Le quartier Saint-Rock de Québec a toujours été reconnu pour sa pauvreté et ses chambreurs à faible revenu. Le mail Saint-Rock a été démoli pour refaire la beauté d'antan. Ils sont à enlever les derniers vestiges de ce lieu qui avait une vocation commerciale avec une particularité sociale pour les itinérants. Je me souviens qu'il s'y célébraient des messes de minuit le 24 décembre au soir. L'église Saint-Rock était alors isolée de ces activités.
Le mail n'existant plus, les locaux du sous-sol de l'église Saint-Rock et une partie du presbytère sont voués à des oeuvres humanitaires. On retrouve des locaux pour permettre aux itinérants de socialiser entre eux, car il leur faut quitter la maison d'hébergement "Lauberivière" qui les accueille pour la nuit. Il y a un local pour les Alcooliques Anonymes. Un local sert à distribuer des condoms aux prostituées et à échanger des seringues neuves aux 'junkies" en échange de leurs seringues contaminées. Un local sert aux missionnaires laïcs de la rue. Ils se rassemblent le matin afin de prier ensemble pour les gens du quartier. Dans la journée, ils font "acte de présence" dans la rue. Une partie du presbytère sert de refuge pour des ados en fugue de leur famille ou de leur centre d'accueil. Mon voisin qui occupe la chambre au-dessus de la mienne est un frère Trinitaire qui fait du travail de rue. Il travaille de 9h00 le soir à 2h00 le matin. Le célèbre infirmier Gilles Kriegel a ses locaux près d'ici. C'est un infirmier itinérant qui visite les malades au maison, refait leur pansement, prend leur tension artérielle et voit à ce qu'ils ne manquent de rien. Une fondation porte son nom pour lui venir en aide car il a longtemps fait ce travail tout en recevant des prestation d'assistance sociale. Une anthropologue a aussi son local au sous-sol du presbytère pour recevoir des prostituées et leurs clients qui acceptent de participer à une recherche scientifique sur la prostitution et les personnes qui y ont recours.
Nous sommes loin des théories universitaires sur la théologie dogmatique. Cette notion d'Église semble être absente de la perception que nous pouvons entretenir sur l'image de l'Église. C'est un peuple souffrant, tant du côté social que psychologique. Mais comment évaluer la valeur spirituelle d'un tel dynamisme de foi? Le doute et le désespoir rôdent comme la mort en quête de victimes. C'est dans de tels terreaux que la foi trouve tout son sens. Ici, il y a des gens tellement seuls que leurs funérailles ont souvent lieu durant la messe du jour afin d'avoir une assistance "raisonnable" à leur dernier service. J'espère avoir l'occasion de célébrer l'une de ces funérailles durant mon séjour.
Sous le givre de nos perceptions trompeuses gémit le râle d'un peuple qui a mal mais se croit néanmoins béni par le Dieu des petits, des pauvres et des rejetés. Comme dans la plupart des églises du Québec, la participation aux cérémonies religieuses ne remplit pas la nef de ce monument digne des grandes cathédrales. Mais que de vie en dehors de ce patrimoine qui nous échappe!