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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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L'Église n'est pas le Royaume

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 Comme je l’ai entrepris, je vous propose des extraits qui ont retenu mon attention à la lecture Oui à l’Église, paru chez Centurion en 1993 par André Sève. Les chapitres ne sont pas chiffrés mais les titres invitent à la réflexion.

«Où en est aujourd’hui le grand désir missionnaire d’aller prêcher l’Évangile dans le monde entier? Deux mille ans plus tard l’Église est bien partout, mais des millions d’homme ne connaissent pas le Christ.

On disait : il suffit d’attendre. On voit bien maintenant que l’annonce du Christ n’atteindra jamais tout le monde et on envisage l’Église dans un dessein beaucoup plus large qui englobe vraiment tous les hommes : le Royaume de Dieu. (p.15)

En passant nécessairement par l’Église? Longtemps on a pu le croire. Impossible maintenant, quand on voit vivre le judaïsme, se développer l’islam et le bouddhisme. On est bien obligé de se dire que beaucoup d’hommes jusqu’à la fin du monde auront cherché Dieu et formeront son Royaume éternel sans avoir appartenu à l’Église. (p.16)

L’Église est la forme évangélique du salut

L’Église n’est donc qu’un aspect partiel du Royaume. Mais quel aspect! Elle est la forme évangélique du salut, c’est-à-dire la lumière et la force d’aimer que Jésus est venu apporter au monde.

L’appel du Christ restera toujours pressant : il faut s’efforcer de prêcher son Évangile à tous les hommes, il faut constituer avec les hommes évangélisés et baptisés une Église. Elle sera le lieu où le Royaume existe déjà dans sa forme terrestre la plus parfaite, puisqu’on y écoute sans cesse Jésus, et on y reçoit directement sa vie dans les sacrements. Par la Parole et le Pain nous pouvons commencer à aimer Dieu en nous aimant entre nous. (p.16)

Deux choses devraient nous éclairer. Premièrement, ce que fait Dieu est toujours une histoire d’amour. Deuxièmement, le privilège d’être choisi par Dieu entraîne une grande responsabilité : se hisser sur les hauteurs vertigineuses de cet amour et répandre le plus possible le nom de Jésus Sauveur par lequel, sous des formes très diverses, tous les hommes seront devenus des choisis.

Cela conduit à une conséquence qu’il faut bien peser : nous ne sommes pas proches de Dieu par une forme de religion, mais par la réalité de notre amour envers lui et donc envers nos frères, car nous n’aimons Dieu qu’en aimant nos frères. C’est vrai pour tout homme dans le monde, croyant ou non croyant (Mt 25,40) (p.17)

Mais comment les musulmans et les bouddhistes peuvent-ils être sauvés?

Puisque le Royaume s’étend à tous les hommes en marche vers Dieu, proches ou éloignés de l’Église, je pense qu’il faut essayer d’explorer la réalité mystérieuse du Règne pour ne pas la perdre de vue quand nous parlons de l’Église, mais sans la confondre avec elle. Le Royaume est plus large que l’Église, mais l’Église est le noyau visible du Royaume. (p.18)

Jean-Paul II est le grand pionnier de la gigantisme aventure qui a démarré publiquement à Assise, le 27 octobre 1986, quand les délégués de toutes les religions furent invités à prier ensemble avec le pape. Surpris, enthousiasmé ou furieux, le monde a contemplé ce fantastique calumet de la paix entre des croyants qui n’ont jamais cessé de s’étriper. Sauf les bouddhistes! Mais les chrétiens, eux, n’étaient pas les derniers à massacrer au nom de Dieu.

C’est fini! A dit Jean-Paul II. Par ce haut geste symbolique il a proclamé qu’on peut s’aimer malgré les différences parce qu’elles se relativisent devant trois grandes unités : l’unité de création du genre humain, l’unité du rôle de l’Esprit Saint au travail partout depuis l’origine du monde, l’unité de l’œuvre rédemptrice du Christ, sauveur de tous les hommes. (p20)

67% de non-chrétiens sur la planète

«Sauveur de tous les hommes!» Nous voilà de nouveau devant la pointe du grand débat. L’œuvre de salut du Christ est bien universelle, mais elle ne peut être clairement perçue, acceptée et vécue que dans l’Église, en passant par la porte du baptême. (pp20-21)

On commence à reconnaître par les chrétiens (encore timidement!) que les religions autres que le christianisme ne sont pas que du sympathique folklore religieux mais de réels chemins de salut.

Est-ce que cela veut dire que nous n’affirmerons plus que Jésus est le seul sauveur du monde, et que nous stopperons les missions? Non. Il va falloir creuser patiemment le sens d’un texte capital et audacieux de Vatican II. Le Concile y enseigne que le Christ, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, agit en chaque personne pour l’amener à un renouveau tout intérieur. (p.21)

Mais nous avons à élargir nos cœurs, à nous occuper davantage de ces millions de personnes qui n’adhéreront jamais au Christ explicitement. Et nous en occuper d’une façon nouvelle. L’évangélisation aura de plus en plus deux visages : l’annonce quand elle est possible, et le dialogue nettement recherché quand l’annonce serait inopportune.

À la faveur de ce dialogue où chacun dit comment il va vers Dieu, nous apporterons quelque chose, mais – et c’est la nouveauté – nous recevrons des autres des valeurs de salut dont nous sommes peut-être pauvres, par exemple l’intériorité bouddhiste et l’adoration musulmane du Très-Haut.

Ces découvertes ne font que commencer, mais quelle chance de vivre à une époque où l’Église, malgré certaines hésitations, essaye de regarder les foules comme Jésus les regardait. (…) Le fameux texte conciliaire sur «Les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes» commence par un regard maternellement immense : «Elle veut examiner d’abord ce que les hommes ont en commun («d’abord» est significatif pour le nouvel esprit) et ce qui les pousse à vivre ensemble leur destinées» (Nostra aetate 1)

 Cette destinée commune, c’est le Royaume. (pp22-23)

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