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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Nuit mystérieuse

undefinedC'est la nuit de Noël. Ma première sans communauté priante pour célébrer un mystère qui nous dépasse. Et pourtant, que de présence dans cette solitude désirée et acceptée!

Il y a un mois, on annonçait ma démission dans les paroisses dont j'avais la charge pastorale. Sans explication et sans adieu, certains ont peut-être cru en un abandon de leur pasteur alors que d'autres ont saisi l'ampleur d'un mal intérieur qui ne se cicatrise pas par l'action sociale. En fait, la solitude anticipée et bien vécue de cette nuit ne ressemble en rien à celles que j'ai souvent vécues dans la quiétude d'un presbytère. Je réalise combien de fois je me suis retrouvé seul après quatre messes de la nuit aux églises bondées. Je savais les gens en fête de famille ou entre amis alors que je n'avais pour compagnon d'un soir le sentiment fragile d'un travail bien accompli.

Ce soir, je me sens béni du Ciel. Dans la fragilité de la crèche de mon coeur s'articule un être mystérieux, aussi mystérieux que le mystère de cette nuit très sainte. Le plus beau cadeau ne s'achète pas, il n'a pas de prix. Il monte un souvenir que je veux vous partager comme cadeau de la vie pour ceux et celles qui lui cherchent un sens.

C'est en l'hiver 1990. Un prostitué, dont le prénom est Ghislain, me consulte pour un accompagnement. Ayant été abusé par son père en bas âge, il m'a provoqué en me confrontant aux plaisirs de la chair entre hommes consentants. Plutôt que le rejeter, je l'ai conduit devant un miroir grandeur nature dans la salle de bain. "Regarde la personne que tu gagnerais de connaître afin de mieux l'aimer." lui ai-je dit en lui permettant le plaisir solitaire qu'un prostitué peut s'attribuer en l'absence d'un complice. Il a interrompu les rencontres subséquentes en se disant incapable du cheminement que je lui proposais.

En septembre 1996, je suis en stage pastoral à un maison de Québec pour sidéen. Dans la chapelle du sous-sol, je vois sa photo accrochée au mur. Il y est décédé quelques années auparavant. Lorsque j'ai dit à la directrice que je connaissais cet homme, elle m'a demandé si j'avais déjà eu une maison d'hébergement. Devant l'affirmative, elle m'a demandé de la rejoindre dans son bureau. Elle m'a alors confié son expérience avec Ghislain. C'est elle qui l'avait préparé à la mort. Après lui avoir longuement parlé de la miséricorde de Dieu, Ghislain lui aurait partagé l'accueil que je lui ai réservé en 1990. Il aurait dit à la directrice: "Si Dieu est comme Daniel, je ne crains pas de Le rencontrer."

L'enfant de la crèche a un nom et un visage de notre temps. C'est le nom que nous n'osons pas prononcer et le visage que nous ne savons pas regarder. Et pourtant, c'est plein de vie! La fragilité de la crèche nous apeure. Nous courons les magasins pour des cadeaux plus somptueux que ceux des mages. Nous cherchons une guirlande plus belle que les autres et une lumière plus scintillante pour distraire de la nuit. Que de maquillage pour farder une dimension de la vie qui pourtant devrait nous constituer frères et soeurs d'une même humanité sauvée par un Dieu tellement grand qu'il se faufile sous les traits d'un enfant oublié dans une crèche isolée. 

Joyeux Noël!
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