Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

Publicité

Québec, se réapproprier l'héritage

2058577-1.jpg

Auerbach évoque ce qu’il appelle le «créaturel». Le «créaturel», c’est l’être créé, faible, pécheur mais enfant de Dieu. Les scènes de l’Évangile où l’on voit le Christ avec les pécheurs, la Samaritaine ou les deux pécheurs sur la croix seraient impensable dans la littérature antique. La Révélation, ce n’est pas seulement Dieu qui se révèle, que se fait connaître, c’est Dieu qui révèle l’homme à lui-même, qui révèle la suprême dignité de l’homme.

Ce que montre Auerbach, c’est qu’après la venue du Christ, l’histoire change profondément. La vie humaine acquiert une dimension nouvelle, et cela transparaît dans la culture, la pensée, la langue, la littérature. Auerbach parle d’une «liaison verticale, montant de tout ce qui arrive sur terre pour converger vers Dieu», une liaison très «significative» qui transforme la vie humaine et l’histoire. Cela influence la langue, cela va donner le théâtre religieux du Moyen âge, le «mystère», un style concret, un réalisme inédit qui imprègne toute la culture occidentale. Il montre comment «l’Église se trouvait engagée de bien des manières dans le domaine de l’activité pratique.» Auerbach évoque saint Grégoire, évêque de Tours au sixième siècle, il parle de «son sens pratique et actif de la réalité qui fit de la doctrine chrétienne quelque chose qui put fonctionner au niveau de la vie terrestre et que nous avons maintes fois l’occasion d’admirer dans l’Église catholique.» Il parle du «mystère d’Adam, de la scène la plus simple à la réalité la plus haute, vérité cachée et divine.» Il montre comment La Divine Comédie de Dante est un produit de la conscience chrétienne, il retrouve chez Montaigne la conscience «créaturel», il affirme que la «situation stylistique» de Shakespeare remontre au «drame cosmique de l’histoire du Christ.» (pp118-119)

Je veux illustrer ici par ces exemples que dans l’Église, dans le christianisme, la vie sociale, la culture, la spiritualité sont intimement liées, sont inséparables. Même les hommes pécheurs issus de la barbarie portent avec eux, du fait de leur foi, de leur adhésion au Fils de Dieu, un ferment qui fait lever la pâte, qui produit toutes sortes de fruits. Les livres de spiritualité bien souvent semblent oublier cette dimension de la réalité, semblent se situer systématiquement en marge de la société et de la culture. Je vois dans cette attitude un refus inconscient de l’Incarnation. (pp. 121-122)

Pour désigner une certaine mentalité moderne, Alain Finkielkraut parle d’ingratitude, Milan Kundera de mentalité de procès. Je dirais que notre époque a mauvaise conscience en ce qui a trait à son héritage chrétien. Je m’explique ce phénomène de la manière suivante. Jésus est celui qui a le plus aimé les hommes, et les hommes l’ont tué, parce qu’ils ne veulent pas de l’amour, ils ne veulent pas être aimés, parce qu’ils ne peuvent rendre la pareille, et cela leur donne mauvaise conscience. C’est la mauvaise conscience qui empoisonne la planète. Il faut trouver un coupable. Le procès du christianisme que l’on dresse aujourd’hui n’est pas étranger au procès que l’on dresse à Jésus. (p.124)»

Réf : Paul-Émile Roy : La crise spirituelle du Québec. Bellarmin, Québec 2012. Se réapproprier l’héritage. Chapitre 5. Pp 109 – 124,

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article