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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Un message porté comme une lumière

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J’avais 12 ans que je visitais la Résidence des Personnes âgées de Dalhousie. Ma mère y travaillait et je l’attendais pour revenir à la maison avec elle. Je me suis fait amis avec plusieurs vieillards. Mais celui à qui j’étais le plus attaché était Pite Fournier. Il avait 89 ans. Nous avions de longues jasettes. Un jour qu’il faisait beau, j’avais hâte de le rouler dans son fauteuil roulant dans les jardins de la résidence. Mais il était couché sur son lit, dans la pénombre avec les rideaux fermés.  Quand je lui ai demandé le pourquoi de ce scénario, il me confia : «Tu sais Daniel, j’ai 40 ans d’expérience comme charpentier. Quand je regarde ma chambre, je sais comment ils ont installé la fenêtre, où sont les madriers, comment ils ont posé les feuilles de chypre et tiré les joints. Mais quand j’arrive au pied de mon lit, je fais face à un étranger qui m’a suivi toute ma vie alors que j’ai passé ma vie à le fuir. Je vais mourir avec lui et je ne le connais.» J’ai regardé au pied de son lit et tout ce que j’ai vu était une commode à linge avec un grand miroir. Il était face à lui-même et il ne se connaissait pas.

On questionne souvent la mort, la maladie et la souffrance. Ce ne sont pourtant que des occasions pour se rencontrer dans sa vérité la plus authentique. Si le poste d’aumônier m’est offert, c’est le message que je veux porter aux gens qui souffrent comme une lumière sur les routes tortueuses de la vie. Cette mission comprend une spiritualité de la vie digne des grands sages de notre temps. Et elle ne vient pas de moi. Elle me vient d'un vieillard qui ne savait ni lire et ni écrire. Il a saisi qu'une chose avant de mourir et c'est probablement ce qu'il lui a permis de ne pas mourir seul.

 

J’ai tenté ma chance dans une communauté de missionnaires mais je n’ai pas goûté à cette spiritualité qui alimente l'ardeur des vraies audaces. J’ai frayé avec une communauté qui visait à vivre la vraie pauvreté. Mais encore là, je n’ai pas humé à cette spiritualité qui dépouille le cœur des fausses prétentions. Je garde encore en mémoire la phrase d'un Père qui, en contemplant des poignés de porte imitant l’époque du fondateur de son Ordre : «Ça nous a coûté cher pour vivre comme des pauvres!»

La maladie et la souffrance ne goûtent pas bon mais elles forcent à une spiritualité qui engendre la vie. Si seulement on pouvait les camoufler pour mieux leur couper le souffle! Mais elles sont tenaces comme des espionnes qui ne nous perdent jamais de vue quoi que nous fassions pour les fuir. Et même on réussissait, on n'aurait c'est qu'il faut pour croire en la vie parce que la Miséricorde de Dieu n’est possible que dans une perspective de misère humaine. Mais comment aborder cette misère sans se faire écorcher un peu? Peut-on aborder la misère sans la laisser nous marquer un peu?

On dit que la société est malade. Mais c’est pour cela qu’il y a des hôpitaux! Pour soigner ceux et celles qui ne peuvent plus fuir leur misère tant ils ne croient plus en la miséricorde. Où est le vrai geste pastorale? Je l’ai cherché auprès de ceux qui se donnent des bobos quand ils n’ont pas ce qu’ils veulent. Mais peut-être le trouverai-je auprès de ceux qui, en personnes alitées, quêtent un signe sensible dans humain qui dirait quelque chose du divin parce qu’ils ont trop mal pour voir autrement.

Ce qui m’attire dans ce projet pastoral en milieu hospitalier c’est le coin réservé à la personne de garde. Comme elle doit être disponible sur une période de 24 heures, elle dispose d’un espace avec un lit et dans une salle pour les bénévoles est rangé la résereve de la Présence Réelle. C’est là où j’irai déposer mon trop plein avant d’aller dormir. Là, je saurai transposer dans mes propres mots les paroles de Claire d’Assise avant de se coucher : «Seigneur, prends soin de mes malades, moi je n’en suis plus capable!» Et je m'endormirai dans la paix dans l'attente qu'une situation urgente fasse appel à mes services.

 

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