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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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L'échec et le prix du succès

grande-Bateau-1D-I-Jeske16R.jpgVous connaissez les films François et le chemin du soleil et Jésus de Nazareth? J'achève de lire l'autobiographie du réalisateur de ces deux films, Franco Zeffirelli. L'auteur explique l'expérience humaine qui a accouché de ces deux oeuvres et nous aide à saisir l'échec du premier et le succès du second. Zeffirelli a réalisé la mise en scène et le décor de ces deux oeuvres qui ont influencé ma manière de concevoir ma foi et de mieux la vivre.

François et le chemin du soleil, réalisé en 1971, a connu un échec au box-office. On a voulu transposer sur le grand écran les ressemblances idéologiques des années fin '60 et ce personnage médiéval italien. L'expérience a démontré que l'on ne peut pas réécrire l'histoire avec les éléments du présent. Le Pauvre d'Assise appartient à l'histoire du XIIe siècle et on ne pouvait pas lui attribuer le courant idéologique du XXe siècle qui était un contestation de la guerre du Viet Nam. Les enjeux étaient différents, même si on leur trouvait des similitudes. La bure franciscaine était d'abord l'habit du pauvre, du rejeté et du laissé pour compte. François ne voulait pas travailler pour eux mais vivre avec eux et ainsi, porter dans sa chair l'expérience du temps qui se vivait au présent. Le décalage de 8 siècles ne rendait justice ni à l'homme d'Assise historique ni à l'idéologie anti-guerre américaine. Les chansons qui accompagnaient le film avaient été écrites par les Beatles, qui influençaient la mentalité et les moeurs populaires. Le succès de François et le chemin du soleil s'est plutôt limité aux salles paroissiales et aux convertis des valeurs spirituelles.

Jésus de Nazareth visait le petit écran. Réalisé en 1976, on voulait un film pour télé de six heures. Contrairement à ce que l'on a tenté avec François d'Assise, on a voulu situer Jésus dans son contexte historique avec ses traits de juif authentique au coeur d'un pays assiégé par un pouvoir politique étranger. Deux choses m'ont surpris dans la réalisation de ce chef-d'oeuvre. Aucune scène n'a été tournée en Israël. Les sites bibliques étaient devenus de lieux touristiques presque barricadés par une présence militaire gênante. Les scènes extérieures viennent de l'Égypte et du Maroc. Les défis étaient gigantesques. Ça vaut la peine de décrire le plateau de la scène du Sanhédrin où Jésus est condamné par les Pharisiens et le défi de s'ajuster aux réalités du temps. "Je renonçai alors au Moyen-Orient pour me tourner vers l'Égypte. Une bonne partie des scènes les plus imposantes devaient avoir comme cadre le Temple de Jérusalem et ma principale  préoccupation consistait à trouver un édifice qui pût s'accommoder d'un tel habillage. Islam n'a pas pris pour modèle les temples égyptiens ou les édifices romains, mais les constructions hébraïques. Plusieurs mosquées constituent, de toute évidence, des répliques du Temple, avec leurs salles à colonnades, leurs cours en plein air et leurs fontaines. De telles Mosquées, on en trouvait au Caire, (...) Mais, une fois de plus, la politique jouait contre nous. Dissimuler les symboles de l'Islam sous une décoration hébraïque et emplir le lieu sacré d'une foule revêtue du costume juif traditionnel apparaissait à trop de gens comme une provocation."

Je retiens deux choses de cet extrait. L'Égypte duquel Moïse a libéré le peuple Hébreu devient maintenant la scène pouvant le mieux décrire ce Juif qui a transformé le monde et le lien inter-religieux entre Celui qui a engendré le christianisme et le Temple des Musulmans. Il faut se départir de son trône pour mieux exposer sa royauté. Le succès du dialogue inter-religieux et de l'oecuménisme ne peut venir de l'intérieur des religions qui ne peuvent que se comparer sans vraiment se comprendre. C'est en se comparant que l'on en arrive à un meilleur par rapport à un pire et c'est alors l'échec de la réciprocité des discours. On ne peut se faire un cinéma de nos croyances religieuses. Si nous avions assez de foi pour laisser vivre ceux qui pensent autrement, peut-être pourrions-nous justifier le prix qui accompagne le succès de nos efforts de réconciliation.
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