Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Il est intéressant que l'auteur nous invite à la méditation pour comprendre le rôle du chrétien.
«On balance ainsi entre la montée vers Dieu de l’effort humain et la descente vers nous d’une œuvre finale de Dieu. Il existe une formule qui unit parfaitement, en les hiérarchisant, notre part et celle de Dieu : «Nous sommes en train de préparer la matière dont le Royaume sera la forme.»
Pour l’honneur de l’homme et de sa vie on veut maintenir que rien ne sera perdu des beautés et des amours ici-bas. Mais on rend pleine justice aux promesses divine en creusant la notion si biblique d’«accomplissement» : il revient à l’homme de tout essayer, il revient à Dieu de tout parfaire.
Ce Royaume est un nid de questions, et pourtant seule la méditation sur le Royaume modèle l’homme capable de bien l’attendre. Mais qu’est-ce que cela veut dire, «attendre le Royaume»? C’est l’accueillir comme le merveilleux cadeau d’amour de Dieu. (p.26)
Accueillir le cadeau
«Convertissez-vous», demandait Jésus. On moralise trop vite cet impératif en «Dégagez-vous du péché.», alors qu’il est d’abord l’appel à se tourner vers le cadeau de Dieu, ce qu’il a rêvé pour nous et pour notre monde : le Royaume. Il faudra bien que nous soyons effort, mais avant tout nous devons être accueil. (pp.26-27)
Mais, si ordinairement les tâches humaines sont claires, celles de la préparation au Royaume sont difficiles à préciser. Refusant plus ou moins consciemment cette lutte avec le mystère, j’ai passé des jours à travailler les textes des exégètes, des théologiens et des spirituels pour clarifier la notion de Royaume, sans réaliser que j’essayais de faire que le mystère ne soit pas un mystère. (pp27-28)
Je vois au moins qu’il y a une chose constamment répétée et nette : Dieu veut qu’un jour tous les hommes soient en parfaite communion avec lui et entre eux. Quand et comment? La recherche respectera le mystère si elle se maintient dans les paraboles de Jésus, le seul guide authentique du Royaume : le Royaume peut se comparer à un semeur qui avait semé du bon grain, mais son ennemi vint y semer de l’ivraie; le Royaume est un petit grain de sénevé qui va devenir un grand arbre; le Royaume, c’est du levain qu’une femme enfouit dans la farine; c’est la perle précieuse, un immense filet, un fabuleux festin offert à tous. (p.28)
Nous irons au paradis
Le Royaume, ce sera le paradis. (…) Nous sommes ramenés au grand problème des réalités dernières : comment en parler? Ciment rêver aux jardins de Dieu puisqu’ils sont hors l’espace et du temps. (p.28)
C’est le moment de lâcher les définitions pour les symboles, en se redisant que le symbolisme biblique n’est pas un conte de fées mais un chemin vers la réalité, quand nos chemins habituels nous laissent à la frontière du Royaume.
Le premier dépaysement c’est qu’au ciel, dans le Royaume de Dieu, il n’y a que du bonheur. Peu importe, finalement, les mots et les images pour le dire : la réalité sera un bonheur en or massif, illimité, inattaquable, sans pannes et sans fin. J’accumule les mots parce que ce n’est pas facile pour nous, terriens, constitués pour ainsi dire par le malheur, de nous placer devant ce gommage total de malheur et de l’angoisse. (p.29)
Il y aura très positivement nos rêves familiers, mais aussi les surprises que Dieu nous réserve : transfigurer les joies connues et les surpasser par des inédites.
Jésus déploie tout cela par un seul mot : «Nous entrerons dans la joie du Seigneur.» (Mt 25, 21). Du coup, les idées de cinéma permanent, de Sanctus à la tonne s’évanouissent. Bonheur de Dieu, la pensée du paradis va dépendre de notre haute idée de Dieu. La Création, de l’atome aux galaxies, de la rose à l’homme, nous dit déjà de quoi l’Éternel est capable. Mais découvrir la vie trinitaire, voir enfin qui est Dieu, nous apportera une telle intensité d’existence que parler d’ennui à propos de la vie éternelle révèle la défaite de notre intelligence devant la notion d’éternité. Nous ne pouvons (pas) nous empêcher d’y voir de la longueur et de la succession. Ce n’est pourtant pas une question de longueur mais une concentration de présence. Notre temporalité nichée dans l’infinité. Notre désir comblé et restant désir, c’est-à-dire l’anti-ennui. (p.30)
De nouveau, notre intelligence cale. Qu’est-ce que peut être la fraternité vécue dans des foules indescriptibles? Que deviendront nos amitiés d’ici-bas et les liens des couples? L’impossibilité de répondre ne doit pas gâcher l’idée d’innombrables et comblantes joies fraternelles. (p.31)
Harmoniser le progrès et le salut
Ici, on est obligé de louvoyer entre deux positions extrêmes. D’un côté, la séparation brutale entre le monde terrestre et la vie future : ce que nous faisons en ce moment n’a rien à voir avec le paradis. D’autre part, une confiance trop optimiste à l’égard de nos possibilités : sous les yeux de Dieu et avec son aide, bien sûr, nous transformerions nous-mêmes notre monde en Royaume définitif.
Ces positions tranchées séduisent par leur clarté, mais la réalité est plus complexe et, il faut le redire, plus mystérieuse. Nous sentons bien que nos tâches d’hommes fabriquent de l’éternel. Comment, et quel éternel? Nos ordinateurs, nos satellites, nos Jeux olympiques, nos gouvernements engendrent-ils seulement de l’éphémère? Entrevoir au moins quelque chose de ce qui restera peut valoriser beaucoup ce que nous mettons en chantier sur toute la surface de la terre.
Vatican II va nous éclairer. Gaudium et spes consacre son chapitre III à l’activité humaine : quelle est sa valeur pour maintenant et pour l’éternité? (p.32)
En méditant sur le Royaume, nous regardons autrement ce qu’on appelait «le profane». N’est profane que ce qui est sans amour. Puisque Dieu est amour, il y a du divin partout où l’on fait des choses par amour. Le P. Varillom appelait cela le travail d’humanisation. «Ce que l’homme humanise, disait-il, Dieu le divine.» Tout effort d’humanisation, pour que la vie d’ici-bas soit plus heureuse, est un pas vers notre vie éternelle divinisée. (pp. 33-34)
L’Église est l’école d’apprentissage du Royaume
(L’Église) est la part du monde où le Christ et son Évangile prennent pied. Donc, un commencement du Royaume et sa meilleure école d’apprentissage, mais le Royaume la débordera toujours, puisqu’il est fait, nous l’avons vu, pour tous les croyants de toutes les religions et même pour tous les hommes de bonne volonté, alors que l’Église rassemble seulement ceux qui croient en Jésus Christ, (p35)
Pour cela, avec quelle passion (les chrétiens) doivent vouloir que l’Église soit vraiment l’Église du Christ » Entre ce qu’elle est maintenant et ce qu’elle doit être quand, Jérusalem céleste, elle sera devenue Royaume. Épouse, réunissant enfin tous les hommes qui aiment Dieu et qui s’aiment entre eux, l’abîme a de quoi décourager. Mais que peut produire ;le découragement? Des critiques destructives et des abandons. (p.36)
Beaucoup vont sursauter, en pensant aux divorcés remariés, à la contraception, au retour de la méfiance envers les théologiens, aux accès de fièvre romaine. Pourtant, suivre un voyage du pape, participer à un synode diocésain, écouter une missionnaire au Yémen, mesurer la montée de la prière et lire la vie des saints d’aujourd’hui révèle des vagues d’amour qui submergent les autoritarismes, les étroitesses et les lenteurs.
Le Royaume est partout où l’on garde son âme tendue vers Dieu, et partout où l’on veut être plus fraternel. Pour qui a des yeux largement ouverts l’Église est déjà le Royaume quand elle fait naître en son sein des priants et des fraternels. Et chose si précieusement nouvelle, quand elle admire les priants et les fraternels des autres courants spirituels. Depuis le 6 août 1964, l’encyclique Ecclesiam suam de Paul Vi a élevé le mot «dialogue» au rang des mots d’amour qui parlent du Royaume. (p.37)
Si notre cœur est en paix avec Dieu, nous sommes entrés dans le Royaume
En élargissant ainsi les mesures habituelles, nous devenons beaucoup plus responsables de nos décisions : suis-je en train de prendre le bon train pour l’éternité? Plus responsables aussi du monde, plis lucides. Cette énorme machine fabrique-t-elle des hommes et des structures pour le Royaume? Suis-je de ceux qui instaurent déjà la justice et l’amour? Ai-je acquis le réflexe de vouloir qu’on s’aime, coûte que coûte, partout où je vis? Ai-je accepté l’idée que l’Église devienne la meilleure accoucheuse du Royaume? (p.38)
Vienne ton Règne!
L’immense différence avec Dieu, c’est que faire sa volonté. Est toujours pour nous une digbnit.et un bonheur. «Ma nourriture, confiait Jésus, est de faire la volonté de mon Père» (Jn 4, 34). «Heureux, dit le psaume 118, ceux qui suivent la loi du Seigneur. » Et tout le psaume répète inlassablement : «Je trouve ma joie dans l’obéissance à tes ordres.»
Pas seulement parce qu’on se sent heureux d’obéir à Dieu, cette joie ne tiendrait pas dans les coups très durs où l’on se demande comment Dieu nous aime! C’est le moment de se rappeler que Dieu est Dieu. Il nous aime en nous voulant nobles, libres et finalement heureux. Lui seul peut voir en pleine lumière ce qu’il doit exiger de nous pour cela.
Il ne faut surtout pas imaginer le pouvoir de Dieu comme nos pouvoirs agrandis, magnifiés, mais faire appel à notre intelligence de la foi pour en arriver à convenir que la domination de Dieu non seulement respecte notre personnalité mais l’Exalte en tout, y compris notre liberté. Sommes-nous libres quand nous cédons à l’orgueil et à l’égoïsme? Obéir à Dieu nous tire de ce que nous prendrions pour notre autonomie et qui n’est que notre prisons. (pp39-40)