Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Lors de mon entrevue pour le poste d’aumônier, j’ai échappé des phrases qui ont fait réagir les dames qui m’interviewaient. «Les paroisses manquent de spiritualité… La maladie est une expérience déshumanisante. Certes, les équipes médicales mettent l’effort scientifique pour contrer la maladie mais seule une saine spiritualité peut redonner la dignité humaine à la personne malade.»
Les paroisses manquent effectivement de spiritualité. C’est du moins ce que j’en retire de mes sept ans et demi en paroisse. On réaménage la pastorale sous toutes ses formes afin de trouver la formule qui attirera à nouveau la clientèle dominicale. Mais quelque chose manque puisque ceux qui restent se découragent des changements qu’ils ne comprennent pas et les absents ne se sentent pas plus interpelés pour autant. On ressemble à ces usines de poissons dont les dirigeants ne cessent de moderniser l’équipement en oubliant d’entretenir les liens nécessaires avec les pêcheurs, ceux qui risquent le large et les intempéries de la nature pour assurer la manne première des usines de transformation. Certes, si je n’ai pas le poste d’aumônier, je retournerai volontiers en paroisse comme prêtre collaborateur. J’aurai tenté ma chance et j’en aurai l’esprit tranquille. Mais je ne pourrai pas faire mon ministère paroissial de la même manière que je l’ai fait jusqu’à maintenant.
Le besoin de spiritualité va plus loin qu’une intuition innovatrice en théologie ou un apprentissage adapté en pastorale. Au-delà de la logique de la théologie et la technique de la pastorale, il y a le souffle vivifiant de l’Esprit de la vie voulant par le Créateur. On a fait de la catéchèse pour préparer les gens aux sacrements. Avons-nous compris la spiritualité des sacrements et l'avons-nous communiquée? Nous avons développé de nouvelles manières de lire la Bible mais avons-nous découvert la spiritualité des Écritures et savons-nous la transmettre? Ça va plus loin que la règle d’or qui régit les grandes religions : «Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent » ou «Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent.» La spiritualité chrétienne c’est l’Esprit du Christ en la personne de Jésus issu de cette loi fondamentale qui résume tous les commandements et les prophètes : «Aimez-vous les uns les autres COMME JE VOUS AI AIMÉ.» Cela va plus loin qu’un principe philosophique à prendre à la légère selon ses interprétations. Le JE de cette énoncé est une personne dont l’expérience terrestre a marqué l’histoire et dont l'Esprit influence encore aujourd’hui, si on se met à son école de foi comme une onction d'huule consacrée. Le groupe de mots VOUS AI AIMÉ exprime le geste décisif de la croix. C’est une référence dérangeante qu’on croit inoffensive en l’éliminant des lieux publics. Ce faisant, on fait de l’amour un principe philosophique inaccessible à l’humain tant il ne fait plus partie de son expérience humaine. J’expliciterai dans un autre article.