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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Le Québec, une pâte sans levain!?!

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J’ai fait référence à Paul-Émile Roy qui a écrit La crise spirituelle du Québec, publié chez Bellarmin en janvier 2012. Je choisi volontairement de lui laisser une place sur ce carnet électronique. Le portrait qu’il trace du Québec rejoint ce que je constate dans l’exercice de mon ministère. Les étudiants qui revendiquent des droits de scolarité ajustés auraient intérêt à en prendre connaissance. Ils sont le levain qui pourrait faire lever la pâte de la société actuelle. Encore faut-il reconnaître le contexte où doivent s’articuler les revendications. Voici ce que dit l’auteur déjà cité dès les premières pages.

«Il est difficile de saisir la nature de la crise spirituelle que traverse actuellement le Québec. Pour beaucoup, cette crise n’existe pas, car nous sommes à l’ère des libérations, nous sommes sortis de la Grande Noirceur, nous formons maintenant une société moderne ouverte à la mondialisation, aux technologies nouvelles. Une société <post-moral>  qui n’est plus étouffée par les scrupules et les conformismes de la société d’autrefois.

Mais on dit aussi que le Québec a connu ces dernières années un des plus hauts taux de suicide des jeunes au monde, on parle d’une crise de l’éducation qui s’exprime par un taux de décrochage scolaire exceptionnel, les soins de santé sont très mal organisés, la corruption fait ses ravages dans les milieux financiers… Quant au discours politique, il est inexistant. Ce qui en tient lieu, c’est le bavardage des politiciens et le papotage des médias. On dirait que le Québec ne sait plus où il va, qu’il ne va nulle part, (…)

Ce qui me frappe peut-être le plus dans ce marasme informe, c’est l’absence de toute spiritualité, le manque flagrant d’âme et d’idéal. La société québécoise, dans une insouciance et une inconscience illimitées, s’abandonne allègrement aux grandes célébrations de la société de consommation, indifférente aux vexations et aux injustices que lui fait subir le gouvernement canadien. On a oublié les brimades du rapatriement unilatéral de la Constitution, les promesses non tenues des artisans des opérations du Lac Meech, le vol du référendum de 1995, etc., etc.  Le Québec ne veut pas regarder la situation qui lui est faite, il encaisse les refus, les vexations, les humiliations avec une résignation qui relève de l’inconscience et de la bêtise.

Comment en est-il arrivé à cette attitude démissionnaire? C’est ce que je vais tenter d’expliquer dans ce texte en essayant de ne pas me laisser influencer par la rectitude politique, par l’atmosphère de démission et d’insouciance qui enveloppe le Québec actuel. Le malaise actuel est de l’ordre de l’inconscience. C’est pourquoi il n’est pas vécu comme un malaise. Le Québec actuel se perçoit comme une réussite, alors qu’il sombre tous les jours un peu plus dans le vague, dans l’inconsistance, je dirais dans l’insignifiance, avalé par la grande foire de la consommation. Il n’a plus d’identité, plus d’idéal, plus de personnalité. Il est dans l’immédiat, dans son vécu, insouciant, indifférent à son passé et à son avenir, indifférent à son propre destin.

(…) Le Québec connaît de nos jours une deshumanisation des rapports sociaux qui s’exprime de mille façons. On ne parle plus, par exemple, de dévouement, de charité, de pardon, de gratuité. Cela fait quétaine. Nous vivons dans une société fonctionnelle où la gratuité n’a pas sa place. Non seulement la gratuité, je dirais l’humanité. Je ne peux, par exemple, supporter le langage officiel sur l’avortement qui traite de cette question comme s’il s’agissait d’une opération mineure assimilable à n’importe quelle opération chirurgicale. Le 13 août 2009, il était écrit dans Le Devoir : Le premier ministre s’est engagé hier «à mettre le couvercle sur la marmite en s’engageant à respecter scrupuleusement le droit des femmes d’interrompre une grossesse non désirée.» Une considération comme celle-là, et elle ne détonne pas du tout dans le contexte actuel, banalise tout à fait ce grave problème de l’avortement, banalise les droits du fœtus ou de l’enfant à naître.

(…)

Disons que notre société n’a plus d’âme. Elle est obsédée par une certaine efficacité, elle cultive les rapports fonctionnels, se soumet en tout aux lois du marché. Disons qu’elle n’a plus la foi. Je prends le mot dans un sens très large, comprenant bien sûr la référence traditionnelle à une transcendance, mais aussi le souci de la culture, des valeurs, de la dignité humaine. Le grand malheur, dit Issenhuth, c’est de perdre la foi. Quand l’homme n’a plus la foi, il devient un robot. Les êtres ne sont pour lui que des objets. Le sens des choses ne l’intéresse pas. Il se complaît alors dans les ersatz de la civilisation. La publicité tient lieu de rapports sociaux, les manifestations sportives deviennent la religion des citoyens grégaires.

Notre société, dis-je, n’a pas d’âme. Elle ne parle plus de l’âme. C’est un terme que l’on a mis à l’index, que la langue actuelle ignore. Un mot confisqué.

Mais plus qu’un problème linguistique, il y a là un problème de civilisation. Si notre société ne parle plus de l’âme, c’est parce qu’elle n’a plus d’intérêt pour ce que j’appellerais le monde de l’âme : l’intimité, la discrétion, la pudeur, le respect, la libéralité, le sens du mystère, l’inexprimable, l’implicite, le sentiment, la gratuité… Elle s’intéresse aux faits, à ce qui est gros, bruyant, évident, à ce qui se mesure, se comptabilise.

Pour beaucoup de nos contemporains, la religion est une chose du passé. Le mot «catholicisme» est caduc. L’homme nouveau qui a connu toutes les libérations est libéré de la religion. Les mots «prières», «sacrement», «volonté de Dieu» et même «piété», «charité» sont vétustes. Nous nous mouvons dans une sphère dépouillées des signes et du langage religieux. En même temps, nous feignons de ne plus prêter l’oreille aux grandes questions qui s’élèvent de toutes parts. L’homme nouveau fait le sourd. Il joue au brave. On peut se demander si c’est l’inconscience qui l’habite ou un grave sentiment d’insécurité qui le rend inapte à porter la moindre interrogation. Peut-être se prend-il tout simplement pour une machine.

On peut dire que notre monde est centré sur le spectacle, le sensationnalisme, l’emballage, l’apparence. Il ne s’intéresse pas à ce qu’il y a au-delà. Nous cultivons le paraître, l’effet. Nous sommes superficiels, c’est-à-dire tout en surface. Voilà pourquoi les effets doivent être si gros : parce qu’il n’y a rien en dessous. Le bruit augmente dans la mesure où la musique diminue. La course aux objets est insatiable parce qu’ils ne sont pas des signes ni des symboles. Les symboles parlent à l’âme et la nourrissent, mais s’il n’y a plus d’âme, les symboles s’évanouissent, deviennent des objets. Il n’y a plus de symboles, il n’y a que des objets.

La littérature rend compte de mille façons de ce vide spirituel. (…) La jeune chanson québécoise rend compte elle aussi de ce vide de façon dramatique. Ce vide est présenté comme une dimension de la modernité et un produit de la société de consommation.

On ne saurait mieux décrire la crise spirituelle qui affecte notre société. J’ajouterais seulement à ce tableau une teinte sociale et culturelle. Quand la spiritualité disparaît de la société, ce ne sont plus le goût de vivre et le sens de la justice qui règlent les relations humaines, mais la loi de la jungle, les rapports de forces, le désordre sous toutes ses formes.

 Paule-Émile Roy : La crise spirituelle du Québec, Une pâte sans levain. Pp.11 – 17. Bellarmin, Québec, 2012.

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