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Lire Évangile de saint Marc 10,46-52
J’aime le mendiant de Jéricho. Quand on lit : «Bartimée, le fils de Timée» c’est un doublet. Par définition, «Bartimée» veut dire «fils de Timée.» Quand on sait aussi que la ville de Jéricho est une ville sous le niveau de la mer en opposition avec Jérusalem, ville sur une colline avec une prise de vue splendide, on comprend que Jéricho représente l’expérience humaine alors que Jérusalem représente l’expérience spirituelle. Dans le texte en question, Bartimée représente l’expérience humaine d’une rencontre personnelle avec Dieu. Centré sur lui-même, l’humain n’est pas capable de cette vision globale pour mieux comprendre le monde qui l’entoure. C’est un héritage du modernisme lourd de conséquences.
Il y a de ces expériences humaines qui isolent les héritiers de la vie. Les générations à venir ont des défis majeurs à relever. Repliés sur elles-mêmes, hors des projets de réussite de la vie, les «Bartimée» d’aujourd’hui se retrouvent dans les maisons de thérapie et autres centres de réhabilitation. Ils comptent sur les autres pour savoir ce qui se passe autour d’eux. Les villageois qui annoncent à Bartimée que c’est Jésus qui passe sont aussi ceux qui sont interpellés pour lui dire qu'il est appelé. Le texte est clair. «L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.»
C’est une évidence que le manteau est le symbole du préjugé social. Que l’aveugle bondisse va de soi, il n’est pas infirme mais aveugle. Mais comment s’est-il rendu à Jésus? Il est aveugle et le texte ne dit pas qu’on l’ait conduit à Jésus.
Être appelé à la lumière malgré sa souffrance donne un regard nouveau sur la misère du monde. C’est ce dont j’ai été témoin lors de ma dernière retraite fondamentale à Sutton. Des 28 retraitants, environ 7 ont été ou étaient encore en thérapie pour dépendance aux drogues multiples. J’ai entendu quelques confidences. Je pense à celle-ci qui a commencé à consommer à 11 ans alors que sa mère l’envoyait jouer dehors pour faire de la prostitution. À 13 ans, elle a fait son premier hold-up armé pour bien paraître et elle sera condamnée à 7 ans de prison en 2000. Je pense aussi à ce dernier qui s’est fait tiré dessus avec une arme à feu. Il souhaitait faire partie d'un groupe de motards alors qu'on en avait besoin pour graduer dans les hautes sphères de l'organisation.
On ne connaît jamais les secrets humains qui mènent à une expérience de Dieu et à en ressentir un appel profond qui change le monde à partir de son entourage immédiat. Donnerons-nous un droit de parole à ces exclus, repliés sur eux-mêmes dans ce monde qui les a fait souffrir? Croirons-nous ce qu’ils nous diront de la miséricorde de Dieu? Le moindre scepticisme de notre part ferait de nous les «Pilate» modernes qui réécriraient l’histoire avec une encre aussi ancienne que celle qui a crucifié Jésus. L’Église de demain est dans un mal de vivre incommensurable. À ses appelés encore souffrants, qui osera leur dire : «Confiance, lève-toi; il t’appelle.»?