Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
André Sève propose une belle réflexion sur l’Église. Il propose une ouverture d’esprit qui me questionne. Même ceci a été publié en 1993 chez Centurion, force est d’admettre qu’il y a matière à discussion.
«L’Église vive, c’est l’Église qui est l’annonce heureuse que Dieu nous aime, et que nous pouvons nous aimer entre nous. On a dit cela mille fois, mais le P. Bellet pense qu’il faut provisoirement tout déblayer pour découvrir un commencement qui doit se muer en recommencement obstiné : l’Église est annonce d’amour, servante de l’amour. (p.7)
Pourquoi lâche-t-on l’Église?
Pourquoi, en ce moment, tant de déçus critiquent l’Église et la lâchent? Parce qu’on dirait qu’elle ne voit plus très bien à qui elle parle.
Là encore, il faut remonter aux débuts de son existence et de sa mission : elle est née pour offrir l’Évangile réel à des hommes réels. (p. 8)
L’Évangile réel c’est celui, rude et tendre, qui peut faire de n’importe quel homme un disciple de Jésus. C’est-à-dire quelqu’un qui veut aimer parce qu’il a vu que le sens de sa vie et le sens du monde est là : aimer. Cela devrait être notre obsession, et l’Église vive est faite pour entretenir ce message fondamental de l’Évangile. (pp 8-9)
Après s’est adressée à des foules dociles et ignorantes, elle (l’Église) doit parler à des gens qui ont eu leur bac ou l’équivalent et qui ne jurent que par la télé.
Que l’homme réel soit devenu un drogué de pub, un être qui veut cueillir immédiatement tous les plaisirs possibles, qui refuse toute souffrance, qui croit passionnément à la science et aux technologies les plus risquées, ce sont des choses à ne jamais oublier si on veut lui parler efficacement de l’Évangile.
L’homme réel déteste aussi l’exclusion. Il accepte que l’Église soit un club, mais ouvert. (…), tous les hommes doivent être accueillis maintenant et sauvés éternellement. L’idée de l’enfer fait de plus en plus horreur. (p. 9)
Il n’y a plus rien d’indiscutable
Dès que nous tombons sur des textes irréels ou sans compassion, nous devrions approfondir la question, pour devenir les sauveurs de l’annonce ratée. L’Église morte ou vive, c’est nous. Je me souviens d’un grand repas d’anniversaire, chez des amis. La conversation est tombée sur de récentes positions de l’Église très mal reçues. On pataugeait en plein magma médiatique (la télé a dit ça, le Figaro a dit ça, oui mai Libération…). (p.10)
Malgré tout, l’enjeu véritable dépasse ces points particuliers. Même quand elle (Église) se bat mal, il faut voir pourquoi elle se bat. L’aimer et lui attirer des sympathies, c’est d’abord connaître si bien sa mission qu’on puisse la faire comprendre aux orielles d’aujourd’hui. Au-delà des inévitables bavures et des problèmes de langage, les gens pourraient admettre qu’ils sont aimés, qu’ils peuvent s’expliquer avec elle, l’éclairer et même la contester quand elle s’éloigne trop de la vie réelle. (p.11)
Pourquoi l’Église?
En envoyant ses apôtres à travers le monde, Jésus ne songe pas à construire quelque chose, mais à lancer un mouvement : «Allez dans le monde entier pour faire des disciples» (Mt 28,19). La formidable organisation actuelle de l’Église n’est rien quand manque le dynamisme qui marqua ses débuts : «Prêchez partout l’Évangile et faites-le vivre.» Toute méditation sur l’Église doit partir de là : elle est au service de l’Évangile. (p.11)
C’est tout de même bien grâce à elle que les paroles de Jésus n’ont jamais cessé d’être enseignées. Et vécues non seulement par les saints qu’on célèbre chaque jour, mais par la masse de ces chrétiens très simples et totalement donnés qui sont les fleurs d’amour du jardin travaillé par l’Église. (…)
Elle est l’Église d’un Évangile qui dit souvent : «Heureux serez-vous si…» Sa grâce et sa chance actuelle, c’est de pouvoir enseigner après Gaudium et spes que toute la vie peut être heureuse parce que la vie quotidienne est sacrée. Le dit-elle avec assez d’optimisme et d’affection? Si elle continue d’être l’éternelle grondeuse, elle risque de faire penser que Dieu n’est jamais content de nous, et c’est si lourd à porter qu’on jour on laisse tomber. Quand elle répète que Dieu est Amour on a envie de soupire : «Bon, on a compris, mais montre-le.» (pp.12-13)
Ô mon Église, si tu dois nous tracer des chemins difficiles, commence par l’amour, et reste dans l’amour, nous verrons mieux que ce que tu exiges au nom de Dieu n’est pas domination mais service,
N’attaque pas durement nos soifs de bonheur et nos colères devant l’injustice sociale. (…) Tes contestataires t’aiment plus que ceux qui t’immobilisent et te tirent en arrière. Puisque tu es l’offre divine de vie, écoute bien les critiques contre les œuvres de mort autour de toi et même en toi. Puissions-nous afficher dans toutes tes permanences et tes bureaux : «Ici on aime»! (p.13)»