Deux milles ans après la naissance de Jésus, l'expérience de foi de Marie et Joseph nous paraît parfois lointaine. Nous sommes à l'ère de l'information et nos moyens de communication ne se comptent plus. Et pourtant, que de similitudes dans un quotidien bien vécu, malgré des espoirs déchus et des espérances difficiles à avouer.
La plus grande injustice que l'on puisse faire à l'histoire, c'est de la juger avec les critères d'aujourd'hui. Considérant les moyens de communication et la manière de voyager de l'époque, Marie et Joseph avaient d'abord l'obligation d'un devoir d'État. Le recensement exigé aurait-il pu attendre?
Combien de situations nous obligent à des ajustements de dernière minute! L'imprévu se fait pressant et il faut s'accommoder des moyens de bord. Que de fois on se sent poussé par des événements que l'on ne contrôle pas. Et pourtant, ces événements font aussi partie de nos Noëls de tous les jours. Je ne peux que penser à tous ces gens qui perdront leur emploi sous peu. Je me sens personnellement touché car on a récemment interviewé des gens avec qui je suis allé à l'école trente ans passés. Tout dernièrement, je regardais à la télé ces personnes avec qui j'ai partagé les bancs de la petite école. L'aridité de la crèche donne une coloration particulière. Les affiches "maison à vendre" remplacent les décorations de Noël de l'année dernière.
Des Marie et Joseph émergent néanmoins pour redonner l'espoir à ceux qui désespèrent de la situation. Le maire de la ville en question a répondu avec sagesse à la question du journaliste: "Pourquoi ne pas avoir prévu la situation avant qu'il ne soit trop tard?" "Les gens sont ainsi faits, a dit le maire. Ils ne choisissent que s'ils y sont obligés." C'est le paradoxe de l'homme par rapport à ses choix d'avenir. La pauvreté de l'homme est d'abord sa difficulté de reconnaître sa richesse. Un toxicomane m'a un jour dit: "Défait la cathédrale qui est en toi car Jésus se cherche une crèche." C'est en reconnaissant sa peur que l'homme articule son courage, c'est en côtoyant son désespoir qu'il invente la clef de l'espérance et c'est en canalisant sa colère vers le bien qu'il engendre le royaume qui le dépasse.
Marie et Joseph, apprenez-nous à apprivoiser la crèche de nos vies, là où Dieu se fait homme pour lui montrer le chemin qui conduit à Dieu.