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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Réflexion d'un moine (5)

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Comment vivre la fraternité? Comment y contribuer d’une manière constructive et être assez humble pour accueillir les perles qui en découlent?

Pendant les années où j’ai travaillé auprès des alcooliques avec le programme des Alcooliques Anonymes, j’ai eu à adresser la parole à des groupes ouverts aux sympathisants. Je leur disais combien ils étaient chanceux d’être alcooliques, ne serait-ce que pour bénéficier d’une telle fraternité et d’un tel programme de recouvrement. Depuis 1935, grâce à Bill et Bob, ce programme n’a cessé de prouver ses qualités autant sur les plus thérapeutiques, fraternels que spirituels. Quand on a assisté à l’une de ces rencontres on constate facilement l’amitié qui forme l’élément de base d’une saine croissance personnelle et collective.

Je constate à quel point la spiritualité franciscaine inspire leur mode de vie. Je constate que d’autres réussissent mieux, en apparence du moins, à vivre ce que j’ai tenté de vivre comme religieux. En faisant une petite analyse, je remarque qu’il aurait été à mon avantage de mettre en pratique ce que ces «qualifiés de la vie» adaptaient à leur quotidien. Ne serait-ce de par leur misère et leur souffrance mises en commun afin de s’entretenir au niveau de l’espoir et de l’audace courageux de risquer ce qu’ils croient. Ils ont réussi à établir des bases solides qui agissent comme références pour plusieurs.

Leur recette est simple. Ils travaillent à créer l’unité, non à partir de ce qu’ils ont fait ou de ce qu’ils ont accompli. Ils sont unis autour d’un problème commun : l’alcoolisme et cela crée l’unité autour d’un désir commun : la sobriété. En tant que religieux, avons-nous oublié le problème commun qui nous divise? Croyons-nous aux conséquences du péché des origines? Nous avons tellement prêché sur la faute originelle que nous devrions nous rappeler que nous portons encore le gène de la division entre nous. Mais comme on ne semble pas trop en souffrir, comment mettre en commun une source d’espérance et ce, tant au niveau personnel que communautaire?

Sur le plan personnel, quel degré d’humilité faudrait-il pour reconnaître une affectivité subjective bloquée ou qui s’exprime que très gauchement? Suis-je capable de me reconnaître responsable sans pour autant me culpabiliser de mes erreurs? Je ne maîtrise pas mes forces vitales et mes instincts comme je le souhaiterais et les capacités intellectuelles rationalisent mes faiblesses tel un succulent crémage capable de camoufler les manques et les imperfections du gâteau de ma vie. Au niveau communautaire, il m’est facile d’imposer mes succès apostoliques comme autant de différences ostentatoires et ainsi forcer mon idéal religieux contre celui des autres.

Les alcooliques se donnent pour but la sobriété. Pouvons-nous créer un but comme dans un mode de vie issu de l’Évangile? Est-ce que je cherche à accomplir mes aspirations religieuses à la suite de celui qui inspire ma spiritualité alors que la floraison de telle spiritualité se réalise dans de nouveaux sentiers que je ne connais pas? La sainteté est plus qu’un rêve de novice, c’est le projet central de tout religieux.

Pour le bénéfice de la vie religieuse, ne pourrait-on pas utiliser le programme des 12 étapes des A.A. pour les appliquer dans son quotidien à la fois dans nos vies personnes et communautaires? On aurait qu’à substituer le mot «alcool» de la première étape par le mot «vie». Les autres étapes ne sont pas reliées au problème à la basse mais bien aux relations interpersonnelles et à la croissance spirituelle. C’est pourtant ce que d’autres groupes d’entraide ont fait. Je pense aux Gamblers et aux Outre-mangeurs anonymes.

C’est donc avec ce sentiment affectueux que je maintiens mon engagement baptismal. Je me crois capable de vivre un tel programme de vie qui a fait ses preuves et ce, sans devenir alcoolique ou regretter de ne pas l’avoir été. L’humilité est un autre aspect non négligeable lié à un tel programme. Je rappelle à mes bons souvenirs cet ami qui s’introduisait en disant : «Je suis un alcoolique en réhabilitation; sobre pour aujourd’hui par mon effort personnel, avec l’aide du groupe et par la grâce de Dieu.»

L’alcoolique est toujours à une longueur de bras d’une rechute. Je suis à une longueur de bras de manquer à mon vœu qui modifierait le cours de mon choix de vie. Cela pourrait affecter le moral et la réputation du groupe de baptisés auquel j’appartiens. Seule la mort assure le succès de la sobriété pour l’alcoolique et seule la mort assure le succès de la vie religieuse du baptisé. Mourir en ce bas monde, à la suite d’un tel projet de vie, c’est peut-être graduer à ce projet d’être pour l’éternité.

Je ne peux réussir mon appel de Dieu seul. Il me faut certes investir un effort personnel tel que des temps de dévotion,  de prières et de contemplation. Il y a aussi les moments de lectio-divina et d’autres formes de discipline. Mais il me faut aussi le support de ma communauté; ceux que je rencontre régulièrement et les autorités qui me proposent des projets de pastorale. Rien ne peut se réaliser sans la grâce de Dieu. Donc, l’appel à vie est une vocation personnelle, communautaire et divine. Une question de discernement serait de se comparer à une fleur. Si une fleur était à ma place, pourrait-elle s’épanouir et fleurir dans un contexte comme le mien?

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