Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Avant que j’apprenne que j’étais sur la liste des changements dans les nominations diocésaines et que je postule pour le poste d’aumônier à l’hôpital, je m’étais engagé comme animateur spirituel pour un week-end prévu en novembre. J’en ai parlé aux personnes qui animaient l’entrevue. Elles m’ont dit que si j’avais le poste, on trouverait une alternative pour que je puisse respecter mon engagement. J’ai partagé la nouvelle à la personne concernée. Elle m’a demandé de ne pas faire comme les autres prêtres qui acceptent de tel poste. Ils ne sont plus disponibles pour animer les week-ends en question. «Le monde est malade et on a besoin des gens comme vous pour guérir.» Je ne rappellerai la réponse que je lui ai faite mais l’affirmation m’a quand même emmené sur une piste de réflexion.
Le monde est-il malade à ce point? Si on dissocie les symptômes popularisés par les médias du manque de spiritualité chez les gens qui en souffrent, oui le monde est malade. Malheureusement, il n’y aura jamais assez de médicament une masse aussi élargie de gens potentiellement malades. On institue alors des hôpitaux pour y traiter ceux et celles qui ont perdu le contrôle sur leurs symptômes maladives. À ce compte, on peut aussi dire que le monde est fou mais on n’institutionnalise en psychiatrie que ceux qui ont perdu le contrôle sur leur état mental. On peut aussi dire que le monde est cruel mais on n’enferme en milieu carcéral que les plus dangereux pour la société. Être malade est une chose et vouloir en guérir en est une autre.
On ne peut plus banaliser le manque de spiritualité dans notre monde en souffrance. Peut-on réduire le prêtre au titre d’agent de pastorale ordonné en le posant en parallèle aux agents de pastorale laïcs? Dans le même ordre d’idées, on ne peut pas enlever les services spirituels dans les centres hospitaliers, les institutions psychiatriques ou carcérales. Le prêtre est à la spiritualité ce qu’un médecin est à la médecine. Entre le médecin et son patient, il y a une kyrielle d’intervenants qu’il ne faut pas confondre dans leur rôle et leur fonction. Il en est ainsi entre le prêtre et les membres qui constituent le Peuple ou la communauté. Il y a des rôles et des fonctions à respecter. On n’a pas le droit de se prétendre malade parce qu’on n’est pas médecin. On a tous quelque chose à faire pour sa santé et celle des autres et ce, sans avoir à fréquenter une école de médecine. Il en est ainsi pour la source commune du mal de vivre qu'est la spiritualité. On peut croire à beaucoup de choses, mais est-ce que cela conduit à croire en Quelqu'un?
Une foi sans spiritualité engendre une pastorale de nivelage où tout devient pareil. On a tous la responsabilité d’articuler la foi qui relie la spiritualité commune censée créer l’unité et l’harmonie au niveau social qui en résulte. C’est saint Paul qui en parle dans ses écrits. On a tous le devoir d’actualiser les dons reçus dans une communion fraternelle constructive. On a malheureusement vidé nos églises d’une spiritualité divine au profit d’un monde qui n’en veut pas tant elle oblige à croire autrement. Il s’ensuit qu’on ne sait plus récupérer les valeurs qui ont motivé le courage de nos ancêtres. On se retrouve alors comme des orphelins sans histoire et sans héritage. Là est la source de la maladie qui affecte ce monde sans histoire, donc sans héritage. Comment fleurir à la vie quand les racines sont à ce point meurtries? Mais de telles meurtrissures ne viennent du prêtre qui a exagéré son rôle. Elles viennent du monde qui ne reconnait plus le rôle du prêtre et de ce qu'il signifie dans une quête de spiritualité.
Seuls les personnes qui se pensent malades croient que l’on peut guérir par la pensé magique ou positive. Ceux qui sont vraiment malades attendent dans une salle pour consulter un vrai médecin. En attendant, il verra des infirmières, des secrétaires médicales, des brancardiers, un concierge et un proposé à la maintenance.
En fait, je crois que le monde est vraiment malade mais il lui faut aller au bout de sa maladie. Ce n’est pas en sortant de nos institutions que l’on rend le plus grand des services. Le monde est malade de se croire tellement en santé qu’il lui faut une maladie grave pour consulter un médecin. Il a été un temps où on consultait un médecin dans un délai plus que raisonnable à l'hôpital alors que l’on faisait la file devant les confessionnaux. Maintenant on voudrait que le prêtre sorte de son confessionnal pour se noyer dans un monde qui a perdu le sens de ses responsabilités. À quand le ticket modérateur dans tous les domaines?