Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Devrait-on se donner la peine d’étudier la théologie? Je pense que oui, mais encore faut-il comprendre ce pourquoi on se donnerait cette peine.
On étudie la théologie possiblement pour deux raisons. Si la théologie est un discours sur Dieu et que je ne connais pas Dieu, je risque d’étudier longtemps pour expliquer d’une manière savante ce que je ne connais pas. C’est en lien avec le texte 2 de Réflexion d’un moine. Mais si la théologie est d’abord une foi qui cherche à se comprendre, il y a des chances que je dise tout en très peu de mots. Cela dépendra évidemment des actes de foi qui alimentent ma vie. Mais on peut étudier la théologie avec deux options. Soit que j’apprenne afin de mieux l’enseigner; c’est l’option de saint Thomas d’Aquin, ce célèbre Dominicain qui a profondément marqué l’Église et son enseignement pendant des siècles. Ou encore, je peux apprendre pour mieux aimer et ainsi ordonner la vie dans le sens de l’Amour. C’est l’option de saint Bonaventure, un fidèle disciple de François d’Assise. J’avoue que j’ai un faible pour ce dernier. C’est moins fulgurant que le premier mais ses bénéfices sont hors de ce monde.
L’approche théologique de saint Bonaventure est le cœur même de ma vie religieuse. Je suis quand même religieux de par ma manière d’être. Si je devenais prêtre, le sacerdoce est la capacité de faire un ministère d’Église, notamment administrer les sacrements. Je n’agirai pas constamment en prêtre, seulement dans les cas précis où un tel service est demandé. Tandis que je serai toujours religieux dans ma manière d’être. Je le suis 24 heures par jour et sans amertume. Je n’aurai pas toujours à prononcer des homélie ou à faire des interventions, mais j’aurai toujours à enseigner par ma nière de vivre. Donc, ce n’est pas toujours ce que je dis ou écris qui doit interpeler le plus, mais plutôt ce que je suis et dans la manière que je suis.
Vivre en religieux fait appel à un mot très peu populaire de nos jours; la discipline, une plus grande discipline. Ce que je suis est plus important que tout ce que je fais. Ce que je fais n’a de valeur que si cela exprime l’être unique que je suis. C’est pourquoi je considère la situation des chômeurs et des assistés sociaux comme le plus grand désastre des temps modernes. La création d’emploi est un acte de foi en soit. À quand le temps où nos dirigeants mettront l’économie au service des hommes et non l’inverse?
On est tous des ostensoirs vivants, cette «chose» sous différentes formes dans laquelle on expose le Saint-Sacrement dans les lieux de culte. On a tous un certain rayonnement. On appelle cela l’essence de soi au-delà de ce qu’on fait. J’ai ma façon unique de marcher, de parler et d’écouter. On a tous un certain prestige à manifester; pour un père, ce sont ses enfants, pour les époux leur vie de couple; pour un entrepreneur, le succès de son entreprise. On reste humble même si on n’haït pas qu’un journal étale nos bons coups au vue et au su de tous. Donc, on a tous une réputation à orner, à polir et à manifester. Par contre, il y a de ces existences en apparence dorées qui sont vides de sens, vides de sacrés. Par exemple, certains se font une belle réputation comme défenseur de l’environnement. Par ailleurs, on apprend qu’ils défendent aussi l’avortement sans restriction. C’est ce que j’appelle des ostensoirs vides. Beaucoup de «flash» pour l’environnement mais très peu de substance pour la vie. On stimule une philosophie qui prétend qu’il faut vivre comme si on ne mourra jamais, alors qu’on meurt comme si on n’avait jamais vécu!
En engageant ma vie religieuse, je m’engage aussi à manifester le sacré qui anime la vie qui m’entoure. La présence authentique des l’hostie consacrée donne à l’ostensoir se véritable valeur. C’est ce qui manque de nos jours; une valeur de l’intérieur pour laquelle je donnerais ma vie pour la conserver. Cette valeur fondamentale est le germe de vie éternelle ensemencé par Dieu et révélé par Jésus Christ. Suivre la vie, sous le poids de ma croix de tous les jours tel une questionnement continu, l’effort d’accepter des événements difficiles ne fait que polir une valeur existentielle qui est vraie qu’au-delà des interprétations personnelles, plus grand que le bien-être commun, plus forte que la santé et qui va au-delà de mon existence et de ma mort.
Le temps fuit, puis-je toujours me souvenir de ma mort? Est-ce assez vivant comme projet de vie? Je garde en mémoire l’esprit dans lequel je voudrais mourir et je m’en fais un projet de vie. Quelle belle mort que de mourir avec la conviction sans certitude que s’ouvre devant soi la chance d’aimer pour l’éternité et ce, de la manière que j’ai aimé aimer quand j’en ai eu la chance! Vivre éternellement d’Un Amour mature qui ne goûte pas l’usure mais tant il a poussé et lutté comme un brin de blé dans un champ d’ivraies.
Quand je rencontrerai Dieu, je voudrais qu’Il me parle d’Amour. J’espère qu’on en aura long à se dire car on aura toute une éternité à combler! Oui, j’en aurai long à lui partager tant j’aurai passé ma vie à tenter de comprendre ce que la foi m’a fait faire, tantôt par dévotion, tantôt pas pulsions intérieures irrésistibles. Mais l’éternité avec Dieu devrait être le pire des enfers pour celui qui n’a rien à sur l’Amour tant il a oublié d’aimer alors qu’il avait toute une existence pour l’apprendre.