Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

Publicité

Une créature spéciale

Iles-aux-Grues--aout08--13-.jpg

 

 

 



Un jour, un ange voulait voir Dieu. On lui dit qu'Il était à son atelier à travailler sur une créature nouvelle, quelque chose d'exceptionnel et unique. L'ange entra dans l'atelier et vit Dieu à l'œuvre. L'ange pouvait voir près de l'établi des débris d'œuvre qui indiquaient que Dieu avait fait plusieurs tentatives. 

-- Que fais-tu là, Seigneur? demanda l'ange.

-- Je suis à créer un être exceptionnel pour les enfants de la terre, fit Dieu. Sans cette créature, le monde serait perdu à tout jamais. Il faut qu'elle soit parfaite en tout point. Car sa mission est unique. Si elle échoue, il n'y aura plus de salut possible.

-- Et que sera sa mission? demanda l'ange.

-- Elle devra apprendre à faire semblant, répondit Dieu, pour ne pas blesser les personnes qui seront sous sa charge. Il lui faudra un œil discret afin de voir ce qui se fait sans donner l’impression d’espionner. Il lui faudra aussi un œil pour voir à travers des portes closes pour voir ce qui s’y passe en secret. Car elle demandera ce qu'on y fait et on lui répondra "Rien". Il lui faudra voir ce qu'on ne lui dit pas, sans que ça paraisse.

-- Assez spécial, fit l'ange.

--Aussi, il lui faudra entendre ce qu’on ne peut dire quand ça fait trop mal. Elle devra tout saisir de la blessure du cœur à partir d'un soupir discret et souvent involontaire. Elle devra lire dans le regard l'écriture fine inscrite sur le parchemin du cœur. Elle devra se faire assez proche pour qu’on ne se sente pas abandonné et assez distante pour ne pas étouffer la vie. Elle devra cacher son inquiétude par un sourire sincère. Les larmes qu'elle portera à l'œil ne sauront dire si elle est joyeuse ou si elle a de la peine. Elle devra passer ses nuits blanches auprès d'un malade et, le lendemain, reprendre son ouvrage comme si de rien n'était.

-- Assez exceptionnel, remarqua l'ange.

-- Elle devra faire éclater sa joie devant les réussites et cacher sa déception devant les échecs pour qu'on ne se sente pas coupables de son erreur. Elle aura à laisser choisir et de se tromper et aussi, laisser vivre les conséquences des bêtises. Elle devra leur parler du Ciel comme si elle en revenait et de moi comme si elle se souvenait de l'effort que j'ai mis à la créer. On se souviendra de celle qui a porté le sarrau du médecin, le bonnet de l’infirmière et l'attitude accueillante d'une psychologue alors qu'elle savait à peine lire et écrire. On se souviendra d'elle comme d'un cénacle où le corps a pris chair pour que la chair devienne source de vie.

-- Mais, comment appelleras-tu cette merveille? demanda l'ange.

-- Moi, dit Dieu, je l'appellerai Signe Sensible de Mon Amour et de Ma Présence sur Terre.

-- Ce nom sera compliqué pour les enfants de la terre qui voudront l'appeler, fit l'ange.

-- Non, dit Dieu. Les enfants de la terre l'appelleront : "MAMAN."

La perte d'une mère se définit pour un enfant comme la perte de son origine, la perte de la source de sa conception. Après la mort d'une mère, je le sais pour l'avoir vécu pour ma propre mère, l'enfant se sent comme un satellite projeté en orbite. Il regarde le siège de sa conception de loin, tout en remplissant sa mission qui est de recevoir et de transmettre des informations qui le dépassent, en se rappelant une racine du cœur qui se serait endormie dans l'attente d'une résurrection. L'héritage que l'enfant reçoit de sa mère est de vivre dans son être la foi, l'espérance et l'amour qu'il a perçu chez celle qui lui a donné la vie dans l'intimité du foyer familial.

L'enfant qui pleure la mort de sa mère porte en lui un cri du Ciel. Son deuil dépasse les limites du temporel et de l'incarné qu'il se dit être. C'est plus qu'un rêve inachevé, c'est le corps à corps avec une promesse à accomplir. Dans le méandre de mes souvenirs se trace une larme de Dieu tant qu'Il réalise la soif qu'Il a créée en moi pour un doux souvenir qui ne veut pas mourir. C'est plus qu'un salut méritoire selon ses actes en ce monde. C'est l'infirme qui veut marcher, l'aveugle qui veut voir et le sourd qui veut entendre. 

Dieu se doit de combler une telle promesse sinon Il aurait créé une créature supérieure à Lui-même en donnant à la femme sa vocation de mère. Si Dieu ne peut se faire le Dieu de ses promesses, qu'il me redonne ma mère comme prix de consolation. Avec ce que mon cœur porte de souvenirs de celle que j'appelais "maman", j'en oublierai les illusions d'un Amour par lequel on voulait se faire digne de Dieu. Dieu s'est pris à son propre piège. En nous donnant une mère, Il a ouvert les portes sur l'antichambre de ses promesses. Si la mère n'est qu'une figure de style qui nous attend, j'entrerai dans cet espace de Dieu avec le style d'un Amour que j'aurai figuré avec celle qui a passé ses nuits à me consoler de mes peurs et de mes peines.

Mais Dieu remplira ses promesses. L'amour dont aspire le cœur ne peut être une comédie divine d'un Dieu qui rêverait d'une tragédie humaine pour les siens. L'expérience de l'enfant pour sa mère ouvre les portes du cénacle sur une rencontre ultime. Pendant qu'on regardera mon corps, déchu par le mystère de la mort, se déposer au cimetière de mes ancêtres; moi, par un mystère qui ne sait comment mourir, je poserai l'objet de mon regard sur une promesse déposée sur le corps glorieux de mon attente. Le souvenir d'une mère affectueuse nettoie la plaie où s'engendre l'attente d'une promesse que Seul Dieu peut combler.

Daniel LeClair

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article