La liturgie d'aujourd'hui propose au peuple canadien le martyr de saints Jean de Brébeuf et Isaac Jogues, prêtres, et leurs compagnons martyrs. Dans l'introduction du Prions en Église du mois, on peut lire: "Appelés généralement 'martyrs canadiens', six jésuites et deux laïcs 'donnés aux missions' furent mis à mort entre 1642 et 1649'". Je me souviens qu'au noviciat des capucins au Kansas, on les appelait "Les martyrs de l'Amérique du Nord". L'argument qu'on donnait stipulait que le Canada n'existait pas encore. Le martyr par exécution est la marque de sainteté par excellence. Mais où sont nos martyrs d'aujourd'hui? Existent-ils encore?
Les plaies du coeur valent-elles les blessures du corps? Si c'est le cas, les martyrs abondent plus que jamais. On les croise sans les connaître et cet anonymat est une blessure en soi. Je suis dans les médias la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodations raisonnables. On entend de tout, Les susceptibilités sont parfois vives. Au nom d'une révolution tranquille historique, on a enlevé toute marque de religion dans nos institutions publiques. On évoque la laïcité de la population. Par contre, des immigrants revendiquent le droit à leur insignes religieux traditionnels tels que le Kirpan, le visage voilé, salle de prière et ce, au nom de la charte des droits et liberté. Mais le véritable témoignage se porte-t-il à l'extérieur ou à l'intérieur? Est-il aussi une question de vie et de mort? Comment porter un enseignement chrétien dans le respect des gens, de leurs us et coutumes? Les missionnaires du XVIIe siècle brimaient-ils la liberté des amérindiens du temps? Il est évident que nous ne lisons plus les signes des temps de la même manière. Cette évolution est-elle un signe de maturité?
Je pense à cet ami religieux qui travaille de nuit dans un centre qui distribue des condoms aux prostituées et des seringues stérilisées aux toxicomanes. Il me partageait les confidences qu'ils reçoit de ces gens. L'une a été abusée par ses frères à l'âge de 5 ans à 12 ans. Un autre avait un commerce prospère et il a tout perdu pour la drogue. La question qui lui est le plus souvent posée c'est:"Pourquoi moi?" La psychologie, les sciences sociales et l'anthropologie n'ont aucune réponse à offrir. Est-ce que la foi peut y faire quelque chose? Si oui, quoi?
Le martyr croule sous nos yeux mais il n'a pas les couleurs que lui donnent les grandes religions. C'est un martyr discret et anonyme, connu de Dieu seulement, puisqu'Il est celui qui sonde les coeurs. Il y a des larmes silencieuses qui touchent le coeur de Dieu. De cela, j'en suis certain. Le témoignage de foi des martyrs d'hier peut-il se traduire aujourd'hui par une forme de compassion pour les mal pris, les laissés pour compte, les abandonnés et les marginalisés? Le martyr, c'est probablement ce que cet ami religieux vit tous les jours, alors qu'il entend de telles confidences sans se révolter, blâmer ou condamner les autres comme causes possibles de tels fléaux. Son martyr peut aussi venir de ses confrères religieux qui lui demandent s'il leur parle de la prière, des dévotions ou s'il les amène à l'église de temps en temps. Le martyr existe encore, mais il porte souvent les noms de pauvreté du coeur et de la misère de l'âme.
Comme le pissenlit transformé de la photo, le martyr se perd dans les causes sociales qui l'ont engendré pour prendre une forme unique, identifiable à l'expérience humaine. Le martyr ne s'explique pas, mais il se vit à partir du coeur. Éventuellement, de tels coeurs en arrivent à répandre le souffle de Dieu pour et dans l'humanité en quête de sens. Dieu se fait tellement proche que l'on en vient à ne plus Le voir.