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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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À tous les Denis Blanchette du monde

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Merci à toutes ces personnes de l’arrière-scène qui travaillent dans l’anonymat pour que d’autres soient sous les projecteurs afin que les caméras prennent les meilleures photos à mettre sur nos écrans de télé. Il y a de ces gens qu’on ne connaît qu’après leur mort. Leur départ sème en nous un seul regret, celui de ne pas les avoir rencontrés avant leur grand voyage.

Je retiens une seule expression échappée sur les ondes de la télé et qu’on a probablement mal captée tant il s’en ait dit des choses sur ce drame du 4 septembre 2012 au Métropolis de Montréal. «Un mort et huit millions de blessés.» Je suis de ceux qui pensent qu’on devrait renommer le Métropolis «Denis Blanchette.» Pas seulement pour l’homme qui est mort alors qu’il était au mauvais endroit au mauvais moment. Mais pour une reconnaissance officielle de tous ces gens qui travaillent dans l’ombre pour que d’autres aient les premières places sous les projecteurs.

J’ai beaucoup apprécié la messe des funérailles de Denis Blanchette. Le président a su jouer avec le mémento des émotions et des sentiments qui vibraient dans l’église Saint-Donat, mais aussi toucher les cœurs de ceux et celles qui ont arrêté toute activité du jour pour rendre hommage à un inconnu dans la solitude de leur résidence.  Je préside souvent à des funérailles, deux à trois fois par semaine depuis quelques mois. Toute mon appréciation au curé dont le nom m’échappe. J’ai présidé à des funérailles difficiles telles que des victimes de meurtre, des suicides et même d’un père incestueux. Mais je ne sais pas comment j’aurais pu présider à de telles funérailles. Le plus difficile de tous les sentiments d’un président d’assemblée liturgique, c’est l’intimidation. Je me serais senti intimidé par la présence de tant de dignitaires qui s’étaient dérangés pour un illustre inconnu tant la mort de ce dernier a bouleversé toute la nation et au-delà de ses frontières.

Les funérailles sont des moments uniques pour le président qui veut vivre au diapason des gens qui souffrent et qui portent le deuil comme un mal incurable avec lequel il faut vivre. Ici, il y a huit millions de blessés qui pleurent et se questionnent sur le sens de la vie et de la mort.

Il y a tant de questions sans réponse au moment de la mort. Pourquoi lui? Pourquoi maintenant? Pourquoi de cette manière? Mais pour Denis Blanchette, d’autres questions surgissent. Que faisait-il dehors? Avait-il voté pour un autre parti politique et qu’il n’avait pas envie d’entendre le discours de Madame Marois? Faisait-il trop chaud à l’intérieur et qu’il voulait s’aérer les poumons? Et si c’était pour fumer une bonne cigarette en attendant la fin du show? Vous savez, cette petite boucane qui nous incite à considérer les fumeurs comme des antisociaux tant ils polluent l’air des bien-pensants. On dit qu’il était près des poubelles, devait-il se tenir à neuf mètres de la porte d’entrée? Cette dernière cigarette, à quoi on attribue la première cause de mortalité au Canada n’est pas ce qui a mis fin à ses jours.

On se demande comment un homme armé à ce point n’a pas attiré l’attention des autorités policières. Juste l’accoutrement aurait suffi pour attirer l’attention. Peu importe l’importance du personnage publique dans les parages, si je vois un homme avec une cagoule, habillé en tissu moulant  mal ajusté et en robe de chambre se promener devant mon logement, j’appelle immédiatement la police! «Emmenez-le chez son médecin et qu’on lui change sa médication!» Oui, il y a ici une folie. Mais est-ce celle d’un homme ou celle d’une société qui ne se comprend plus?

Les Denis Blanchette, il en court les rues dans l’anonymat de nos perceptions de la vie et du bonheur qu’on lui attribue. Ils œuvrent dans différentes causes sociales, auprès des organismes populaires qui aident les sans-papiers de notre société instruite mais sans véritable éducation. Ils ont dénoncé les enjeux oubliés lors des dernières élections, mais on en parle peu tels qu’un logement abordable pour les gens à  faible revenu, les soupes populaires, les Saint-Vincent-de-Paul et bien d’autres.

J’ai apprécié la qualité de la présence de Madame Marois aux funérailles télévisées de Denis Blanchette. Quand elle s’est tenue proche et a embrassé la mère de Denis, je suis convaincu que ce sont deux mères qui se sont rencontrées. La nouvelle Première Ministre a eu raison de demander de telles funérailles pour celui qui a fait éviter le carnage dont le Québec ne veut pas inscrire dans ses pages d’histoire, même celles oubliées. Mais, Madame Marois, je vous invite à garder le crucifix dans les places publiques au Québec.

Ce n’est pas un patrimoine religieux lié à l’histoire, c’est une réalité actuelle de la souffrance humaine en ce pays qu’on appelle avec raison le Québec. Si le crucifix à l’Assemblée Nationale et dans les différentes municipalités ne vous rappellent pas le sacrifice de Jésus il y a quelques 2000 ans, souvenez-vous de celui de Denis Blanchette le 4 septembre 2012, le soir de votre victoire électorale. Il a sa place sur cette croix qu’on ne sait plus reconnaître dans nos vies. Que tous les élus , en levant les yeux vers cet emblème au-dessus du siège du président de l’assemblée nationale, baissent aussi leur regard pour considérer ces ombres obscures qui assurent le succès des gens de l’avant-scène. Jésus-Christ et son histoire sont probablement réservés à une certaine élite déjà condamnée dans votre ma nière de penser la vie. Mais Denis Blanchette et ceux qui lui ressemblent méritent une place là où vous délibérez. Ils prennent la place du crucifix qui représente encore le prix ultime de la liberté.

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