Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Lors de mon entrevue, j’ai échappé une autre phrase significative. «Comme prêtre, je ne viens pas pour faire des sacrements mais accompagner des gens malades vers la guérison. Les sacrements sont des marqueurs pour encadrer le cheminement spirituel de l’individu. Mais il faut faire ce cheminement pour bénéficier du plein potentiel des sacrements autrement on impose un carcan de plus à la maladie, celui de se sentir coupable d’être malade.»
Je ne pense pas avoir utilisé le mot «pastorale» une seule fois dans la conversation. La pastorale est un processus, un enchaînement d’activités capable de relier la théologie et sa science avec la spiritualité et son expérience. Elle se situe en parallèle au protocole prévu dans un traitement médical. C’est une norme établie qui relie la connaissance scientifique du médecin à l’expérience éprouvante du malade. Oui, la personne est malade mais elle n’est pas la maladie qui l’affecte et c'est la compassion du médecin d'une part et la réceptivité du patient qui font la différence. On n'a peut-être pas fait cette distinction dans notre approche pastorale qu'on a confondu le pécheur à son péché. Quand le prêtre dit: «Va, tes péchés sont pardonnés» cela équivaut au médecin qui dit : «Va, ta maladie est guérie». À partir de ces deux nouvelles parallèle, pourquoi le pardonné n'a pas l'attitude de la personne guérie? Là est le sens de la spiritualité manquante dont j'ai déjà parlé.
La foi englobe alors l’ensemble de la démarche humaine qui part d’une spiritualité précise pour s’encadrer dans une théologie particulière à partir d’une pastorale déterminée. La foi en une saine pastorale est parallèle à la confiance en la médecine. La foi en la médecine repose sur le rapport de confiance entre le malade et son médecin comme la confiance pastorale repose sur le rapport particulier entre la personne malade et celui ou celle qui fait de la maladie une expérience spirituelle à incarner dans le quotidien. Je ne tente pas de tirer un cheveu en quatre. Nous sommes à l’ère de la science microbiologique et notre discours religieux doit en tenir compte dans sa manière d’articuler sa pensée à la fois philosophique et spirituelle.
Le milieu hospitalier offre un potentiel de collégialité que je n’ai pas retrouvé en paroisse. Comme prêtre au sein d’une équipe pastorale, je ne viens pas pour remplacer le médecin et son médicament, l’infirmière et son traitement, la proposée et ses services techniques et ni le concierge et son attitude. Je n’ai pas à jouer au médecin parce que je le côtois et en retour, il n’a pas à jouer au prêtre pour consoler son patient. En fait, le patient trouvera sa consolation en chaque intervenant, peu importe le rôle et la manière de faire de ceux et celles qui lui communiqueront leur expertise particulière. C’est notre manière de vivre que nous engendrons l’humanisme qui guérit les plus grandes maladies.
Il est triste que je n’aie pas trouvé une telle collégialité en paroisse. Pourtant l’Église en dépend pour passer de la paroisse traditionnelle qu’Elle a été à la communauté vivante qu’Elle est appelée à être. C’est là le manque de spiritualité que je dénonce. Il n’est pas facile de partager ses responsabilités avec ceux qui réduisent son rôle et son ptientiel. J’ai vécu des situations où je devais assumer la responsabilité pour des décisions que je n’avais pas prises et pour lesquelles je n’étais pas d’accord. En milieu hospitalier, je ne peux me voir prescrire un médicament à un patient et refiler la responsabilité de mon geste au médecin traitant. Cette attitude inconcevable et inadmissible est pourtant palpable en paroisse. Par contre, je reconnais que la compassion envers les personnes malades n’est pas une exclusivité pastorale. La compassion humanise et elle fait la différence dans un traitement médical. On ne s’acharne pas sur une maladie parce qu’elle nous fait peur, mais on s’intéresse plutôt à un malade qui peut guérir parce qu’on l’aime d’un amour qui nous dépasse tous, peu importe notre profession et ce que celle-ci exige comme démarche thérapeutique. Cela me prépare pour la rédaction de mon prochain article.