Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Hier, avec saint Joseph, nous avons vu les premières heures de la foi. On a fait la distinction entre la foi et les croyances. On s’est rappelé que la foi s’articule uniquement envers une personne alors que la croyance s’exprime dans les moyens qu’on se donne pour entrer en relation avec la personne de sa foi. On s’est mis en parallèle avec Joseph selon l’Évangile de saint Luc (2,41-51a). Une spiritualité saine engendre forcément des moyens (des croyances) qui conduisent à une relation saine avec la personne aimée (la foi).
On a aussi situé les différents verbes qui encadrent et orientent nos sources d’apprentissage. On s’est dit que le verbe SAVOIR vise à reculer le seuil de l’ignorance à partir d’une source d’information reconnue et c’est généralement orienté vers son passé. On ne connaît bien que son passé. On s’est aussi dit que le verbe COMPRENDRE vise à donner un sens à son expérience et que celle-ci se conjugue au présent. On a finalement reconnu que le verbe CROIRE nous oriente vers l’avenir. Il nous permet de transformer nos doutes en élans de foi.
En ce deuxième jour de retraite, nous avançons un peu plus dans notre journée en Dieu. Nous arrivons à un matin de promesses. Notre texte de référence est l’évangile du jour qu’on retrouve en saint Jean (5, 1-16).
La description du contexte est précise. Il y a cinq colonnades, un homme malade depuis 38 ans et une piscine du nom hébreux Bézatha. C’est l’image typique d’une croyance populaire qui tend à placer sa foi dans le geste mystérieux qui est de se jeter le premier dans la piscine au moment où l’eau bouillonne. Jésus s’adresse à la personne malade : «Est-ce que tu veux retrouver la santé?» Il est intéressant de constater que l’homme ne parle pas de sa maladie mais plutôt de la manière superstitieuse qu’il doit faire pour espérer la guérison. Et il tend à blâmer les autres pour sa situation actuelle : «Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi.»
Est-ce que cela ne nous ressemble pas un peu? On nous présente tellement de choses à croire qu’on ne sait plus qui ou quoi croire! Tout est correcte en autant que cela ne ME fasse pas tort! La première démarche de guérison est de reconnaître sa maladie. C’est une vérité de la Palice qu’on n’aime pas reconnaître dans sa cours. Quand je travaillais dans le domaine des drogues, je rappelais aux gens qu’ils ne recouvreraient jamais de leur dépendance avant de se reconnaître dépendants. C’est encore vrai en spiritualité. Comment croire en la Miséricorde de Dieu si on n’admet pas son péché?
Il y a 5 colonnades et l’homme a 38 ans. Qu’est-ce qu’on peut en dire? Les chiffres sont importants dans la Bible. Ici, le chiffre 5 est la moitié de 10. Or, le chiffre 10 est lié aux commandes de Dieu révélés à Moïse. Cela signifie que l’homme vit dans un contexte d’une souffrance collective où les 10 commandements ne sont pas intégrés dans la vie quotidienne. C’est encore le cas aujourd’hui. Je n’ai pas le tempérament du menteur, du voleur ou du tueur. Mais, qu’en est-il des autres commandements, ceux qui me confrontent à moi-même alors que j’ai tendance à m’en servir pour juger les autres? L’homme est malade depuis 38 ans. Dans son état de paralysé, il faut lire 8 moins 3 et cela le situe au même niveau que son contexte social. Si 8 – 3 = 5, l’homme porte en lui la mal collectif de son peuple. Y voit-on un lien avec le stresse personnel des gens d’aujourd’hui par rapport aux insécurités du monde tant aux niveaux économiques, politiques et dans les enjeux mondiaux?
Jésus ne pose pas de question sur la maladie de l’homme. C’est une question du + et du – dans la vie de tous. Si l’homme se situe au niveau de sa collectivité avec son 8 – 3 = 5, Jésus veut le situer dans le dynamisme de son Église à venir en changeant le 8 – 3 par un 8 + 3, ce qui donne le chiffre 11. C’est l’Église primitive au moment où Jésus consume l’Eucharistie qu’il vient d’instituer et ce, en mourant sur la croix. Judas s’est pendu et c’est là la souffrance de l’Église et des baptisés d’aujourd’hui. On a souvent le reflexe d'étouffer les courants de vie qui interpellent.
Comment aborder la souffrance en Église? J’ai déjà comparé la foi aux émotions chez l’enfant. Que peut-on dire de ce réseau affectif qui nous habite depuis notre troisième mois de conception? Quand je travaillais dans le domaine de la dépendance, on reconnaissait 11 émotions de base; 6 émotions existentielles sur lesquels on n’a aucun pouvoir. Il y a l’amour et la haine, le désir et l’aversion et finalement la joie et la tristesse. C’est le réseau d’ondes positives et négatives qui nous habite instinctivement. Il y a aussi les émotions utilitaires sur lesquelles on peut travailler modifier ses humeurs. Ils sont la peur et le courage, le désespoir et l’espoir et finalement la colère. La clef des émotions est la colère, en autant qu’elle soit tournée sur les situations et non sur les personnes. Par la pensée et la prière, je peux changer mes peurs en courage et mon désespoir en espoir.
Il faut reconnaître son mal de vivre pour accueillir la grâce de la guérison. Ces onze émotions de base ne sont jamais à l’état pur. Là est la souffrance profonde de toute l’humanité. Il y a un conflit émotionnel quand j’aime une personne et en même j’haïs ce qu’elle fait. Je désire être avec quelqu’un mais j’ai en horreur ce qu’il m’amène à faire pour son plaisir à lui (pour de l’alcool ou une drogue.) Nos conflits internes sont essentiellement une confrontation à la base entre une émotion agréable (amour, désir et joie) avec une et différents émotions désagréables (haine, aversion et tristesse) dans une même relation. Comment accueillir la grâce de la guérison dans de tels réseaux? Car là est la promesse de Dieu en Jésus Christ! Une promesse, c’est une Parole donnée. Encore faut-il croire en cette Parole de vie! Dans l’Évangile qu’on vient d’entendre, c’est par la Parole de Jésus qui rencontre la personne infirme.
Pour saisir l’action de Dieu dans laquelle s’articule une promesse de vie, il faut comprendre le parcours relationnel humain en parallèle avec le parcours de Dieu en nos vies. Il y a d’abord la relation physique des différences. On fait la différence entre les sexes, les races et les cultures. Ce premier niveau fait référence au savoir comme mode d’apprentissage et nous situe dans le passé déterminé. Le deuxième niveau est psychologique, on y reconnaît une forme de connivence, de complicité réciproque avec l'autre. On aprle alors de réciprocité aux valeurs partagées. Il fait référence au verbe comprendre et il nous situe dans le présent de l’expérience avec l’autre. La troisième niveau est spirituel. Il fait référence au verbe croire et il nous situe dans un projet d’avenir. Quand on dit aujourd’hui qu’il y a un manque spirituel dans le monde cela veut dire qu’on n’a plus de sources d’espérance ni de projet commun. On y va chacun de son projet personnel mais sans projet rassembleur commun. Comme on se comprend de moins en moins, il est de plus en plus difficile de s’entendre. C’est la normale des choses.
Le parcours relationnel de Dieu est à l’inverse de celui des humains. Comme Être spirituel, Dieu veut d’abord nous rencontrer dans notre spiritualité. Encore faut-il désirer ce niveau relationnel! De là l’importance des trois «P» de l’équilibre humain (Prier, Penser et Parler). C’est aussi la prise de conscience qu’il faut récupérer les colonnes manquantes qui nous situent dans les 10 commandements. Jésus est l’intégrité des 10 commandements incarnés. L’accueil de la grâce est inconditionnel à la personne de Jésus le Ressuscité. Cette rencontre intime exceptionnelle a une incidence directe sur notre psychologie. On admet et on reconnait le syndrome de Judas à même nos fibres relationnels. On a naturellement tendance à étouffer les dynamismes qui dérangent. La grâce stimule l’engagement pour générer un témoignage concret dans le contexte d’une conversion de base. La conversion est sentie et l’engagementqui en découle est consenti. La guérison à ces deux niveaux engendre au niveau physique des signes du Royaume pour aujourd’hui. L’humain devient lui-même un sacrement dans le sens d’être un signe sensible de la présence agissante de Dieu dans le monde. Cela situe l’humain dans les dons de l’Esprit reçu au baptême et développés par la confirmation en Église.Il est capable de se relever debout et marcher avec son brancard sous le bras et ce, même en un jour de Sabbat!
Si on condamne facilement le statut social du prêtre dans son sacerdoce ministériel, c’est que le baptisé ne se reconnaît plus dans son sacerdoce royal qui le li à son baptême. Il s’invente des philosophies de vie qui lui conviennent mais qui ne créent pas forcément l’harmonie autour de lui. Le sacerdoce, qu’il soit ministériel par les ministres ordonnés au royal par la vie quotidienne des baptisés consiste à présenter la communauté à Dieu dans sa prière et à être un signe de Dieu dans la communauté. Est-ce qu’on croit en son baptême à ce point où on peut changer la face du monde? Quelle est la place de la prière dans ma vie?
Demain, nous aborderons des questions délicates en Église alors que nous parlerons de l’espérance en Église.