Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
J’ai aimé la rencontre télévisée entre l’ancien politicien Lucien Bouchard avec Léo Bureau-Blouin. On sait que ce dernier est le plus jeune politicien à avoir été élu aux dernières élections provinciales. La rencontre a été provoquée à l’occasion du lancement d’un livre dédié aux jeunes pour monsieur Bouchard. Dans la photo choisi, dans les détails de la figure austère du père se faufilent les pojets du fils en devenir.
Monsieur Bouchard n’a pas fait de détours en parlant clairement de ses déceptions en politique. À ses propos, Léo Bureau-Blouin a bien réagit. Un consensus est remarquable, l’importance et l’urgence de s’impliquer dans les grands débats de société pour que l'avenir reprenne ses couleurs naturelles. Quelques heures plus tard, les journalistes ont décortiqué cette rencontre et leurs commentaires ont été éclairants.
Monsieur Bouchard appartient à la génération de la Révolution tranquille, de l'époque où tous les rêves étaient permis. Sans le nommer comme tel, il y avait en ce temps-là le souffle libertaire issu du mouvement populaire de Woodstock 69. Les jeunes de l’époque osaient franchir de nouvelles frontières dans leur manière de penser et d’agir. La chanson populaire allait en ce sens. Mais qu’est devenu ce souffle de jeunesse pour la génération de Léo Bureau-Blouin?
Le jeune élu mais pas encore assermenté a été délicat sur la question. Il n’existait pas à l’époque de Woodstock 69 et il n’avait que quatre ans au dernier référendum. Il n’a pas l’information des éléments qui ont conduit aux référendums et les consultations populaires étaient à l’époque sur un fond de contestation à l’image des hippies, des «peace and love» et du pouvoir des fleurs à l’époque de ses parents ne font pas partie de son portrait politique. J’aurais aimé connaître les vrais sentiments du jeune politicien aux événements du printemps 2012. Il y a eu de la casse et certaines scènes québécoises de violence intense ressemblaient étrangement à ce qu’on voit dans les pays musulmans. On a même parlé de «printemps érable» pour faire référence au «printemps arabe» en Égypte. C’est là le souffle inspirateur qui m’inquiète un peu.
Monsieur Bouchard est mal placé pour revendiquer les valeurs judéo-chrétiennes et l’influence positive du catholicisme de son époque. Mais il faudrait néanmoins reconnaître le rôle réel de l’Église catholique dans la sauvegarde du français, de la langue et de la famille pendant deux siècles sous la dominance anglaise. Rappelons que ces siècles n’ont jamais été une situation dominante et rétrograde d’une religion d’imposition envers un peuple ignorant comme on l'a décriée et dont on en garde faussement le souvenir. Il lui a fallu deux siècles pour voir émerger de ses institutions d’enseignement une certaine élite capable de prendre la relève au niveau politique et économique. Je pense aux rencontres informelles du Cardinal Paul-Émile Léger et les fondateurs de la revue contestataire «Cité Libre» d’avant la Révolution tranquille. Le Prince de l’Église de l’époque mettait alors en garde cette élite des dangers liés à la masse délinquante. S’il y avait eu alors un dialogue franc, comme cela a été le cas avec Messieurs Bouchard et Bureau-Blouin dont on a tous été témoins par la télévision, nous aurions encore un Québec fort animé d’une spiritualité du pardon capable d’affronter les courants contraires et croire en son avenir avec d'autres groupes ethniques aux valeurs complémentaires.
Sans spiritualité de base et conscient des dangers de certaines décisions impopulaires, le jeune député a les mains et les pieds liés plus que jamais. Ses rêves, comme potentiels intellectuels pour un avenir meilleur, s’en trouveront plus déçus. Le jeune politicien risque même d’être déchu de la liberté qu'on réserve aux décideurs.
Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie d’une Église ancienne et rétrograde. Mais peut-on lui reconnaître une spiritualité du pardon capable de donner un souffle nouveau aux aspirations d’une génération plus ouverte à l’avenir et aux autres? Les technologies de communication dont Léo Bureau-Blouin a accès n’engendrent pas forcément le dialogue tant essentiel à la vie en société. S’il a été un temps où on taisait les gens aux idées contraires, maintenant on entend des commentaires anonymes dont on ne connait pas la provenance. Anciennement, on avait des auteurs qu’on tenait muets et aujourd’hui, nous avons des idées dont on ne connait pas les auteurs. On réagit alors aux idées en maltraitant des êtres anonymes.
Sans la spiritualité catholique axée sur la Parole qui annonce, sur les sacrements qui célèbrent et le ministère qui engage, nous nous retrouverons dans un régime de terreur comme nous en témoignent les médias. On s’ennuiera de nos anciens curés devant les nouvelles menaces qui s'activent dans nos courts arrières. Une simple vidéo sans auteur sème l’anarchie et une violence inéditesen pays musulmans. Si le Québec ne se définit pas par rapport à ses valeurs fondamentales aux racines profondes, ce pays au cœur ardent n’y échappera pas. La liberté d’expression sera encore muselée, mais non plus par une autorité cléricale aux allures romaines mais bien par des menaces réelles aux allures de guerre gratuite aux morts d’homme tangibles.
Mes propos sont durs, je l’admets. Mais c’est la réalité que je constate. Si je fais erreur, qu’on me prouve le contraire. Comment vivre ensemble et ouverts aux autres si on ne sait plus accepter les différences et que le pardon ne fait plus partie de nos valeurs profondes? Sans le reflexe du pardon comme enchère de base, il ne peut y avoir de liberté d’expression. Seules les lettres mortes ne dérangent pas. Mais elles ne provoquent pas de changement non plus. Pour changer comme il se doit, il faut des mots vrais qui dérangent. Mais oser déranger ceux qui ne croient pas au pardon, c’est comme jouer avec des allumettes sur des barils de poudre à canon. Il y aura de la chair humaine à pelleter. Les orphelins pleureront la mort d'un parent, les veuves et les veufs en feront autant pour les conjoints. Mais ont aura probablement trouver le mot qui décrit le parent qui pleure la mort d'un enfant. Et ce sera alors la découverte du siècle! Quelle évolution des moeurs, tout de même!