| Ce soir, je marchais et échangeais avec une amie sur la plage. Je cernais dans ses propos un profile de ma mission à l'état embryonnaire. En la quittant, je devais aller prendre un thé chez d’autres amis. Finalement j'ai parlé pendant plus d'une heure avec un ami du temps où nous poursuivions une même formation au Grand-Séminaire. Depuis, il a changé son projet de vie. Ce qu'ils ont en commun c'est l'amitié qu'ils me portent. Le couple ami constitue un couple simple, sans formation universitaire mais doués d'un grand sens de la compréhension et un désir sincère d'apprendre. Ils m'aiment beaucoup. Ils ont participé à faire de mon séjour en ce village une période intéressante dans ma vie. Je suis le confident de la femme, quoique le conjoint me révèle facilement des choses intimes de sa vie. Ils ont une grande confiance en moi. C'est aussi réciproque. Les deux amis solitaires ont en commun de connaître le milieu intellectuel mais veulent porter une attention toute particulière à leur être profond. Ils ne veulent pas perdre leur identité sous prétexte qu'ils savent des choses. De ces amitiés se créent en moi un élan vers d'autres personnes; mes confrères dans le presbytérat de mon diocèse en premier lieu mais aussi selon d'autres horizons possibles à cause des gens que je connaîtrai ou qui me connaîtront par mon écriture. Ces amitiés me révèlent ma mission de vie. Quelle est-elle? En quoi me fait-elle vivre? Ma mission première est d'être. Ma vocation première est de vivre. Ma mission s'exerce en laissant l’autre être. Ma vocation s'accomplit en laissant l’autre vivre. Encore faut vouloir être et vivre en soi, avec soi et par soi. Au fond, tout est simple lorsqu'on se laisse être et vivre. Être un mystère et vivre au rythme de sa respiration pourrait aller de soi, tant qu'on n'essaie pas de tout comprendre en apprenant tout d'un coup sur soi. Si je ne prétends pas pouvoir comprendre en quoi je suis mystère, cela ne veut pas dire que je ne peux pas définir le mystère qui m'habite. Je ne peux pas ME définir comme étant le mystère qui m'habite, ce n'est pas pareil. Le mystère n'est pas quelque chose qu'on ne peut pas comprendre parce qu'il ne se comprend pas par nature. Le mystère, c'est quelque chose qu'on n'a jamais fini d'approfondir, qu'on n'a jamais fini de comprendre différemment, là où on n'a jamais fini d'apprendre un petit quelque chose de nouveau à chaque tentative. Est-ce compliqué? Hors de sa mission de nous faire être, cette démarche introspective ne serait rien d`autre qu'une fausse quête de sécurité intérieure où il faut comprendre une fois pour toute. A moins que ce soit une vraie quête d'une fausse sécurité intérieure. Comprendre un peu mieux à chaque fois que nous tenterons de comprendre une fois pour toutes pour une autre fois. Quand on aura compris cela, on aura appris à comprendre. Alors notre mission émergera parce que s'inscrira dans notre existence un parcours à l'image de la vie. Cette mission n'est pas de tout comprendre, mais de comprendre juste assez afin de se dire qu'on a appris quelque chose aujourd'hui. Daniel LeClair |