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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Les quêteurs d'amour

 

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Je lisais le texte d'une amie en me laissant porter par l`"Ave Maria païen" de la bande sonore, Notre-Dame de Paris. L'expérience familiale est parfois pénible à regarder. S'il y a un espace affectif où Dieu écrit droit sur les lignes courbes, c'est au sein des tumultes et des méandres de la vie familiale.

J'aime regarder mon enfance comme la fondation de mon être missionnaire. Mes parents ont eu neuf enfants vivants. De cela, maman dira qu'elle a élevé deux familles distinctes et de manière tellement différente que c'était à s'y méprendre. Les quatre plus vieux ont vécu avec un père absent et une mère sévère alors que nous les derniers, nous avions une mère maladive et un père âgé.


Je ne sais pas pourquoi la révolte n'a jamais eu d'emprise sur moi. Sûrement à cause des amis véritables qui m'entouraient et de l’espérance qu’ils m’ont inspirée. Il y avait tellement de contre-courant à surmonter.


Pourquoi tant de détours? Après ma philosophie, j'ai fait de la suppléance dans les écoles pendant un an. Le bien-être enlevait à ma mère le peu que je gagnais. Il me fallait partir vers d'autres horizons. Pendant six mois, je travaillais au Foyer de Charité de Pointe-aux-Trembles auprès des handicapés physiques et intellectuels. C'étaient des infirmes et des estropiés de la société. Mon engagement était bénévole et l'œuvre ne vivait que de la providence. Avec eux, je commençais à côtoyer un aspect de moi qui me faisait un peu peur : mes propres infirmités et à quel point je pouvais être estropié de la vie.

L'apogée de cette expérience a été la rencontre avec W. Il était aveugle, sourd, muet, paralytique et épileptique. Il a su m'apprivoiser plus vite que moi j'ai su le faire à son égard. Des fois, je me tenais à sa gauche et par tricherie, je faisais un détour avec ma main pour lui toucher l'épaule droite. Il tournait son regard vers sa gauche et me faisait un large sourire. Il ne me voyait pas mais il savait me regarder. Son corps paralysé n'a pas su arrêter ce sourire de venir me toucher dans le plus secret de mon intimité, dans ce qui engendrait ma timidité. J'ai alors goûté à cet amour qui se fout des infirmités du corps pour se dire avec vérité et authenticité. L'amour est ce qui passe malgré nos efforts de le retenir.

Puis un jour, je me suis regardé dans le miroir et je m'en suis voulu. Je m'en suis voulu d'être capable de voir sans regarder. D'être capable d'entendre sans écouter. D'être capable de marcher sans avoir de but à atteindre. D'être capable de courir afin de mieux fuir. Mon infirmité ne se transposait pas dans un fauteuil roulant ni sur une civière. Sans pouvoir regarder le soleil descendre du piédestal ma vie, je contemplais l'ombre de mon corps s'allonger sans trop comprendre, sans vouloir saisir. Un goût, un rêve, une idée fixée sur l'enchevêtrement de mon arche sans alliance m'obligeait à me regarder, à me saisir, à m'atteindre et à faire lever le soleil à nouveau sur ma vie pour que cette ombre fuyante s'approche de sa source que je reconnaissais comme mes infirmités du cœur.

Je me suis initié à la spiritualité de François d'Assise. Une rencontre fortuite dans les rues de Québec, lors d'un bref séjour est venue faire vivre ce que je croyais mort. R.B., un prostitué de Montréal en quête de Dieu en fréquentant les communautés religieuses m'a fait ce partage assez particulier. "A 12 ans, je prêtais mon corps à un petit vieux pour " sniffler " de la colle. A 16 ans je me prostituais pour de l'héroïne. A 20 ans, le Seigneur m'a guéri. Maintenant je cherche dans les communautés religieuses des hommes et des femmes capables de me présenter le vrai visage de Dieu. Mais avec toi, Daniel, je n'ai pas honte de ce que je suis ni de ce que j'ai fait". C'était le professeur qui allait m’apprendre des choses sans m'obliger à la corruption.

Malheureusement, après lui avoir fait savoir par lettre que je changeais de sentier, j'ai appris son suicide. La vie fait mal quand le cœur voit ce que l'œil se prive de regarder. La vie peut étourdir quand le cœur écoute ce que l'oreille se prive d'entendre. La vie peut blesser à moins que le cœur palpe l'intouchable dans sa fragilité. Le but de la vie se fait loin à moins que le cœur discerne la petite roche qui s'est infiltrée dans le soulier pour blesser le pied qui apprend à marcher.

Que de chemins, que de parcours et que de sentiers inédits afin d'arriver à se dire! Une présence eucharistique dans un corps brisé et broyé. Je suis un pèlerin sans pèlerinage à préciser. Ma vie est une grande messe pour que les aveugles voient au-delà des regards indiscrets, que les sourds entendent au-delà de ce qu'on ne peut écouter sans préjugés, que les boiteux marchent au-delà du caillou qui blesse, que les estropiés courent sans fuir ce qui paralyse et que les infirmes touchent pour dégourdir le geste gauche qui se fera plus souple à l'usage.

Mon Royaume n'est pas de ce monde, dit une chanson à la suite de Jésus. Je commence à le croire. À une autre occasion, je parlerai de mon ami François. Il a existé dans ce coin de pays appelé Assise. Maintenant, il est bien assis sur mon espérance, les pieds allongés sur ma foi et il m'enseigne comment vivre la charité.

Daniel LeClair

 

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