Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Le premier dimanche du carême est toujours consacré à l’expérience de Jésus au désert. Les trois Évangiles synoptiques la situent immédiatement après son baptême. Jésus y est poussé par l’Esprit Saint. Chez les évangélistes Matthieu et Luc, Jésus semble penser à son avenir et il est tenté par le Diable dans la planification qu'il fait de son avenir. C’est le tentateur par excellence. «Si tu es le Fils de Dieu, change ces pierres en pain, puisqu’il est dit (…), jette-toi en bas de la falaise, puisqu’il est dit (….) Mais Jésus a une réponse à tout et cela le situe dans sa mission à venir.
L’évangéliste Marc présente la situation autrement. Il n’y a aucun dialogue entre Jésus et l’esprit malin. Aussi, il ne parle pas du diable mais bien de Satan. Il est aussi intéressant de constater que le diable s’écrit sans majuscule alors que Satan semble être le prénom l’entité adverse. Comment discerner ces différences et comprendre leur enjeu dans nos choix?
Il me semble que le diable précède toujours le choix à faire en voulant influencer la réflexion qui mènera à la décision finale, alors que Satan est la conséquence d’un mauvais choix où il n’y a plus de négociation possible. Cela engendre un amalgame d'enjeux de société à deux extrêmes entre lesquels il faut souvent patauger à contre-courant. Marc nous fait une photo synthèse de cet amalgame de contradictions : «Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient.»
Comme il est question de l’Évangile de Marc, arrêtons-nous sur le sens de Satan dans le monde et en Église. Nous ne sommes pas responsables des choix de vie prises dans les années 60 et 70 et qui influencent le monde et l’Église actuels. Chez les humains, tant dans le monde que dans l’Église, on y voit le pire du genre humain tel des bêtes sauvages comme on y voit aussi ce qu’il y a de meilleur, tels des anges qui servent la vie et son Créateur. Les anges au service du Royaume existent belle et bien. On n’a qu’à penser aux levées de fonds et à l’entraide à l’occasion de Noël ou lors d'un séisme ou d'une catastrophe naturelle où des élans de solidarité se multiplient à profusion. Que penser des faits accomplis devant lesquels on n’y peut rien et qui influencent notre quotidien?
Prenons l'exemple de rotéger notre patrimoine religieux. Pour le protéger, le gouvernement fédéral a établi des critères d’admissibilités. Pour sa part, le gouvernement provincial a aussi établi des critères de gestion de ces patrimoines. À leur tour, certaines municipalités ont décrété des interdits fermes de démolir les églises sur leur territoire. Le problème est qu’aucun de ces paliers de gouvernement n’offre les finances nécessaires pour répondre à leurs critères respectifs. Les Assemblées de Fabrique sont maintenant devant des faits accomplis où elles doivent faire passer les bâtiments avant le personnel nécessaire à la pastorale dans les communautés concernées!
Les scandales des prêtres et religieux pédophiles sont aussi des faits accomplis et ils ont leur lot de conséquences avec lesquelles il faut conjuguer son effort quotidien à évangéliser et proposer des catéchèses d’initiation sacramentelle. Il devient de plus en plus difficile de différencier l’ange de la bête dans les choix pour résoudre les problèmes présents et à venir. Les nuances de gris de certaines situations sont plus confondantes que la vérité du noir et du blanc mis en parallèle. C'est ce qui provoque l'aridité de nos déserts intérieurs. Se sont des lieux de passage où il ne fait pas toujours beau de s'y arrêter!
Nos déserts intérieurs résident dans les deux options que présentent les défis au quotidien. Devant une situation problématique, certains ont le réflexe de former des comités d’étude pour comprendre le problème, alors que d’autres voudraient bien faire quelque chose pour relever le défi de changer. Est-ce que ces deux groupes se concertent facilement pour faire l’unité autour de l’action à prendre? Pas toujours! Ceux qui réfléchissent n'ont souvent plus d'énergie pour agir selon la décision prise, alors que ceux qui agissent n'ont souvent pas pris le temps d'y penser avant. Il s’ensuit souvent qu’on se perde dans des initiatives discordantes. Comme j’ai déjà entendu : «On se tire dans les pieds et on appelle cela de la danse en ligne!»
Je ne sais pas si on fait «pleurer le petit Jésus» comme se plaisait à dire ma mère. Il n’en reste pas moins que le diable a du plaisir sans bon sens et Satan est aux anges! Tant et aussi longtemps qu’on fuira ses déserts, on ne reconnaîtra jamais l’influence de nos choix et les conséquences de ces derniers sur notre avenir et sur celui des générations qui suivent. Ma consolation, toutefois, c’est ma conviction que Dieu ne nous a jamais abandonnés et ce, même si je ne le vois pas toujours à l’œuvre. Puisse Dieu continuer à bénir l'eau dans lquelle onn se démène comme des «p'tits diables!»