En la fête liturgique de la grande Thérèse d'Avila, j'ai entendu une histoire interpellante. Il paraît que Édith Stein, une philosophe allemande d'origine juive, se disait athée à une époque de sa vie. La seule chose à laquelle elle voulait se consacrer était la vérité. Il faut dire qu'un athéisme honnête vaut bien des dévotions douteuses. Un soir qu'elle couchait chez des amis, comme le sommeil ne venait pas, elle s'est mise à lire un livre qui traînait à proximité. C'était la biographie de Thérèse d'Avila. Après avoir fermé le livre, elle s'est exclamée: "Voilà la vérité que je cherche et à laquelle je veux adhérer." Édith s'est convertie et elle est entrée chez les carmélites en Allemagne. Elle sera exécutée lors de la dernière guerre mondiale par les Nazis.
Presque cinq siècles séparent les deux femmes, puisque sainte Thérèse d'Avila est du 16e siècle. Qu'est-ce qui a provoqué un tel élan de conversion chez la philosophe allemande? La vérité que cherchait Édith Stein, dans l'honnêteté de son athéisme, n'était pas quelque chose à connaître mais bien QUELQU'UN auquel adhérer. La biographie de la sainte est le Signe signifiant le Signifié. Le Signifié demeure dans le signe qui reste. Autrement dit, Dieu demeure dans un livre qui reste. Le signifiant est ici l'élan de conversion engendrée chez Édith à la suite de sa lecture.
L'honnêteté d'une recherche authentique conduit à des trouvailles exceptionnelles. Celles de la foi se laissent découvrir quand la recherche de sens et de vérité est honnête. Une telle recherche ne se compare pas à une errance perdue dans les rues isolées par une nuit sans étoile sur une ville oubliée. Une recherche honnête oblige à toucher des mains ce que les yeux ne peuvent voir. Un jour, on a demandé à un prof de religion ce qu'il pensait des athées convaincus de leur certitude. J'aime sa réponse. "Ce n'est pas parce qu'il y a des aveugles que les étoiles n'existent pas."
Est-ce qu'il y a dans notre vie un Signe signifiant le Signifié? Cela dépend de l'honnêteté de nos observations. Pour ma part, je ne sais pas. Je ne connais personne qui se soit converti en me lisant. Toutefois, si cela arrivait, ce ne serait qu'un don du Signifié dans mon écriture comme signe signifiant. Et la personne convertie n'est pas obligée de m'en informer. Autrement, je risque de perdre l'honnêteté que je veux exprimer et ce faisant, je jouerais avec des mots pour endormir les maux qui motivent la véritable recherche. Ce serait alors un Signe insignifiant du Signifié et mon écriture ne serait qu'une quête de plus dans la marre des conversions désirées.