Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Qu’est-ce qui constitue le caractère foncier d’un missionnaire? Ça mange quoi en hiver et comment le situer dans un monde en devenir? Le missionnaire doit avoir la conscience de ce qui le façonne de l’intérieur. Il développe ainsi une politique qui soit une manière de faire ajustée et ajustable dans le respect mutuel de la collectivité. Il apprend aussi à articuler une diplomatie dans une façon de communiquer sa manière de penser l’expérience vécue collectivement. Le tout doit prendre racine dans une culture appropriée à la réalité du peuple encadré par une politique précise et exprimé avec la plus grande fidélité aux valeurs fondamentales auxquelles se reconnaît le peuple en question. Le missionnaire est un leader capable de rallier le peuple choisi dans un projet collectif concret, réalisable et vérifiable qui soit aussi habité d'un esprit de vie qui allume les feux de l'avenir.
En fait, le missionnaire s’intéresse à tout ce qui assure la vivacité des plantes de son jardin, c’est-à-dire à la sève qui relie la feuille des branches aux racines qui la nourrissent. Un missionnaire se sait d’une nature au-delà de sa mission. Il fait de cette dernière une image, un reflet de son être et ce, tout en la dissociant de sa personne. On reconnait les missions militaires, politiques, économiques. Les militaires ne s’identifient pas à leurs missions de combat ou de paix. Les politiciens chevronnés ont une perception du monde qui surpasse les politiques qu’ils proposent. Il en est ainsi des personnes d’affaire en mission commerciale. L’arbre est l’image la plus fidèle du potentiel humain. On reconnaît l’arbre à ses feuilles comme on concède à l’homme son réseau social et les influences qui s’y démarquent. Le tronc de l’arbre serait l’image de la culture qui habite l’humain pour le situer dans un dynamisme collectif. Finalement, il y a les racines de l’arbre qui puise à même le sol la subsistance première qui lui assure la vie. S’il est possible de relier un arbre à la forêt, c’est bien à cause de ses racines qui puisent dans un sol commun. La spiritualité est donc la sève qui crée l’harmonie entre les racines, le tronc et les branches des humains pour atteindre en chacune de ses feuilles la mission qui l'identifie et la situe dans le monde. Un vrai missionnaire ressemble activement aux jardiniers qui protègent l’harmonie de son potager tout en se gardant de se croire maître de ceux et celles qui festoieront autour de la table devant un potage unique.
L’héroïne de notre enfance qui a eu une figure de missionnaire dans ma famille est certainement madame Janette Bertrand. Je revois encore le regard soyulagé de ma mère quand mes sœurs ont apporté à la maison un petit livret distribué à l’école, dirigée par des religieuses et qui portait sur la croissance des filles en voie de devenir des femmes. Ma mère avait certainement l’expérience requise pour certifier les renseignements qu’avait publiés madame Bertrand. Le problème de ma mère était qu’elle n’avait pas les connaissances requises pour transmettre de telles expériences de femme à ses filles. Elle s'en faisait peut-être un complexe. Ma mère verra donc madame Bertrand comme l'une héroïne dépareillée. Je me souviens de l'attitude de ma mère après avoir lu le livret de Madame Janette Bertrand. «Lisez cela, disait-elle à mes soeurs. Si vous avez des questions, venez me voir!» Que de soirées avons-nous passées devant le petit écran à regarder «Adam et Ève», «Quelle famille!» et d’autres émissions dont Janette Bertrand avait signé le scénario. N'était-ce pas là ma meilleure manière de reconnaître le service inestimable que Madame Bertrand a rendu à bien des mères qui voulaient le meilleur de leurs filles?
Il est malheureux que madame Bertrand se soit jointe à ceux et celles qui ont réduit l’Église catholique à une donnée historique qui ne lui appartient plus. À l’époque de l’Église, les femmes se formaient en communauté et elles dirigeaient nos soins hospitaliers et veillaient à l’instruction des générations à venir à même leurs écoles. Il est malheureux que le premier ministre de l’époque, Jean Lesage, ait refusé de reconnaître l’apport incontestable de l’Église non seulement en matière de santé et d’instruction, mais aussi pour la place des femmes à l’intérieur des instituions des quelles se sont articulée la mission de l’Église.
Il y a quelque chose de profondément blessée chez les anciens canadiens français et qui se perdurent chez les Québécois, les Acadiens, les franco-ontariens et manitobains. C’est son incapacité à croire en son potentiel politique, culturel et diplomatique dans un environnement menaçant. J’ai réalisé cela le 8 mai 2008 alors que je voyageais de Bathurst à Chicoutimi. En voiture, j’écoutais l’émission Pierre Maisonneuve à la radio d’état. Pour les quarante ans du manifeste signé et publié par madame Louise Harel lors de la Révolution tranquille de mai 1968, l’animateur demande à l’intéressée si elle écrirait aujourd'hui un tel manifeste quarante ans plus tard. Quelle n’a pas été ma surprise d’apprendre qu’elle n’avait pas écrit ce manifeste. Elle a dit sur les ondes qu’elle l'avait vu en France et qu’elle l'avait trouvé beau. Elle l'a donc signé et publié ici au Québec. Pendant quarante ans, on a cru madame Harel l’auteure d’un texte qui a remué les canadiens français pour en faire le peuple québécois. En fait, elle ne nous a jamais menti. Elle ne s’est jamais fait demander l’origine du texte. On a simplement présupposé une vérité historique sans en vérifier l'authenticité. En est-il encore ainsi par rapport à l'Église du Québec?
Et si on se donnait la peine de vérifier ce que nos historiens disent de l’histoire de l’Église? Si on resituait les textes du passé dans leur contexte historique respectif au lieu de les calquer sur notre réalité actuelle comme le fait encore une certaine élite? Et si on se nourrissait de la spiritualité de l’Église du Québec qui subsiste encore malgré qu’on n’y croie plus? On lui demande encore des baptêmes pour les enfants, des amirages et des funérailles. Si l’Église du Québec demeure encore, c’est peut-être parce qu’elle est encore habitée d’une divinité qui nous est toujours inconnue. C’est seulement quand le peuple québécois reconnaîtra l’urgence d’une spiritualité porteuse d’avenir à cause de son héritage inconnu issu de son histoire méconnu qu’on verra s’élever au Québec de véritables missionnaires capables de défendre sa patrie par des politiques ajustées, capables de protéger sa culture à même ses ramifications familiales diverses et aussi capables d’assurer son avenir comme autant de promesses à réaliser.
L’actualité présente nous informe des réalités qu’on a longtemps sous-estimées tant nous les avons crues autres. À quand les vrais missionnaires pour nous faire connaître notre histoire dans sa vérité, nous faire comprendre notre présent dans son authenticité et nous aider à croire en notre avenir avec lucidité?