Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
La question n’est pas qu’un jeu de mots. Je suis témoin d’un mouvement de banalisation des rôles en Église. J’ai travaillé trois ans avec une équipe où on m’a donné maintes sessions de formation locale pour me mettre «au parfum» de cette nouvelle réalité en pastorale. On m’a longuement expliqué qu’il fut un temps où le curé était la paroisse. Il s’entourait d’une élite qui ne le contestait jamais dans son administration ou sa gérance du milieu. «Le rôle du curé de jadis est maintenant pris en charge par une équipe pastorale constituée d’agents de pastorale dont certains sont laïcs et d’autres sont ordonnés. »
Cette banalisation des rôles ne rend pas service à l’Église et ne contribue pas à l’essor de son avenir. Lors de mon ordination sacerdotale, j’ai pris un engagement de vie qui ne se limite pas à l’administration des sacrements. Mon sacerdoce est un état de vie, un engagement personnel et publique qui a la dignité du mariage.
Le parallèle avec le mariage est valable. Il y a les trois niveaux relationnels recherchés tant chez les couples que chez le prêtre. Les dimensions physiques, psychologiques et spirituelles se ressemblent. Il y a un attrait physique pour la responsabilité qui s'ensuit, au niveau psychologique il y a aussi une recherche de complémentarité et de connivence dans le développement de la personne et le témoignage au niveau spirituel y est tout aussi essentiel. Comme prêtre, je fais Eucharistie comme un couple fait l’amour. Ça me nourrit tout autant à un niveau spécifique de mon être. Conformer ma vie à celle du Christ n’est pas qu’un jeu de mots articulé par l’évêque à partir du rite canonique de l’ordination. C’est une réalité palpable longtemps vérifiée en formation et confirmée par des personnes compétentes et reconnues en Église.
C’est le Christ qui m’a appelé au ministère sacerdotal et c'est encore Lui qui m'aide à rester prêtre dans les courants tumultueux d'aujourd'hui. En 27 ans de cheminement, du 15 janvier 1976 au 16 mai 2003, j’ai eu maintes fois l’occasion de renier mon appel. Je l’ai souvent fait à cause des circonstances bouleversantes où mes démarches n’aboutissaient pas. Ce faisant, j’ai vécu des épisodes où je me rejetais moi-même à en friser la dépression. Il y avait une telle différence entre ce que je ressentais dans mon for interne et ce que j’articulais à l’extérieur que je ne m’y reconnais pas. Je me sentais vivre comme sur deux planètes et je ne savais plus laquelle je désirais le plus.
Être prêtre apporte un statut social particulier comme pour les autres professions. Je compare souvent le dynamisme de l’Église à celui d’un bloc opératoire dans un hôpital. Allongé sur une civière, fortement médicamenté pour la chirurgie que je vais subir, je peux confondre le chirurgien avec l’infirmière, la préposée ou la personne à la maintenance. L’essentiel c’est quand je serai entièrement à leur merci sous anesthésie générale, que leurs rôles respectifs soient claires entre eux. Que chacun fasse selon son rôle prédéterminé. Que le médecin soit assisté de l’infirmière et que le concierge attende avec de faire son ménage!
Contrairement à ce qu’on voudrait prétendre, je ne m’oppose pas aux nouveaux ministères d’agents de pastorale permanents. Chaque ministère a sa place à l’intérieur de ses limites reconnues. Une infirmière me disait récemment que chaque chirurgien a son petit livre de protocoles à suivre et le personnel aidant doit s’y conformer. Il n’en est pas ainsi en Église et c’est bien. Par contre, je donnerai toujours l’impression de ne pas reconnaître mes collègues laïcs quand ceux-ci me donneront l’impression que je ne suis prêtre que pour le temps d’un sacrement.