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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Coeur de prière

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Lire Évangile de saint Jean (11,3-7.17.20-27.34-45)

Le personnage Lazare est mythique et mystique. Oui, il est le frère de Marie et de Marthe. Mais on n’a pas souvenance d’un dialogue précis entre Lazare et Jésus; comme nous le voyons avec Nicodème ou avec Pierre ou l’un des apôtres. Il y a bien ce Lazare d’une parabole quand Jésus explique le jugement dernier. Un homme très riche ne partageait pas avec le pauvre Lazare qui n’avait que les chiens pour lécher ses ulcères. Les deux meurent dans la même nuit. Lazare est avec Abraham et l’homme riche subit le martyr dans les flammes éternelles.

Nous connaissons par contre les personnages de Marie et de Marthe. On connait cet épisode où Jésus enseigne et Marie est assise à ses pieds alors que Marthe se démène à la cuisine. Elle demande à Jésus de dire à Marie de l’aider et Jésus lui répond : «Marie a choisi la meilleure part. Elle ne lui sera pas enlevée.» Mais ici, ce sont les deux sœurs qui envoient chercher Jésus.

Lazare est le symbole de l’Église. Une Église persécutée et rejetée. Dans le texte intégral, les disciples s’opposent à l’idée que Jésus retourne à Béthanie car récemment on a voulu le tuer. Mais Jésus insiste : «Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui!» Thomas, dont le nom signifie : «Jumeau», dit aux autres disciples : «Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui!» Très optimiste comme attitude.

Il y a un Thomas qui dort en chacun de nous par rapport à l’Église et à la prière. Et son influence se joue entre les chiffres 2 et 4. Quand Jésus apprend que son ami est malade, il est reste encore deux jours là où il était. Quand il arrive à Béthanie, Lazare est mort depuis 4 jours. Entre le 2 et le 4, c’est le chiffre trois. C’est le signe de la Trinité; là où Dieu est à l’œuvre et le signe du troisième jour après la mort de Jésus, le matin de Pâques, la résurrection. Le chiffre 2 peut est synonyme de la peur puisqu’on envoie chercher Jésus alors que son ami est malade. On a peur qu’il meurt. Le chiffre 4 peut signifier le désespoir puisque tout semble trop tard. La peur et le désespoir vont de paire. La peur est toujours par anticipation, alors que le désespoir est la certitude qu’il est trop tard, qu’il n’y a plus rien à faire. Nous sommes en période électorale et il y aura le vote par anticipation. En Dieu, il n’y a pas d’anticipation. Chaque chose arrive en son temps, jamais en avance mais jamais en retard.

Nous avons vu lundi l’importance de l’appartenance et hier, nous avons regardé l’importance du témoignage. Ce soir, nous voulons regarder l’importance de la prière. Nous sommes à une époque où on ne sait plus attendre. La prière, c’est se mettre au diapason de Dieu. C’est se mettre en attente des noces qui accompagnent la réconciliation de Dieu et l’humanité en Jésus; comme nous l’avons vu lundi soir avec la prophétesse Anne à la Présentation de Jésus au Temple. La prière, c’est mettre en œuvre les gestes à poser qui parlent plus fort que nos paroles; comme nous l’avons vu hier soir avec Joseph d’Arimathie.

L’Église devient ce qu’en font les familles. Ce sont les parents qui demandent encore le baptême pour les enfants, les couples qui demandent le mariage et les proches qui demandent des funérailles religieuses. J’ai un ami travailleur social à Caraquet au Nouveau-Brunswick qui m’a récemment partagé un tableau sur l’évolution des valeurs familiales. Regardons cela d’un peu plus près et voyons si cela a une résonnance en Église.

En 1900, La famille indissoluble : Le modèle patriarcal prédomine * La plupart des couples sont monogames à vie * Les rôles sexuels sont départagés (en cas de séparation, la mère perd la garde de ses enfants.) 1950, La famille empathique : La femme devient la compagne plutôt que l’esclave du mari et des enfants * Chacun valorise le succès de sa vie personnelle * Le contrôle des naissances est admis au sein du mariage * Le divorce est encore mal vu. 1970, La famille recomposée : Le divorce permet un nouveau départ dans la vie * Il est moins honteux de se séparer et de refaire sa vie * Le beau-père (le chum de la mère) est plus important que le père biologique mais celui-ci doit assumer une responsabilité financière * Plus facile de mettre fin à un mariage non réussi. 1980, La famille biologique : Les liens biologiques sont plus forts que les liens maritaux * Le soin des enfants et le soutien financier sont des responsabilités partagées * Deux gagne-pain plutôt qu’un * Le père biologique est appelé à s’impliquer * Être parent est plus important qu’être marié. 1990, La famille fonctionnelle : Différentes façons de se marier, de cohabiter, d’être parent et d’agir avec la parenté * Couples peuvent être hétérosexuels ou de même sexe * Parents et enfants peuvent ou non corésider * Ce que l’on fait est plus important que la façon dont la famille est structurée. 2000, La famille fluide : La famille nucléaire devient minoritaire * La structure familiale en voie de changer radicalement * La fluidité et la transformation sont constantes * C’est quoi une «vie familiale normale?» Et mon ami termine le tableau par une question : Doit-on se réjouir des nouvelles valeurs ou s’en désoler?

Comme institution, l’Église doit-elle suivre les traces de la famille? Je reconnais que l’Église a déjà eu une emprise sur la famille. Il en est ainsi de toutes les grandes religions; les juifs et les musulmans et les bouddhistes. Je lisais récemment dans le courrier de Louise Deschâtelet dans Le journal de Québec une lettre où on parlait des valeurs familiales chez les musulmans. Il y a là un champ de dialogue possible pour resituer nos valeurs fondamentales. Est-ce qu’il y a des femmes rabbins, des femmes imam ou de femmes moines bouddhistes? À ma connaissance, non.

On se rappelle que le Cardinal Paul-Émile Léger, lors du Concile Vatican II, avait dit haut et fort que les laïcs sont aussi l’Église. Aujourd’hui, il faudrait peut-être rappeler aux laïcs qui s’engagent que l’institution est aussi l’Église et qu’il est plus que temps de resituer le dialogue entre la tête et le cœur, ce que j’ai appelé le «syndrome de Judas» qui, en se pendant a coupé la relation entre la tête et sa théologie et le cœur et sa spiritualité. Ce faisant, nous entrons dans le dynamisme dont nous sommes témoins avec l’évolution des valeurs familiales. L’Église doit-elle aussi devenir fluide à ce point que l’un est égal à l’autre à en perdre ses repères?

Si j’ai tant parlé des toxicomanes qui ont participé avec moi à la retraite fondamentale en février dernier c’est parce que j’y vois un signe d’espérance pour l’avenir de l’Église. Il y a trente ans, je travaillais avec le Père Émilien Carrier à La Baie. Le père Carrier travaillait principalement avec les alcooliques alors que je travaillais plutôt avec des toxicomanes. Ce sont deux réalités bien distinctes. L’alcool touche principalement les cellules aqueuses; c’est-à-dire les cellules d’eau dans le corps humain. Excusez l’expression, mais vous connaissez sûrement l’adage : «boire une bière et en uriner trois.» C’est un phénomène physique naturel. L’alcool expulse l’eau des cellules. Lors du sevrage de l’alcool, il y a deux éliminations; celle du sang qui dure entre 7 et 21 jours et celles des cellules aqueuses qui dure environ trois mois. Après trois mois d’abstinence, on peut dire que la personne est physiquement apte à prendre sa sobriété en main. S’ensuivent alors les démarches psycho-sociales dont les Alcooliques Anonymes répondent très bien au besoin. Dans le cas des drogues, c’est différent. La drogue se colle aux parois des veines et des artères et la première élimination, liée au sang, peut durer qu’à 24 ans mois (2 ans). Contrairement à l’alcool qui s’immisce dans les cellules aqueuses (cellules d’eau), la drogue s’introduit dans les tissus adipeux, c’est-à-dire les cellules de graisses. La deuxième élimination peut s’étendre sur de nombreuses années. J’ai connu un individu qui, après 17 ans d’abstinence, avait encore de «bzz» de drogue de quelques secondes. Dès qu’une cellule de gras se libérait d’une dose de drogue, cette dose va au cerveau et l’individu a un autre trip de drogue sans en avoir consommé. Cela crée la peur (le syndrome du 2 que nous avons vu dans le texte) et le désespoir de s’en sortir (le syndrome du 4, il est trop tard, le mort pue). Récemment, il y a eu une descente de police chez les trafiquants de drogue dans notre région. Il semble y avoir une banalisation de la drogue chez les jeunes et cela me désole. Ils aiment dire «Il n’y a rien là, ça fait partie de la vie.» Je m’excuse, il y a quelque chose là et il faut s’en occuper immédiatement.

Et c’est là où la prière devient une question de vie ou de mort. Durant les quelques vingt ans où j’ai travaillé avec des toxicomanes, j’ai arrêté de compter à trente les suicides où j’ai eu à intervenir de près ou de loin. Et encore récemment, j’ai fait des funérailles de jeunes qui se sont suicidés et la drogue faisait partie de leur mode de vie. La prière ne libère pas des «flashback» de la drogue mais elle libère de la peur et du désespoir qui accompagnent ces flashbacks. J’admire le prédicateur dont j’ai fait référence et son acolyte qui vont dans les maisons de thérapie pour offrir une démarche de foi. J’aimerais en faire autant mais, encore faut-il un endroit où les accueillir pour leur faire connaître l’amour inconditionnel de Dieu et la possibilité de Le rencontrer dans un cœur à cœur; comme Joseph d’Arimathie qui a fait corps à corps avec ce Jésus de la croix.

Les dérapages sont souvent subtils. J’ai un ami linguiste, donc un spécialiste des mots et il déteste les nouveaux dictionnaires tellement qu’il y a des anglicismes acceptés dans la langue française. Il est navrant de voir combien il y a de mots anglais acceptés dans la langue française. Personnellement, entre faire du shopping à Paris ou aller shopper à Bathurst, je préfère aller magasiner à Chicoutimi! L’auteur Luc Plamondon a raison de s’inquiéter de l’avenir de la langue française au Québec. Combien de fois on entend : «Venez nous visiter sur notre site web!» Web, en français veut dire «toile.» En anglais, on dit «spider web» et en français cela veut dire «toile d’araignée.» Ça devrait pouvoir se dire : «Une toile internet.»

L’Église catholique ne peut pas suivre l’évolution qu’ont connue les familles comme institution et elle ne peut pas suivre le dérapage des franc-anglais. Ce terme, que mon ordinateur n’accepte pas veut dire qu’on se parle en français avec des mots anglais. L’Église ne peut pas devenir fluide à ce point où l’un ressemble tellement à l’autre qu’on ne reconnaît les rôles qui s’y jouent. L’Église catholique a une richesse qu’on ne retrouve pas dans les autres grandes religions; les sacrements qui agissent comme signes sensibles d’un Dieu aimant et à l’action dans son peuple. Et ces signes nous révèlent la relation intime entre Dieu le Père envers son Fils qui prend la forme de l’Esprit Saint qui nous est offert dans tous les sacrements.

L’Eucharistie est un moment privilégié où ciel et terre ne font qu’un. Le pain et le vin devenus le Corps et le Sang du Christ est, selon les grands saints, le ciel sur terre. Le pain et le vin consacrés ne sont pas le symbole du Christ et le signe de la communion fraternelle. C’est le Christ de par sa nature et il nous veut en communion les uns avec les autres comme lui, il est en communion constante avec le Père. Je le redis lors des funérailles au moment où je bénis le corps ou les cendres : «Un jour nous ressusciterons et nous verrons Dieu face-à-face et nous reconnaîtrons ceux et celles que nous avons aimés en Dieu.» Alors, si nous vivons pleinement ce qui nous est offert dans l’Eucharistie, cela devrait nous amener à reconnaître Dieu dans nos frères et sœurs et, ce faisant, nous reconnaîtrons ces mêmes frères et sœurs quand nous serons en Dieu. Il faut dire qu’on ne fait pas Eucharistie pour soi-même. Après l’offertoire, quand le prêtre invite à la prière en disant : «Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église» on ne répond pas pour mon plaisir intime et mon sentiment personnel! On répond : «Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.» Mais, est-ce qu’on est partie-prenante de la gloire et de Dieu et est-ce qu’on veut faire partie du salut du monde? Si oui, nous nous reconnaissons dans la gloire de Dieu et nous avons notre place dans le salut du monde. Nous avons donc raison de célébrer haut et fort l’Eucharistie, c’est-à-dire l’action de grâce qui nous situe comme citoyens et citoyennes du monde et participants et participantes à la relation intime entre Dieu le Père et son Fils Jésus.

L’autre richesse de l’Église catholique est le sacrement du pardon. Ici, il y a deux choses qui me font sourire. On reproche encore à l’Église catholique d’avoir jouer sur la culpabilité des gens. Réveillons-nous. La culpabilité fait partie de la nature humaine. Dès qu’un enfant est malade, les parents se demandent s’ils ont fait quelque chose de pas correct. Est-ce que les médecins et les pharmaciens inventent des maladies pour vendre leurs médicaments? Non. L’homme s’est toujours senti coupable pour avoir failli à un projet qu’il a caressé. C’est sa nature! L’Église offre le pardon de Dieu comme une autre chance d’avancer dans la vie sans les regrets qui accompagnent les échecs du passé. On a le droit à une autre chance, si seulement on voulait se la donner. Quand un enfant est actif et qu’il fouille partout, on lui dit bien de se laver les mains avant de se mettre à la table; pourquoi on n’irait pas voir un confesseur de temps en temps avant de nous mettre à la table du Seigneur! Après tout, on n’a pas fait le mort entre deux messes, on a vécu et on a tenté de nouvelles expériences. On est tous appelés à la sainteté mais la perfection n’est pas de ce monde. J’ai le droit à l’erreur et le sacrement du pardon est l’occasion pour moi de reconnaître mes limites et mon besoin de l’amour de Dieu et ce, même quand je pense que je ne le mérite pas. Alors pour ceux et celles qui disent qu’ils se confessent directement à Dieu, à vous je vous dis que vous êtes mieux et que moi. Plus que cela, vous êtes meilleur que moi. Car, comme prêtre, je peux donner le pardon de Dieu à quiconque me le demande; qu’il soit Évêque, vicaire général, prêtre modérateur, notre diacre coordonnateur, collègues et agents de pastorale et même le président de notre Eucharistie. Il n’y a qu’un seul à qui je ne peux pas donner le pardon de Dieu et c’est à moi-même. Je peux analyser une situation et me pardonner pour une gaffe personnelle, mais je ne peux pas me donner le pardon de Dieu. Il faut que j’aille voir un autre prêtre pour recevoir le pardon qui vient de Dieu.

La prière est fondamentale dans la vie du chrétien. C’est ce que les jeunes en thérapie ont découvert lors de ma dernière retraite fondamentale. Et cela, c’est d’abord une expérience à vivre et non un concept abstrait à expliquer et à justifier. C’est dans la prière que les gestes qui parlent plus fort que les paroles à la Joseph d’Arimathie prennent racine. La résurrection de Lazare est notre histoire avec son mythe et son mystère. À croire ce qu’en disent les médias, c’est une histoire qui pue tant il est trop tard pour rajuster le tir et faire la lumière sur certains faits erronés. Le hic c’est que Lazare est déjà vivant depuis le 3e jour. A-t-on remarqué que Jésus ne dit pas à Lazare de se lever mais bien de sortir dehors? Lazare est déjà debout et il n’attend qu’on lui enlève la pierre. Que de belles choses accessibles par la prière et qui restent encore enfouies dans nos cavernes intérieures, ligotées par des liens inutiles et recouvertes du suaire de la mort tant elles ressemblent à la foi de nos parents, eux qui n’ont pas connu notre modernisme! Jésus voyait Lazare debout dans le tombeau comme il voit la richesse que nous cachons ne nos cœurs. Là est l’heureuse fortune d’avoir un Dieu qui regarde le cœur. QU’attendons-nous pour entrer dans cette relation intime avec le Dieu de notre foi, ce Seigneur de la vie qui nous regarde le cœur?

Mon ami travailleur social du Nouveau-Brunswick m’a partagé un texte que je suis encore à étudier tant il est intense. C’est une réflexion sociologique d’une Église qui passe de la paroisse à la communauté. On a tellement peur d’être en manque de prêtre que certains souhaiteraient que l’on ordonne à peu près n’importe qui en autant qu’il assure la messe quand on en aura besoin. Mais est-ce suffisant pour bien vivre nos Eucharisties? En terminant, je me suis permis de faire une petite proposition aux jeunes toxicomanes après leur rencontre avec Jésus-Eucharistie et Jésus-Miséricorde. Je leur ai demandé de garder ces regards lumineux le plus longtemps possible et pour se faire, de ne pas s’inscrire trop vite en théologie. Nous n’avons pas besoin de spécialistes de la foi mais des témoins véritables dont les gestes parlent tellement fort qu’on ne peut renier leur appartenance à Celui qui est du côté de la vie et de l’amour. Car la théologie n’engendre pas la foi; c’est une science qui encadre et explique des choses savantes,  mais seule une expérience  intime et vraie avec le Christ vivant peut engendrer et entretenir la foi. C’est la grâce que je nous souhaite en cette veille de la semaine sainte. AMEN.

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