assez chrétien pour qu’on reconnaisse le don de l’Esprit Saint dans ma manière de vivre? Notre défi est de nous déshabituer à nos actes de foi. On est tellement habitué de faire la même chose qu’on ne saisit plus la profondeur de nos gestes. Il n’y a pas si longtemps, j’ai célébré la messe dans une église avec mon micro portatif fermé. Je ne m’en suis pas aperçu tant les gens répondaient là ils devaient répondre. Cela me rappelle l’histoire d’un vieux prêtre qui arrive à l’ambon et donne une tape au micro en disant : «Il y a quelque chose qui ne marche pas avec le micro.» Et la foule de répondre : «Et avec votre esprit!»  Sommes-nous habitués à ce point à nos manières de faire que nous tombons dans des ornières préétablies et immuables?

Comme mission, si on se faisait sa propre prise de conscience en ce qui concerne notre relation à Jésus-Christ. Est-ce une idéologie ou une expérience vitale prête à rendre témoignage? Qu’est-ce qui doit changer en moi pour que je n’aie pas à tout justifier pour me faire accepter tel que je suis? Dieu ne nous appelle pas à la perfection mais à la sainteté. Est-ce que ce projet tient encore pour moi? Qu’ai-je fait de l’Esprit que j’ai reçu à mon baptême et qui se confirme dans ma manière de vivre?

 

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