Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Le débat électoral qui inonde nos temps de télé commence à m’intimider. Alors qu’on discute sur le comment former le prochain gouvernement, je suis à me demander pourquoi faut-il un gouvernement? Je m’explique.
Comme Clermont Rainville, je suis prêtre. Je ne vis pas dans une tour d’ivoire mais dans un milieu populaire où les gens se rencontrent et se parlent dans un dialogue soutenu. Ces gens ordinaires et respectueux m’enseignent des valeurs fondamentales qui m'incitent à me reconnaître en eux. Comme eux, je me sens exclus des grands enjeux dont les débats ne rejoignent plus notre réalité quotidienne. Ces débats épuisent les cerveaux en manque de démonstration alors que les dialogues nourrissent un plein d’énergie qui donne le goût de vivre. Les débats expliquent le système de santé, les dialogues encouragent les personnes malades qui ne demandent qu’à guérir. Les débats se font autour de l’économie alors que les dialogues s’instruisent des gens qui se demandent comme boucler leur fin de mois. Une nouvelle pauvreté échappe aux batteurs de tambours des débats publics. Des parents vont de plus en plus aux comptoirs alimentaires afin d’offrir à leurs enfants un téléphone intelligent pour leur éviter le rejet des paires.
Le discours politique est tellement loin de la réalité des gens ordinaires que je me demande si on ne reprend pas à son compte l’attitude d’une Église ancienne qu’on accusait tenir son peuple dans l’ignorance. Comme maire d’une ville où il fait bon vivre, Jean Tremblay n’aurait peut-être pas dû faire cette sortie qui a scandalisé des penseurs sensibles. Il a néanmoins exprimé ce que plusieurs pensent. Jusqu’à son élection, Madame Benlabibe est une citoyenne à part entière. J’ai lu son livre «Ma vie à contre coran» et j’ai beaucoup apprécié. Oui, elle est candidate, mais elle n’est pas encore élue. A-t-elle le droit de me dire chez moi ce qu’elle pense de mon symbole religieux alors que je ne suis pas son électeur? N’est-ce pas là une forme d’intimidation à dénoncer?
J’ai hâte et j’ai peur des débats sur la laïcité que le Québec veut se donner comme société distincte. On parle du crucifix, mais on ne dit rien des sacres dans le vocabulaire québécois qui font référence au culte divin. On veut me vendre l’idée que cela fait partie de la culture québécoise. Je n’en crois rien! C’est une pornographie culturelle au détriment des valeurs religieuses qui ont néanmoins bâti la société que nous formons. On peut faire un débat sur les signes religieux visibles, mais s’ensuivra-t-il une loi contre l’abus de langage qui fait constamment référence aux objets de culte en lien avec mon ministère? Peu importe les libertés d’expression, je doute que si on faisait référence aux valeurs musulmanes ou juives dans notre langage québécois que cela passerait inaperçu. Dernièrement, j’accompagnais des jeunes qui demandaient la confirmation. Quand j’ai expliqué les objets que j’utilise pour le culte divin, un jeune me dit : «Quoi! Vous avez fait une religion avec notre manière de parler!» On répond quoi à de telles remarques!?!
Les débats sur la laïcité risquent de n’être qu’un discours vide tant on minimise la crise spirituelle et ses conséquences de plus en plus perceptibles. Cette pauvreté du langage intellectuel décrochée du mal de vivre collectif de notre société n’est pas abordée dans les grands débats de société. C’est d’une grande tristesse quand on constate que les gens sollicités en cette période électorale seront mis aux oubliettes jusqu’aux prochaines élections. Je repose ma question. Pourquoi faut-il un gouvernement quand on ne sait plus se parler tant on est occupé à se texter? J’en perds mon latin mais cela ne veut plus rien dire aujourd’hui. Quand un carré rouge est plus symbolique qu’un crucifix, c’est le temps d’avoir recours à des missionnaires! Qu’en pensez-vous?