Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
En sélectionnant les extraits de ce chapitre, j’ai constaté à quel point André Sève a été avant-gardiste pour écrire ainsi en 1993. Il s’adressait à une élite intellectuelle fortement influencée par l’avant Vatican II. Moi qui ai une certaine distance d’une époque pour moi lointaine, je reste stupéfait de l’actualité de ses propos.
«Le P. Varillon le sentait bien : «Quand on voit comment les gens butent sur l’institution, on se dit : il y a quand même autre chose!»
D’abord, voir cet «autre chose». Après on pourra supporter, corriger, faire progresser. Avant d’être forcément une institution (qui pourrait, sans cela, rassembler tant de gens et s’en occuper?), l’Église est accueil; l’accueil des dons que Dieu nous offre par Jésus Christ. Elle peut alors rassembler ceux qui, par elle, vont accueillir Jésus Christ, son Évangile et ses sacrements. (p.41)
L’Église-appel
Par malheur, et c’est grave, l’appel à l’idéal risque toujours de glisser sur la pente qui va de l’obligation à la condamnation. Le plus douloureux exemple est celui de la messe. Œuvre d’amour, elle était devenue une obligation-terreur, alors que les premiers chrétiens mouraient pour elle en disant : «Nous ne pouvons pas nous en passer.» Bien d’autres invitations mal lancées et mal reçues ont fini par transformer l’Église de l’appel en Église de l’interdit. Le symbole du mur qui se dresse entre l’invisible (ce que les gens veulent profondément vivre) et le visible (ce que l’Église demande), c’est Humanae vitae. L’Église appelait à l’amour, les gens n’ont vu que la condamnation. La faute à qui? (p43)
Il faudrait relire ici tout le No 25 de Lumen gentium qui traite de la fonction d’enseignement des pasteurs de l’Église, pape, évêques et conciles. Et plus que le lire; essayer de le recevoir. Non pour chloroformer notre activité de pensée, mais pour accueillir avec une patience aimante et un préjugé favorable ce que dit et fait l’Église. Cette attitude nous donne plus de chances de rejoindre sa propre écoute de l’esprit. Comme baptisés nous sommes tous bénéficiaires de l’esprit, mais les grands responsables sont dans le peloton de tête. Dommage qu’ils semblent avoir peur du débat au moment même où, dans une société de discussion, il faudrait qu’ils s’expliquent sans lassitude, sans peur, et si possible avec de la tendresse. (pp.43-44)
«Pourquoi mettre l’Église entre Jésus et nous?»
Personne ne récuse l’Évangile. En revanche, on dit non en vrac aux structures de l’Église, à son autoritarisme, ses richesses, les scandales dans le passé et le présent.
Mais qui nous a donné l’Évangile? Avoir réalisé le Nouveau Testament, Évangiles et Lettres apostoliques, est un des plus beaux exploits des débuts de l’Église. Et elle continue à nous le donner! Qui nous apprend à lire l’Évangile comme il faut le lire à notre époque? Et qui nous y ramène constamment?
Dire non à l’Église, c’est dire non à Jésus lui-même, puisque c’est refuser son œuvre et son corps : «Vous êtes le corps du Christ.» Mais je sais bien comment on relance le non : «Ce n’est pas l’Église que Jésus a voulue.»
D’abord, Jésus n’a pas construit une Église sur plans. Deux choses seulement sont certaines : il a voulu le collège des Douze et Pierre comme chef très collégial de ces Douze. Et, deuxièmement, il a confié son œuvre à l’Esprit. L’Église est le mouvement des apôtres lancé à Pentecôte.
Après cela règne la liberté! Cette liberté qui doit avoir beaucoup de valeur aux yeux de Dieu, puisqu’il la respecte jusqu’à nous troubler. Pourquoi l’Esprit laisse-t-il faire et dire des choses qui dévalorisent son Église? Parce qu’il fait ce qu’il peut faire avec des libertés en les inspirant sans les robotiser. (p.45)
Dans tout ce visible se fait un travail invisible. À nous d’être, dans cette Église de la liberté et donc des fulgurances et des balbutiements, les membres intelligents, patients et créatifs. L’Église visible, ce n’est pas seulement le pape et quelques évêques très médiatiques, c’est tout chrétien là où il est, là où il parle et agit.
L’Église n’est pas entre Jésus et nous, elle est Jésus prenant corps par nous. Quand ce corps nous déçoit, maudissons le pape, les évêques, monsieur le curé… et nous-même. Une femme qui participait très fortement au synode de son diocèse disait : «C’est incroyable comme j’aime l’Église depuis que je la fais.» (p.46)»