Il y a bientôt dix ans, je faisais une ballade en voiture de Caraquet à Tracadie quand j'ai fait embarquer un type qui faisait de l'autostop. Il était pauvre et n'avait qu'un manteau pour tout partage. Il venait d'échanger une paire de souliers pour sa fille de cinq ans. Il retournait chez lui en souhaitant que la nouvelle paire serait de la bonne pointure. Il sentait le poisson à plein nez. Je lui ai demandé où il travaillait. Il m'a nommé le nom de l'employeur, sachant que l'odeur de son manteau trahissait son travail dans une usine à poisson. Après coup, je me suis demandé: "Le type savait qu'il sentait le poisson. Moi, est-ce que je sens l'Évangile quand je tente de l'annoncer dans mes gestes et mes paroles?
Un an plus tôt, j'étais en stage pastorale à une maison pour SIdéens à Québec. Sur le mur de la petite chapelle au sous-sol, il y avait la photo de tous ceux qui étaient décédés à cette maison depuis son ouverture. J'ai reconnu celle de mon ami Ghislain. Quand j'ai dit cela à la responsable, elle m'a demandé si j'avais eu une maison d'accompagnement dans le quartier Limoilou. Devant mon affirmation, elle m'a demandé de la rejoindre à son bureau. Elle avait accompagné Ghislain dans ses derniers jours. Elle lui parlait de la Miséricorde de Dieu, comment il allait être accueilli sans jugement et avec amour. Puis, Ghislain lui avait parlé de cet homme qui avait une maison d'accompagnement avec qui il allait souvent jaser, car il ne s'y était jamais senti jugé ou condamné. Dans ses pires fantasmes, mon image lui revenait à l'esprit, l'apaisait et lui aidait à surmonter ses pulsions jusqu'alors incontrôlables et incontrôlées. Puis, il lui a dit: "Si Dieu est comme Daniel, je n'ai pas peur de Le rencontrer. Je ne serai pas condamné ou jugé pour ce que j'ai fait, mais aimé pour qui je suis."
Je n'ai aucun mérite dans cette histoire. Ma quête de Dieu est plus grande que les réponses que j'aimerais donner à ceux et celles qui questionnent. Dieu est comme un parfum haut de gamme. L'odeur se propage sans que l'on ait à vendre le produit. A trop parler de Dieu, on s'en distance tellement que des fois, c'est à se demander si on n'invite pas les gens à chercher ailleurs. Pire, à nommer Jésus dans tout ce que l'on fait, on porte un contre-témoignage. Si Dieu est présent dans nos faits et dits, son odeur devrait se propager au-delà de nos paroles.
C'est ainsi que je me laisse interpeller par la lettre de saint Paul aux Colossiens (3,12-17), proclamée à la messe d'aujourd'hui en la fête de saint Jean-Chrysostome: "Revêtez votre coeur de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. (...) Agissez comme le Seigneur; il vous a pardonné, faites de même." Les plus belles chansons d'amour ont été écrites par ceux et celles qui manquaient d'amour dans leur vie. En est-il ainsi quand je dis Dieu dans ma vie? Et si je me faisais plus muet en parole pour laisser ce que je suis parler à ma place? Suis-je un ambassadeur du Christ? Ce que je suis et la manière avec laquelle je fais les choses devraient être autant de cartes d'affaire à présenter pour que les gens se souviennent ce que, par humilité et tendresse, l'on veut bien oublier.
«Est-ce que je sens Dieu?» Bonne question. À trop en parler on fini par le tuer mais si les autres sentent la présence de Dieu en nous ils la trouverons peut-être en eux. J'aime ta réflexion. Merci!
Merci pour cette belle réflexion et ce témoignage. Ils me rappellent ce que disait le poète Annie Johnson Flint: "Nous sommes la seule Bible qu'un monde insouciant lira". J'aime cette phrase car elle dit "nous sommes" et non "ce que nous disons".