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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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L'empoignade avec l'indifférence en Église

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L’ennemi premier de l’Église n’est pas la haine par rapport aux scandales dont font mention les médias. Non, son ennemi est l’indifférence. Est-ce là le symptôme d’une société désabusée parce que beaucoup informatisée mais pas assez informée? Je n’en sais rien. Il n’en demeure pas moi qu’André Sève nous propose ici une méditation intéressante sur le phénomène de l’indifférence. Bonne lecture. J’espère que les extraits choisis sauront vous faire réfléchir comme cela a été le cas pour moi.

«Actuellement, parmi les non-croyants on trouve des gens qui avaient la foi et qui l’ont perdue, des gens qui n’ont jamais été atteints par l’annonce de Jésus Christ, et des gens que ça n’intéresse pas. C’est le nouveau monde de l’indifférence, déjà difficile à définir. Et on ne sait pas qui, demain, sera indifférent, ni quel sera son genre d’indifférence.

L’Église a connu bien des combats. Celui qu’elle doit mener maintenant contre l’indifférence est décourageant. L’Église ne fait même plus sainement réagir quand elle rappelle la morale. On l’écoute encore un peu, mais on continue de vivre comme si on n’avait pas entendu. Parmi les jeunes qui applaudissent Jean-Paul II, combien changeront-ils de vie en rentrant chez eux? (p.151)

«On peut se passer de votre Dieu»

Les autres combats musclaient la foi, celui-ci la met en danger parce que l’indifférence est contagieuse, elle érode les convictions des chrétiens qui viennent à mener une vie incohérente : on croit mais on vit comme tout le monde. Cette incohérence renforce l’indifférence des non-croyants : «Si la foi n’est pas plus importante pour les gens qui se disent croyants, c’est qu’elle n’est pas importante.»

-         Mais on n’a jamais tant parlé de religion. On veut même de nouveau l’enseigner à l’école!

-         Il s’agit de religion et non de foi. Une religion spectacle, une religion étudiée avec intérêt comme élément de la culture. On assiste, dit Mgr Eyt, à la neutralisation de l’élément religieux en élément culturel.

L’Église est faite pour autre chose que pour maintenir un héritage culturel, elle est faite pour crier Dieu et la vie avec lui, jusqu’à ce que cela fasse du bruit partout. L’indifférence, c’est le silence.

Et c’est vrai que la délicatesse de Dieu envers notre liberté est incroyable, presque troublante. Hier, les grands prédicateurs décrivaient les misères d’une vie sans Dieu. Aujourd’hui, on insiste sur la consistance d’une vie complètement en marge de toute préoccupation religieuse. L’Église va se trouver devant des foules tranquillement loin d’elle. (pp.152-153)

Reprendre contact

Si elle veut émouvoir cette indifférence et réveiller la faim de Dieu, l’Église doit d’abord retrouver le contact. Long et dur effort pour rejoindre ceux qui ont glissé loin d’elle, alors qu’elle est toujours tentée de rester au chaud dans de petites communautés paroissiales ou dans quelques mouvements rassurants. (p.153)

En voyant les prêtres et les chrétiens militants s’intéresser enfin aux joies si modestes des gens et à leur vie dure, je me demandais; est-ce que l’Église connaît vraiment le bonheur humain? Puisqu’on parle d’indifférence, n’est-elle pas, elle aussi, indifférente au tissu même d’un quotidien où il n’y a plus ni Dieu, ni sacrements, ni prière?

Mais il y a quelque chose, et c’est cela que l’Église doit apprendre à aimer si, un jour, elle veut être aimée. Ne pas se fixer uniquement sur l’absence de Dieu, mais s’initier aux valeurs humaines; solidarité, courage, respect de la dignité de l’homme, humble culture et vraie sagesse.

Que l’Église ne cherche pas d’abord, et donc de l’extérieur et avec une inévitable condescendance, à offrir ses richesses de foi, mais qu’elle communie réellement à la vie des gens en respectant leurs cheminements. Il faudrait que cela se voie davantage dans ses grands documents à la noblesse trop froide, trop lointaine. Jésus n’était pas lointain. Le cardinal Saliège était proche. Jean XXIII était proche. (p.154)

Le positif dans l’indifférence

Dès qu’il s’agit de gens qui se sont éloignés de nous ou n’ont jamais été à notre contact, nous, chrétiens qui sommes pour eux le visage de l’Église, nous brandissons tout de suite du négatif. Ils sont des incroyants, des non-croyants, des indifférents. Nous partons invariablement de nous, de notre univers, au lieu de franchir notre douane pour arriver jusqu’à leur pays où des valeurs positives ne manquent pas.

Le cœur de notre vie chrétienne, c’est la messe. Le cœur de leur vie humaine, c’est la vie : le travail, les combats du quart monde, la famille, les amitiés. Nous devons leur prouver que l’Église est là, non pour assombrir leur vie et la limiter, mais pour soutenir et élargir leur goût de vivre et leurs combats. (p.155)

Du constat à la rencontre

Pour cette méditation, j’avais lu des enquêtes. Sur l’abandon de la pratique, la baisse des vocations, l’imperméabilité des jeunes à tout discours religieux, l’éloignement des jeunes femmes, le silence des médias, l’emploi de plus en plus dédaigneux du mot «catho». Je sentais que l’accumulation des constats finit par n’être que du répétitif un peu vain. (p.156)

On voit alors notre seul terrain commun : les valeurs de la vie. Mais là nous devrons faire très attention. «Vous n’aimez pas vraiment la vie!» m’a lancé un jeune. Ce genre de réflexion agace, puis on réfléchit. Une longue formation chrétienne d’interdits et de méfiances nous conduisait, c’est vrai, à avoir un peu honte des plaisirs de la vie. En confession, on s’accusait d’avoir mangé trop de chocolats. Dans les conversations on n’osait même pas évoquer la beauté des femmes. Dans la Semaine illustrée de la famille, datée de janvier 1924, on lit cette pensée : «Que cherchez-vous dans le monde? Le bonheur? Il n’y est pas.» Et on cite ce testament de curé : «J’ai vécu plus par devoir que par plaisir.» On semblait penser que, si on voulait aimer Dieu, c’était un peu inconvenant d’être heureux. (pp.156-157)

De toutes les vocations, la moins étudiée c’est la vocation humaine. On en parle, mais trop souvent avec des mots squelettes, comme «la vocation de l’homme», sans leur donner de la chair. Aimer Dieu en aimant nos frères, aimer nos tâches… Oui, mais où cela se passe-t-il, et comment? Avec quels grands rires? (pp.157-158)

Jésus a passé trente ans à Nazareth pour découvrir la condition humaine, et l’Évangile nous montre cent fois qu’il l’a aimée. N’est-ce pas la première chose à dire aux incroyants quand le dialogue aura pu naître? (p.158)

Se dire l’un à l’autre

Moment précieux de l’empoignade avec l’indifférence. Ne pas se lancer dans cette aventure sans avoir vérifié notre foi que l’incroyant va ausculter avec curiosité et, plus ou moins consciemment, avec espoir. Ses questions nous désarçonneront et nous feront mal. À commencer par la plus banale et la plus taraudante : «Qu’est-ce que tu vis, toi, avec ton Christ?» Il voudra rencontrer un homme saisi par le Christ, mais s’il ne voit pas le lien entre la vie réelle et le Christ, l’Évangile ne lui sera pas annoncé. (p.158)

C’est l’heure du témoignage : «Vous m’avez dit ce que vous viviez, je vais essayer de vous dire ce que je vis avec le Christ et en Église.» Essayer! Dire une expérience spirituelle n’est pas facile, les mauvais discours abîment les rencontres. Nous avons fait avec eux le plongeon dans leur vie, nous devons les amener à faire le plongeon dans notre confiance en Dieu. Nous pouvons intéresser par notre confiance en la vie qui naît de notre confiance en Dieu.

Respecter les indifférents ne doit pas nous pousser à cacher ce qu’il y a de plus profond en nous. Au contraire! Nous dirons la chance incroyable d’une vie dans la foi. Nous montrerons que la vie chrétienne, c’est un goût de vivre plein d’un goût de Dieu. (p.159)

La difficile parole sur l’Église

Tôt ou tard, avec ceux qui ne croient pas ou ne croient plus, nous aurons un moment difficile. Ils ne tarderont pas à nous parler de l’Église. Ils ont peut-être été blessés et humiliés par elle. Plus souvent ils ne la connaissent que par la télévision ou des journaux prompts à la démolir. La pente sera dure à remonter. (pp.159-160)

Qu’ils trouvent au moins en nous un amour de l’Église solidement motivé. Commençons par les étonner en leur disant avec Gaudium et spes que l’Église qu’ils n’ont jamais connue ou qu’ils ne connaissent plus veut recevoir les choses de la vie autant que donner les choses de Dieu. (p.160)

Ce n’est pas le genre de propos qu’on échange au bar, mais si nous sommes convaincus, nous convaincrons avec nos mots à nous.

Nos interlocuteurs resteront indifférents tant que nous ne montrerons pas, par notre vie et nos paroles, que l’Église veut la vie et qu’elle projette sur leur authenticité des lumières qui font vivre plus large et plus heureux. (p.160)

Ce qui ne veut pas dire que tout va bien pour nous ou que nous allons camoufler nos malaises et même nos colères. Ils devinent qu’un amour comme cela est difficile, ils seront touchés par nos propres combats.

Mais n’apportons pas de griefs mal justifiés ou nos ignorances. La nécessité d’une juste parole sur l’Église peut être notre chance, je l’ai éprouvé en rédigeant ces méditations. Dès qu’on cherche à mieux la connaître, on est arraché au spectacle des mitres ou aux répétitions dogmatiques et morales. On s’aperçoit qu’elle ne cesse d’enfanter des saints et de se battre pour la justice. (p.161)

Les célébrations nous mettent en face de l’indifférence

Puisque la grande parade contre l’indifférence c’est de chercher le contact, l’idéal serait de profiter le plus possible des célébrations où les prêtres et les chrétiens engagés peuvent trouver des moments de partage avec les incroyants été ceux qwui ne pratiquent plus.

La liturgie ayant beaucoup évolué, il se peut que les gens qui ont perdu le contact ne s’y retrouvent plus. Quelques explications très discrètes sont peut-être nécessaires, mais l’important c’est qu’ils rencontrent une Église qui parle de vie et d’espoir, qui révèle un Dieu aimant. (pp.162-163)

Grâce à notre double connaissance, celle de la vie que mènent les gens venus à ce baptême, ce mariage, ces obsèques, et celle de l’Église actuelle avec son grand désir de s’ouvrir à tous, nous saurons trouver les mots qui touchent et intéressent, sans jamais blesser : la moindre gaffe à ce moment-là peut être irrémédiable.

Cet auditoire, qui nous glace par sa passivité et même ses airs fermés, attend secrètement notre affirmation de foi. Après des obsèques où l’église était remplie de gens très éloignés de l’Église et même de Dieu, plusieurs sont venus me dire : «Nous aurions été déçus si vous n’aviez pas dit ce que vous croyez. Nous n’adhérons pas forcément à tout, mais au moins à l’idée qu’il y a autre chose, que tout ne finit pas au trou.» (p.163)

On a tendance à faire de l’indifférence un bloc homogène impénétrable. En réalité, les indifférences sont très diverses. Quand on pense par exemple à ce phénomène tout nouveau, au moins par le nombre, des «recommençants», on se dit qu’il est urgent de ne perdre aucune chance de contact. (p.164)»

 

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