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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Comment aimez-vous votre évêque?

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 Le sujet m’a fait sourire. Il faut avouer qu’on ne connaît pas tellement le rôle de nos évêques. Pourtant, ils constituent l’Église comme tous les baptisés. Ils ont un rôle spécifique. Je dois avouer que la lecture de ce chapitre de André Sève dans Oui à l’Église, publié chez Centurion en 1993 m’a beaucoup éclairer. J’espère qu’il en sera ainsi pour vous tous.

Servir

Nous avons plongé dans une mer : l’égalité baptismale. Nous allons y retrouver le monde ecclésial des différences : pape, évêque, prêtres, où l’inégalité aura toujours tendance à prospérer. Sauf si on redonne à toutes les Grandeurs et aux Excellences le caractère évangélique de service que demande instamment Jésus : «Vous savez bien que chez les païens, les chefs font sentir leur domination. Il n’en sera pas ainsi entre vous. Bien au contraire, celui qui veut devenir grand parmi vous devra être votre serviteur. À l’exemple du Fils de l’.homme qui n’est pas venu pour se faire servir mais pour servir» (Mt 20, 25-28) (p.59)

Au moment de parler des nécessaires responsabilités de chef dans l’Église, il faut garder ce texte à l’esprit. Il devrait être exposé en gros caractères dans tous les bureaux, les accueils et les salons où l’on attend des galonnés de l’Église des paroles et des attitudes de service fraternel. On marche  d’ailleurs manifestement vers cela malgré quelques attardés de l’.autorité «païennes». (p.60)

Vous êtes le Corps du Christ

Les historiens peinent à suivre la mise en place de ces ministères dans les Églises fondées par les apôtres. C’est si bien décrit dans l’admirable livre aussi simple que clair d’Henriette Danet et Claude Royon, L’Église tout simplement, dont je vais citer la page 133, en commençant par le texte de saint Paul qui ramène toute méditation sur l’Église à l’idée fondamentale du corps dans lequel chaque membre rend service à sa manière. (p.60)

Le foisonnement des ministères

Et voici comment H. Danet et C. Royon résument le foisonnement des ministères tel qu’on le perçoit dans les textes du Nouveau Testament.

1.     C’est d’abord chaque membre de la communauté qui est en situation de service et de mission. (…) Quant aux services et ministères, ils sont nombreux et variés, différents selon les situations. Si certains exercent un service particulier, c’est sur la base de l’appartenance de tous, et donc les ministres, au même corps. (…)

2.     Il se dégage toujours un ministère particulier. (…) Mais nous trouvons toujours un groupe responsable de l’ensemble de l’Église et de sa mission. (…).

3.     (…) Le ministère de présidence est un don de Dieu à son Église. Ce n’est pas la communauté qui l’établit. En ce sens, la dualité entre ces quelques-uns (ministres) et tous (la communauté) symbolise, manifeste, la dépendance de l’Église à l’égard de son unique Seigneur, le Christ. C’est lui qui l’a rassemblée par sa Parole, et c’est lui qui l’envoie en mission. Ce n’est pas elle (la communauté) qui d’elle-même a décidé de se rassembler.

4.     Les ministres, tout comme les communautés, doivent être en communion avec le groupe originel des Apôtres les témoins de la résurrection de Jésus.

5.     Le ministère principal, ou apostolique, assume trois fonctions, a)Il annonce l’Évangile, b) il veille sur la communion dans chaque communauté et entre les communautés, c) Il est caractérisé par le service; c’est un ministère diaconal. (pp.61-63)

Un homme simple et chaleureux

L’histoire de l’Église montre que les ministères peuvent toujours évoluer. Actuellement, des questions délicates se posent à propos des laïcs qu’on appelle «animateurs pastoraux» (…) Pendant longtemps, quand on pensait Église on ne pensait qu’à deux ministères : évêques et prêtres. Maintenant revient en force un troisième ministère ordonné : les diacres (permanents). P.63

Reste que le ministère le plus important est celui de l’évêque. Si important que l’égalité baptismale et la modestie de serviteur étaient sérieusement mises à mal par la mitre, la crosse et des titres délirants : Sa Grandeur, Son Excellence, Éminence révérendissime. (pp.63-64)

Mais là encore, quelle évolution! L’auto, les médias et mai 68 qui démocratisait tout, ont fait de cette excellence lointaine et toujours bourgeoise (il habitait un palais!) un homme qu’on voit souvent, simple, chaleureux, à qui (on s’adresse par son prénom).

Comment devient-on évêque?

Ce fut d’abord par élection : «Qu’on ordonne comme évêque, dit fermement la Tradition apostolique d’Hippolyte au IIIe siècle, celui qui a été choisi par tout le peuple.»

Apparemment c’est l’idéal, mais les problèmes d’élection surgirent, comme dans toutes les élections. Des clans se formaient, entraînant des divisions et des violences. Bientôt jouèrent, et de plus en plus, des pressions de toutes sortes. Pendant des siècles les autorités civiles exercèrent un pouvoir de nomination, ou en tout cas un droit de veto. Si bien que progressivement le pape a pris en main la nomination de tous les évêques du monde. Comme toujours, le Code de droit canonique est d’une précision chirurgicale. (pp. 64-65)

Cela en dit long sur ce que furent les pressions, les longues querelles et les trafics au bout desquels triomphait un évêque plus ou moins digne de l’être. Mais comment ne pas penser aux déceptions et parfois aux révoltes d’un diocèse à qui Rome impose encore un évêque contre son gré? Certes, le Vatican reçoit force renseignements avant même d’arriver à la terna finale (trois noms soumis à son choix). Et le Saint-Esprit doit s’intéresser à la chose. Mais comme il est excessivement respectueux de toutes les libertés, y compris celle du pape, impossible de ne pas considérer cet énorme pouvoir de nomination comme le moyen idéal de construire peu à peu l’épiscopat mondial que souhaite le Pontife suprême, pour parler comme le Code. (p. 65)

«Mon évêque, qui es-tu?»

Le prêtre qui est ordonné évêque reçoit la plénitude du sacrement de l’ordre. Il faut trois évêques pour cette ordination. Ce n’est pas une question de faste, ils prouvent que le diocèse qui reçoit son nouvel évêque fera bien partie de l’Église universelle. Le nouveau venu entre dans le grand corps de plus de 4 000 évêques du monde (en 1993!). (p.66)

L’évêque n’est donc ni le délégué du pape ni le délégué d’une communauté : il est le délégué du Christ et du Saint-Esprit. Mais, bien entendu, en liaison étroite avec son peuple diocésain et avec le Vatican.

C’est pour porter tout cela qu’il est ordonné. Il reçoit le même sacrement que le prêtre, mais dans une plénitude qui lui permet entre autres d’ordonner ses prêtres, de confirmer, et de jouer son rôle dans le corps épiscopal tout entier.

Encore un mot pour définir cet aspect de la vie d’un évêque : elle est «collégiale», c’est-à-dire jouant toujours dans des groupements, ceux des évêques pour l’Église universelle et ses multiples conseils pour son diocèse.

Son rôle par rapport à l’Église universelle peut paraître un merveilleux alibi pour d’innombrables déplacements («Il n’est jamais dans son diocèse!»). Pourtant, Vatican II est formel sur l’aspect peut-être le moins connu de la charge épiscopal : son ordination ne lui met pas sur les épaules en premier lieu un diocèse, mais le monde entier. Je crois que cela vaut la peine de citer le texte même de Vatican II, qui décrit ainsi le double rôle de l’évêque : l’Église universelle et son diocèse. (p.67)

Les quatre missions de l’évêque

Avant tout, l’évêque doit avoir l’obsession de l’évangélisation. Il faut y insister, car c’est la caractéristique d’un ministère ecclésial. L’évêque existe pour un petit de donnés au Christ et pour tout le diocèse à éveiller au Christ. (p.68)

Deuxième mission : enseigner. Annoncer le Christ, prendre position sur telle ou telle affaire, ce n’est jamais suffisant, il faut éclairer, expliquer. Si, par exemple, chaque évêque avait mieux enseigné Vatican II, ce fantastique réveil d’Église n’aurait pas sombré si vite dans l’assoupissement ou les divisions catastrophiques entre intégristes et férus de nouveautés.

Troisième mission : sanctifier. On songe bien sûr aux belles cérémonies dans la cathédrale ou dans une petite église qui vit le grand moment de la visite épiscopale. Le cardinal Decourtray me disait qu’il emportait toujours sa mitre et sa crosse pour la plus petite célébration parce que les participants aiment bien contempler le signe le plus solennel de leur union à l’Église par leur évêque. (p.69)

C’est dans cet esprit que les évêques peuvent assumer avec le plus de profondeur possible leur quatrième mission : gouverner, et cela veut dire assurer l’unité, former des chrétiens responsables, disponibles au changement, faire circuler l’information pour que le diocèse  soit un lieu où l’on s’aime et où l’on bouge. (p.70)

«Au début, ils voulaient ce synode contre moi!»

L’évêque comme chef de diocèse est donc finalement un homme à découvrir. Cela se fait actuellement dans le remue-ménage de l'aventure synodale.

Synode : voilà de nouveau un mot qu’on peut trouver barbare tant qu’on ne connaît pas son sens éblouissant : la mise en marche «ensemble» de tout un diocèse. (p.70)

Inutile de se leurrer : un diocèse habituellement, c’est plutôt la passivité d’une masse consommatrice de produits religieux comme la messe, le baptême, le mariage et l’enterrement. Soudain l’évêque, de lui-même ou poussé par un noyau actif, se dit qu’on ne peut plus continuer à ronronner et à gémir. Pas de vocations? Pourquoi? Déclin des paroisses? Que faire? Indifférence croissante? Comment la secouer?

Le miracle synodal, c’est qu’on va ébranler et réunir pendant plusieurs années des gens totalement différents et auxquels l’Église ne disait rien de bon. À la clôture, les voilà transfigurés, fraternels à n’y pas croire, et demandant à être embauchés dans tel ou tel secteur d’Église. (p.71)

 

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