Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Dieu n’est pas dans la vengeance des victimes ni dans les révoltes de ceux et celles qui en sont des témoins impuissants. Je trouve mon espérance dans la nouvelle manière de former les futurs prêtres. La sexualité jadis abdiquée et refoulée n’est plus négligée ou mise aux oubliettes. On ne se déshumanise pas à ce point en devenant prêtre. Les futurs prêtres sont aujourd’hui mieux encadrés avec une assistance psychologique de pointe. Malheureusement, c’est une démarche de formation assez récente. Ceux qui font la manchette n’ont pas reçu un tel encadrement. Ça prend une vie pour bâtir une confiance où un faux pas de quelques minutes l’anéantir.
La prière n’a rien de magique. Lors de mon noviciat au Kansas, les novices devaient participer à trois semaines de deux sessions par jour sur la sexualité. Avec eux, j’ai eu à écrire ma vie sexuelle dès les premières manifestations jusqu’au jour où j’ai choisi le célibat consenti. Il fallait ensuite présenter son texte écrit au Père-Maître. Quel acte de confiance! C’est en objectivant ainsi mes sentiments recherchés sur papier que j’ai fait mes plus grandes prises de conscience. Si je n’étais pas prêtre, j’opterais encore pour le célibat consenti. Mais pour consentir (sentir avec) il faut d’abord sentir sa propre sexualité et discerner l’affectivité qui l’accompagne. Comment ensuite rediriger cette affectivité vers un accomplissement de son être sans subir un syndrome de privation?
On m’a aussi dit qu’il y a quatre éléments avec lesquels on distincte la volonté de Dieu dans sa vie. Est-ce que je suis heureux? Est-ce que je réussis ma vie? Est-ce que j’accomplis mon baptême? Est-ce que je suis fécond? Ces questions sont simples mais il faut une somme de réflexion importante pour y répondre avec honnêteté.
Si les victimes d’abus étaient les nouveaux crucifiés du monde? Je sais que c'est forcer la note un peu trop, mais c'est mon seul point de repère. Qui s’est fait signe sensible de la présence de Dieu à la mort de Jésus au Calvaire? Je n’y vois que deux personnes : l’apôtre Jean, celui que Jésus aimait et Marie sa mère qui deviendra la mère de l'apôtre et ainsi de l'Église. Comment garder de tels secrets de société en son cœur et trouver le courage de méditer comme Marie savait le faire? C’est une expérience de foi unique où il faut identifier une grâce spécifique. Sans cette spiritualité qui convoque l’humain à être heureux, à réussir sa vie, à accomplir son baptême et à être fécond, l’humain se modèle sur des tortures culturelles et relationnelles indescriptibles. C’est le néant sans absolution ni pardon. Le bonheur devient alors élusif, la vie un fantasme, le baptême une illusion et la fécondité un exercice géniteur calculé!
La spiritualité n’est pas ici une option facultative. C’est un mécanisme de survie qui prend sa source dans l’indicible et l’innommable du mystère venu d'un ailleurs endormi dans l’expérience humaine. Le bonheur n’est possible que si je me crois capable d’être heureux. La vie n'est belle que si je lui permets de me réaliser. Le baptême n'est un beau projet que si je l’utilise pour m’accomplir. Une parole et une attitude peuvent être plus fécondes qu’un geste vidé de son sens.
Jésus serait-il ressuscité que pour répondre à l’amour de Jean et à l’attente de sa mère? Se tenant au pied de son supplice, ils n’ont porté aucun jugement avant que le temps ait dit son dernier mot? Cela me suffit pour continuer à croire malgré l’adversité. Après tout, Pierre s’est consolé d’avoir renié son maître et a pris la direction de l’Église naissante. Plus tard, Paul se convertira et avec Pierre, il deviendra l’une des colonnes sur lesquelles s’est construit l'Église. Celle-ci demeure le corps mystique de Celui qui ne nous abandonne pas et ce, malgré les apparences. Mais comment arriver à méditer cela dans son cœur alors que le monde exige que l’on réagisse? Là est le sens premier de la spiritualité. C’est la prière silencieuse qui nourrit une manière de penser afin de bien articuler la parole consolante qui suivra.