Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
La pauvreté réelle en société a-t-elle eu raison des vœux publics de pauvreté des communautés religieuses? À l’époque où j’étais membre d’une communauté religieuse, je me suis souvent questionné sur cette option privilégiée envers les pauvres à l’époque. S'engager publiquement à vivre la pauvreté fait appel à une liberté que le pauvre de la rue ne connaît pas. La pauvreté volontaire n’est pas une vraie pauvreté. Cette dernière s’impose et brime les libertés. On ne la choisit pas librement. Suite à une formation initiale, le religieux s'engage à une pauvreté choisie selon sa formation. Mais que dire de cette pauvreté presque sauvage qui accompagne la vie dans sa cruauté?
Le vrai pauvre est assuré du Royaume des Cieux nous dit les évangiles. Pourquoi en est-il ainsi? Cette Parole vise-t-elle aussi le vœu de pauvreté? Si pour le religieux la pauvreté est une option, pour celui de la rue c’est souvent un jugement arbitraire d’une société plus sévère qu’un tribunal d’un cartel injuste. Ce choix volontaire d’une option religieuse serait-il devenu un abus psychologique pour ceux qui ont souvent considérer le suicide comme seul issu à un mal de vivre?
La pauvreté crée la solitude. Certains comportements asociaux en témoignent. Le vrai pauvre a peur de déranger. Il compte alors sur un appel téléphonique gratuit, juste pour savoir comment vont les choses. Il n’est pas nécessaire d’être pauvre pour comprendre la pauvreté. En fait, la force d’une pauvreté authentique c’est de reconnaître son besoin des autres. Le vrai pauvre n’est pas un quêteur par nature et ce, même s’il compte sur une aide providentielle par l’entremise d’un ami. Se faire ami des pauvres, c’est se rendre disponible à le défendre devant les abus que lui font subir les profiteurs de sa situation précaire.
La capacité évangélique de vivre la pauvreté parmi les pauvres repose sur des dispositions du cœur qui sont plutôt issues de la grâce que du fruit d’une formation encadrée et institutionnalisée. Les pauvres sont très sensibles à ce que nous faisons. Nos gestes sont autant de reflets de ce que nous sommes et ils parlent plus que nos paroles encensées de propos évangéliques.
Un religieux qui oserait s’identifier avec authenticité aux pauvres a surtout besoin d’une grande dose d’humilité. Les gens qui assument leur pauvreté sont d’excellents professeurs-nés. Leur formation appartient à l’université de la rue et leur manuel de classe s’appelle la vie. Saurions-nous nous laisser déranger afin d’apprendre des choses vécues qui ne seront jamais publiées tant elles sont trop vivantes pour se figer dans le cristal de nos mots sophistiqués? Il y a de ces choses qui s'agitent trop pour reposer sur les étagères poussiéreuses de nos bibliothèques oubliées. Les engagements publics n’y changent pas grand-chose. C’est une disposition du cœur que d’accepter que certaines pauvretés soient imbues d’une richesse incommensurable.
Tout instrument de musique constitue une pauvreté en soi quand il se croit obligé à être l’orchestre par lui-même. Mais s’il ajuste sa musique à celle des autres instruments qui forment avec lui l’orchestre en question, il aura sa part sur la partition de l’œuvre à bâtir. Nous avons une Église de pauvres à bâtir. Encore faut-il avoir l’esprit qui l’accompagne.