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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Les nouveaux visages de la mission en Église

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L’Église d’aujourd’hui n’est plus celle de mon enfance. Elle a changé. À quel point a-t-elle évolué? André Sève nous propose une méditation en profondeur sur sa mission. C’est à ce niveau que les grands changements se sont faits, dans sa manière de faire mission. Pour ceux et celles qui voudraient se procurer ce livre dont je retire des extraits, je rappelle que Oui à l’Église  été publié chez Centurion en 1993.

«La mission? Pour qui? Le paysage missionnaire a fortement changé. On doit distinguer ceux qui n’ont jamais entendu parler du Christ, puis les croyants des autres grandes religions, et enfin les chrétiens qui se sont éloignés de l’Église, mais peuvent revenir si les malentendus s’atténuent. Tout cela rend assez compliquée la vision de l’Église missionnaire et ce qu’on appelle maintenant «la nouvelle évangélisation».

Mais ces discussions et même les divergences, les enquêtes, le nouveau vocabulaire et cette sorte d’obsession des cultures et des religions du monde, tout cela prouve que jamais le souci missionnaire n’a été aussi fort et aussi large. Sous le foisonnement d’idées neuves quelque chose n’a pas changé : on veut parler aux autres du Christ parce qu’on a été saisi par le Christ. (p.137)

Cela n’invalide certes pas la réflexion et les stratégies missionnaires, mais la plus belle voiture sans le moteur est magnifiquement inutile : tout ce que nous allons méditer ne sera utile qu’avec le moteur de l’amour pour le Christ. «Je ne puis pas aimer Jésus Christ, disait le P. d’Alzon, sans vouloir que tous l’aiment, et voilà le caractère apostolique de ma vie.» (p.138)

Les cultures sont les nouveaux pays de mission

Reste que l’apostolat change, comme change le monde. En 1943, un livre a bousculé les idées sur la mission. Dans France, pays de mission? Les abbés Godin et Daniel montraient que les terres de mission sont maintenant partout. Notre immeuble, l’usine, les écoles, c’est l’Afrique et l’Asie des temps héroïques. La mission a pris un nom nouveau : l’évangélisation des cultures. Si vous ne connaissez pas le monde culturel des jeunes, votre annonce du Christ tombera dans la dérision et l’ennui. Si le missionnaire le plus zélé n’entre pas profondément dans la culture du peuple lointain auquel il est envoyé, il n’enracinera pas l’Évangile. (p.138)

Le document d’Église le plus précieux pour comprendre l;es problèmes actuels de l’évangélisation, c’est l’exhortation apostolique de Paul VI : Evangelii nuntiandi (Annoncer l’Évangile aux hommes de notre temps, 1975). D’emblée, on passe des anciennes zones géographiques missionnaires aux «zones d’humanité», c’est-à-dire les cultures. (p.139)

Église universelle et Églises particulières

La question des cultures a pris toute sa vigueur devant la difficulté d’évangéliser, par exemple, des pays comme le Japon où il s’agissait de faire naître l’Église dans une riche culture ancienne. Face à une Église qui n’avait cessé de s’uniformiser autour de Rome, une nouvelle perspective se faisait jour : l’importance des Églises particulières comme mise en valeur des richesses d’un peuple. Ce peuple n’était pas seulement la piste d’atterrissage d’un Évangile destiné à rester toujours l’immigré, il devenait la terre qui pouvait engendrer une Église «bien du pays».

Mais aussitôt on s’inquiète : «Et l’unité?» Comment la maintenir si on se met à accepter un pluralisme liturgique (le blanc, au Japon, est symbole de deuil), un pluralisme théologique et même moral (le mariage en Afrique)?

La réponse est forcément dans un balancement entre l’universalité, vite abstraite et mutilante, et la particularité bien plus concrète mais diviseuse. Dans Evangelii nuntiandi Paul VI a courageusement affronté (à coup de «mais»!) ce délicat problème qui caractérise aujourd’hui la mission. (p. 141)

À son tour, Jean-Paul II a travaillé, dans Redemptoris missio, la question de l’incarnation de l’Évangile dans les cultures des peuples. «Incarnation» a alors glissé tout naturellement vers «inculturation». (p.142)

Enracinement revient sans cesse. On s’aperçoit que les peuples «évangélisés» n’avaient en fait pas totalement adhéré au Christ. C’est d’ailleurs un des sens de «nouvelle évangélisation» : reprendre des évangélisations trop superficielles. (p143)

Le dialogue avec les autres religions

La dernière avancée de la recherche missionnaire, c’est l’attitude des chrétiens envers les juifs, les musulmans, les bouddhistes et les hindous.

Les convertir au Christ? Pendant longtemps on a pu croire qu’à force d’activité missionnaire tous les hommes adhéreraient au Christ. Maintenant, devant le nombre grandissant des adeptes des autres religions et la force de leur foi qui va jusqu’à être elle-même missionnaire, on en vient à l’idée de cohabitation et de dialogue. Ce sera la grande question dans les années qui viennent. «Désormais, dit Jean-Paul II, pionnier audacieux dans ce domaine, le dialogue interreligieux est une expression de la mission» (Redemptoris missio 55).

Mais aussitôt surgissent deux outrances : «Il n’y a qu’une seule religion valable, le christianisme» ou, à l’opposée : «Toutes les religions se valent, le christianisme n’est qu’une religion parmi les autres.» Non, la révélation est trop nette pour qu’un chrétien puisse hésiter : « Il n’est sous le ciel aucun autre nom parmi ceux qui ont été donnés chez les hommes que celui de Jésus  de Nazareth qui puisse nous sauver» (AC 4,12) Et saint Paul : «Il n’y a qu’uj Dieu et il n’y a aussi qu’un médiateur entre Dkieu et les hommes : le Christ Jésus» (1 Tm 2,5)

Mais alors, les autres religions? On peut les ignorer, les combattre, ou les considérer avec amour. L’Église choisit la voie de l’amour, qui s’est exprimé dans le texte le plus court et le plus ouvert de tout Vatican II.(p.144)

On est désormais devant une perspective de cohabitation dialoguante. Avec ce problème crucial : puisque le Christ est le Sauveur de tous les hommes, comment exerce-t-il sa mission de salut dans et par les autres religions? Autrement dit : comment les autres religions peuvent-elles être salvatrices?

La réponse à cette question va demander un long chemin de réflexion théologique. Mais la poser montre déjà que nous revenons de loin, du plus massif et impitoyable rejet : «Hors de l’Église, pas de salut.» Comme on poussait par le fait même en enfer tous les païens, même très vertueux, et tous les enfants morts sans baptême, au XIIIe siècle on avait inventé les limbes, triste jardin d’une éternité sans la vision de Dieu. On a mis longtemps à admettre que c’était aussi injuste qu’aberrant. (p.145)

Peu à peu repoussée au nom de la formule la plus libérant, «Dieu veut le salut de tous les hommes», la coriace affirmation qu’en dehors de l’Église il n’y a pas de salut a été enfin liquidée par l’idée que le Peuple de Dieu est plus large que l’Église des baptisés. D’où le superbe texte de Vatican II (Lumen gentium 16), par lequel l’Église jette un immense regard d’amour sur tous les hommes. (pp145-146)

Un autre texte (Gaudium et spes 22) ouvre aussi largement les portes du salut. Parlant de l’espérance des chrétiens qui «associés au mystère pascal vont au-devant de la résurrection. (p.146)

«D’une façon que Dieu connaît.» Nous sommes à l’extrême pointe de l’élargissement du salut, nous savons que beaucoup seront sauvés hors de l’Église mais nous ne savons pas comment. (p.147)

L’appel aux théologiens

Désormais, la mission a deux visages : l’annonce et le dialogue. Annonce à tous ceux qui, ignorant le Christ, voudront peut-être devenir chrétiens, et dialogue avec les croyants des autres religions. Deux organismes d’Église concrétisent ces démarches : l’ancienne Congrégation pour l’évangélisation des peuples et le nouveau Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Ce dialogue, dont a n’a pas fini de parler car on s’avance sur un terrain tout neuf, a démarré très officiellement le 27 octobre 1986 à Assise par la Journée mondiale de prière pour la paix. On parle maintenant de l’«esprit d’assise»… Qui n’est pas accepté par tout le monde! «Présenter christianisme, islam et judaïsme, comme plaisant tous à Dieu, revient à nier l’absolu de la vérité, et à livrer la religion au ridicule et à l’indifférentisme» (Fraternité intégriste Saint-Pie X, après la seconde rencontre d’Assise de janvier 1993).

Au moment où l’Église missionnaire s’ouvre aux cultures et aux religions, les intégristes protestent, et il faut aussi les écouter – ou ne parlons pas d’ouverture. Dans les violences et les étroitesses des fanatiques on peut lire des craintes légitimes. À force de s’ouvrir aux idées des autres, pensent les traditionnalistes, nous finirons par perdre notre propre identité et donc la force de vivre la foi et de faire des adeptes. C’est vrai que l’ouverture a enfanté une mauvaise fille : l’indifférence, le «bof!» de «Toutes les religions se valent.»

Pour nous chrétiens, le cri du cœur le plus respectable c’est : «Ne touchez pas au Christ! Ne dites pas qu’on peut se sauver sans lui.» Aux théologiens d’éclairer un dialogue qui respectera à la fois le Christ Sauveur et les grandes religions du monde. (pp.148-149)»

 

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