Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Le titre est fort et provocateur, je l’admets. Mais c’est la conclusion que je retire de ma lecture d’un livre écrit par Paul-Émile Roy intitulé La crise spirituelle du Québec. C’est publié chez Bellarmin, dans la collection «L’essentiel». Le livre est récent, soit janvier 2012. Une petite mine d’or de 173 pages.
Selon l’auteur, le Québec ne s’est jamais relevé de la conquête anglaise où la «Nouvelle France» est passée aux mains de l’Angleterre. Non seulement la France a-t-elle fait payer à sa colonie le prix de sa défaite, ses élites ont abandonné ses sujets à leur sort. Je vous partage un extrait pris aux pages 38 et 39.
«Ce qui arriva en fait, c’est qu’en 1760, 1763, la Nouvelle-France devenait une colonie anglaise. Le pouvoir lui échappait. Elle était décapitée. Les cadres, les commerçants, l’armée, la grande bourgeoisie retournaient en France. La place était occupée par nos nouveaux maîtres. En 1764, le serment de test fermait aux Canadiens, qui étaient catholiques, les postes dans l’administration, les chassait en quelque sorte de la vie publique. L’occupation militaire était suivie de l’occupation administrative. Quand, en 1774, le serment du test sera levé, les postes seront occupés et les Canadiens, marginalisés pour deux siècles. (…) Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en 1760, le peuple canadien était décapité, marginalisé. Ce qui se passa alors, et ce qui allait permettre au peuple canadien de survivre malgré l’oppression et la domination du conquérant, c’est qu’il fut pris en charge par l’Église qui allait lui permettre de durer contre vents et marées. Le pouvoir politique, l’économie étaient contrôlés par les conquérants. Le peuple canadien, que nous appelons maintenant le peuple québécois, ne contrôle pas le politique ni l’économie. En 1791, on donne au Québec, qu’on appelle le Bas-Canada, un parlement, mais le gouverneur, qui est nommé par Londres et nomme ses conseillers, n’est pas obligé de tenir compte des décisions des députés, ce qui entraîne la crise de 1837-1838, la répression brutale de l’armée et l’imposition de l’Acte d’union. En 1867, le Québec est introduit dans la Confédération sans être consulté, etc. On connaît l’histoire!»
Et l’histoire se continue. En 1982, le Canada a rapatrié sa Constitution sans le Québec et aux dernières élections fédérales, on a élu un gouvernement majoritaire sans les Québécois. La dernière arrogance vient de se produire au Forum de la Francophonie qui se déroule présentement à Québec alors que le Premier Canadien y prononce un discours bilingue. Le Conquérant est toujours vigilent en y parlant anglais avec un sourire méprisant. En vraie colonisée, l’assistance a accepté et a probablement applaudi son audace alors qu’elle aurait dû se lever et sortir comme le demndait ce manifestant outré.
L’auteur souligne l’importance et l’urgence de remettre les cours d’histoire du Québec dans l’agenda du système d’éducation québécois. Le peuple québécois ne connaît pas son histoire et il se laisse berner sans reconnaître la trahison de ses intellectuels. Il ne peut pas reconnaître la trahison car il ne connaît pas son histoire, et on ne veut pas qu’il l’apprenne. Il reprend alors contre l’Église qui l’a protégé et formé le discours des Conquérants du 19e siècle. Ces derniers reconnaissaient que, quiconque voulait s’imposer aux Canadiens français devait aussi se confronter à l’autorité de l’Église. Les Conquérants ont vendu aux Québécois l’idée que l’Église qui prétend leur avoir assuré des services de santé et une formation intellectuelle n’aurait été qu’un faux prétexte pour les tenir dans l’ignorance. En resituant l’histoire dans le système de l’éducation, on apprendra que l’élite québécoise qui s’est fait reconnaître sur les places publiques avaient reçu leur formation de base des institutions religieuses qu’elle a ensuite condamnées. Les jeunes apprendront ainsi que ce qui s’appelle aujourd’hui la Centrale Syndicale Nationale (CSN) était d’abord la Centrale Syndicale Catholique mise en place par l’Église pour défendre les ouvriers soumis et maltraités.
La meilleure manière pour détruire la famille, c’est de retourner les enfants contre les parents. C’est ce qui se passe au Québec. Le peuple ne croit plus en rien car c’est tout ce qui lui reste. Ses politiciens maintiennent les vieux discours de la Conquête et son économie lui vient d’ailleurs. Il se soumet aux nouvelles technologies qu’il ne contrôle pas. Je reviendrai sur le sujet car, malgré sa faiblesse, le Québec a une force innée indestructible.