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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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L'Église est-elle «une»?

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Dans le contexte des unités pastorales qu’éprouvent les diocèses, cette méditation d’André Sève sur l’Église «une» est interpellant. Je rappelle que ce sont des extraits tirés du live Oui à l’Église publié chez Centurion en 1993. Mais le sujet est encore d’actualité. (Remarquez-vous le raton laveur dans la poche du kangourou?

«À Notre-Dame de Paris, un soir de grande célébration. Un chant puissant s’élève : «Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père.» Tout le monde chante, on se sourit, on vit un extraordinaire moment d’unité. Je pense à ce qu’on disait des premiers chrétiens : «Voyez comme ils s’aiment.»

Mais une fois sortis, on va retrouver les indifférences et les divisions. Et d’ailleurs, ce soir-là à Notre-Dame, un seul genre de chrétiens était représenté, il y a maintenant tant de genres de chrétiens, et si différents. Que dit-on quand on parle d’une Église une? (p.125)

L’unité voulue par Dieu

L’Église est une, affirme-t-on, parce qu’elle unit chacun de ses membres à Dieu et tous ses membres entre eux. Par le baptême et par l’eucharistie elle rassemble des fils de Dieu qui sont des frères. Elle est tout entière un mystère d’union, de communion. Mystère parce qu’il s’agit de deux choses mystérieuses : notre filiation divine et une fraternité telle que nous devons nous aimer «comme Jésus Christ nous a aimé».

Une telle unité n’est pas un projet humain et elle ne sera jamais une réussite humaine, elle est un projet de Dieu, une œuvre que le Père veut réaliser par son Fils et l’Esprit. (p.126)

Sous son action, trois moyens d’unité sont constamment mis en œuvre : les Écritures, les sacrements et les ministères qui sont les services d’unité.

Sommes-nous partis dans les nuages? Où ces belles choses se vivent-elles? Nous voyons au contraire que dans l’Église catholique des courants s’affrontent ou s’ignorent, et entre les grandes Églises chrétiennes la division persiste malgré le grand effort de l’œcuménisme. (p127)

En fait, l’unité n’est pas un but à atteindre après quoi on pourraot s’exclamer : «Ça y est! Nous sommes unis.» Continuellement, de nouvelles divisions apparaissent, nées des différences. Notre modèle, la Trinité, a une puissance d’intégration que nous n’avons pas. Ses différences sont toutes bonnes, et l’amour qui les unit est si parfait que le P. Varillon s’exclamait : «Chaque Personne est l’allégresse des deux autres.»

Hélas! Nous ne sommes pas l’allégresse de nos frères, ni constamment ni à l’égard de tous. Nos différences sont plus cactus que roses; il n’y a pas d’unité, il y a travail d’unité. Et ce travail exige trois amours. (p.128)

L’amour de l’unité

On peut être passionné d’unité et agir assez mollement : «Ce n’est pas ma tasse de thé.» Là se présente déjà une grande différence et un premier combat pour l’unité : vouloir s’y intéresser, se documenter, lire une histoire de l’Église, méditer souvent la prière du Christ : «Père, qu’ils soient un!» Mesurer l’impact des chrétiens unis et les dégâts d’une désunion.

L’amour de volonté, ça existe! On arrive à aimer l’unité en se disant : «Je ne ferai partie de l’Église qu’en travaillant à son unité.» Devenir ainsi celui qui très vite détecte l’apparition d’une désunion et devient habile à resserrer l’union. (pp.128-129)

Ces précieux réflexes acquis à la base dans la famille, dans une équipe de travail ou une communauté vont faire d’un chrétien un solide ouvrier d’unité dans des mondes plus vastes. Seuls ces affamés de fraternité peuvent construire une Église communion, poussés par l’esprit qui suractive tout travail de rencontre (Rémi Parent).

Mais, penseront certains, la hantise de l’unité nous mène droit à une lamentable uniformité. Surtout pas de déviants, pas de conflits, pas de fantaisie, rien que les normes! C’est un risque auquel on ne peut échapper que par un deuxième amour, aussi fort que celui de l’unité : l’amour de la différence. (pp. 129-130)

L’amour de la différence

La richesse, c’est de s’ouvrir aux différences en les accueillant comme le déploiement des mêmes vérités et des mêmes sacrements avec une grande variété d’accent : ici l’exubérance méditerranéenne et le peuple, ici des silences d’intériorisation et les «intellos». Décider tout de suite qu’une chose est mauvaise parce qu’elle nous déconcerte, c’est faire le premier pas dans la désunion.

Quand la différence est superficielle, folklorique, on arrive à l’accepter assez facilement, surtout si on a un peu d’humour. Mais il y a des différences qui s’enracinent plus profondément. L’après-concile a vu naître une bipolarisation qui est allée jusqu’au schisme de Mgr Lefebvre et qui ne cesse de séparer les catholiques. D’un côté la nostalgie : «On nous change la religion!» De l’autre la pagaille, la rage de faire partout du nouveau. Rome, qui a pour métier de tout concilier, louvoie sans cesse entre intégrisme et modernité. Si Catherine brandit un texte sur le recentrage de Jean-Paul II, Max peut en exhiber un autre sur son ouverture. (pp.130-131)

En acceptant que les autres, autorités et partenaires divergent, existent! On est tellement tenté de chercher dans le dialogue la mort de l’autre! L’idée que chacun va rester sur ses positions nous met mal à l’aise. Et pourquoi pas? L’unité riche, c’est bien la cohabitation des différences. Devant cette paix des points de vue opposés, l’autorité sera plus tranquille et moins informatrice, moins tueuse de vie. (p132)

Reste tout de même un préoccupant fait d’expérience : dans n’importe quel groupe, l’original glisse souvent vers le marginal. Et toute communauté originale tend à se fermer aux autres. La différence réussie devient autosuffisante. Une Église qui ne surveillerait pas le développement des différences deviendrait vite un archipel où les îles communiquent peu. L’unité exige un troisième amour : l’amour de la communication. (p133)

L’amour de la communication

La division naît souvent de l’ignorance. Les charismatiques, par exemple, ont ignoré l’Action catholique et réciproquement. Comme on était tout de même des chrétiens, on mimait la communication en la fardant de courtoisie.

C’est déjà du passé, heureusement. Les nouvelles occasions de rencontres, synodes, forums multi groupes, réunions de catéchistes, préparations communion : «On peut très bien s’entendre!» (p133)

L’œcuménisme

La marche œcuménique vers l’unité paraît très lente, mais un spécialiste comme René Girault se demande si les chrétiens sont assez attentifs à ce qui se passe en ce moment dans leurs Églises. Des amitiés se nouent entre catholiques et protestants, inconcevable autrefois, il y a les mariages mixtes, des groupes de réflexion théologique comme celui des Dombes, des hauts lieu comme Taizé.

Les catholiques ont abandonné leur ancienne conception de l’unité caractérisée par le mot «retour». On pensait que les «frères séparés» devaient tous rentrer au bercail, c’est-à-dire se faire catholiques! Actuellement on s’achemine vers une conversion évangélique de toutes les Églises (catholique comprise), se mettant chacune à l’écoute des questions des autres. On recomposerait l’unité par la sympathie envers d’autres manières de suivre le Christ et d’inlassables dialogues. (p135)

On retrouve ainsi l’amour des différences et l’amour de la communication, avec un grand désir de s’approcher réellement de l’unité en visant des objectifs intermédiaires et réalistes.

Il y a quatre rochers entres protestants et nous : le rôle de l’Église, l’eucharistie, les ministères et Marie. Il y a entre les orthodoxes et nous l’uniatisme. Par rapport aux anglicans se dresse maintenant l’ordination des femmes. Demain, d’autres rochers surgiront, car l’unité est du travail sur la vie et la vie ne cesse d’évoluer. (p.136)»

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