La beauté de nos verrières trahit-elle la pauvreté de l'Église? Il n'est jamais facile de parler de ses souffrances, que celles-ci soient individuelles ou collectives. Au salon du livre de Shippagan en 2005, il y avait une table ronde sur les défis de l'Église. On ne parlait que de souffrance à tous les niveaux. Quand une participante a voulu nommer la souffrance existante, elle s'est fait dire qu'elle était hors sujet.
Pourtant, la souffrance est là, palpable malgré les riches ornements et le décorum haut de gamme. Elle est au coeur de tout cheminement et anime le processus de croissance. C'est la traversée du désert pour le peuple hébreux, c'est aussi la mise en croix du Sauveur du monde et la peur des apôtres derrière les portes closes du cénacle. Nous avons tellement misé sur la résurrection du Christ glorieux que nous en oublions le Christ souffrant. Alors, on se désole de constater Dieu absent dans ce qui fait mal à l'âme et au coeur. Pourtant, entre notre finitude en tant qu'êtres humains et la Gloire du Royaume, il y a le passage de la crucifixion.
La nature devrait nous inspirer, mais qui veut entendre la peine des arbres qui perdent leurs feuilles à l'automne? Qui aime entendre le cri du bourgeon qui laisse naître une feuille ou une fleur au printemps? Quand les forêts s'orneront des couleurs d'automne, qui entendra la sève se demander si cela valait la peine de nourrir un arbre qui prendra les allures d'un mort durant l'hiver?
Il ne s'agit pas de vénérer la souffrance à la Donalda des Belles histoires des Pays d'haut avec sa traditionnelle "Sainte Misère, priez pour nous." Mais il faut néanmoins la reconnaître comme processus de croissance vers le matin de Pâque. Ce matin fondamental à notre foi n'aurait jamais existé sans l'après-midi du vendredi saint et l'absence de l'entre-deux de la transition. Le "fast-food" de nos religions trop humaines en fait oublier la divinité qui appelle au dépassement. Ça sent le vieux rôtissoire.