Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.
Je viens de regarder la conférence de presse du Premier Ministre Jean Charest et de la ministre de l’éducation Line Beauchamp. C’est une évidence qu’il y a ici deux démocraties qui se rencontrent sur la place publique; celle du gouvernement à laquelle j’ai participé en exerçant mon droit de vote d’une part et celle des étudiants qui revendique des droits valables sur lesquels je n’ai aucun droit de vote. L’intérêt ici est particulier. Faut-il définir le Parlement comme le lieu de rencontre de deux démocraties? Le temps est un facteur important. Proposer des avancées politiques décisionnelles un vendredi après-midi peut-il imposer un retour des étudiants en classe pour lundi matin?J’en doute et je ne vois pas ici un durcissement des positions étudiantes. Ce faire imposerait le bâillon à la démocratie étudiante qui, je le rappelle, diffère de la démocratie qui a élu nos dirigeants politiques.
Le gouvernement québécois se retrouverait-il dans une situation démographique semblable à l’Église du Québec? Là on parle de deux démocraties et ici on parle de deux théologies. On a longtemps parlé de la théologie catholique versus la théologie protestante, comme on a déjà identifié les commissions scolaires catholiques des commissions scoalires protestantes. Je suis de ceux qui préfèrent parler d’une théologie d’en haut (anciennement Catholique) et d’une théologie d’en bas (anciennement protestante). Ce faisant, la définition de l’Église doit aussi s’ajuster. J’aime considérer l’Église comme un lieu de rencontre entre deux théologies, donc deux manières réelles à dire Dieu. Comme membre du clergé catholique, je me reconnais de la théologie d’en haut mais ouvert à la théologie d'en bas. L’harmonie en Église repose sur mon ouverture à accepter d’autres manières de dire les mêmes choses quand on les regarde autrement. Mais cette ouverture d’esprit doit aussi se manifester chez ceux qui sont de l’autre théologie. Il en va de même pour nos élus gouvernementaux. Une médaille a deux côté mais on ne peut habiter qu’un côté. Mon choix de vie n'est pas une condamnation à d'autres manières de vivre.
Faut-il pour autant s’opposer? Admettons que seuls ceux qui vont en direction contraire finissent pas se rencontrer réellement. Or, l’erreur qu’on fait souvent est de vouloir convertir l’autre en sous-entendant qu’il est dans la mauvaise direction. Le vrai dialogue est de dire : «Je vais là d'où tu viens.» La théologie d’en bas doit s’élever vers des sommets d’espérance réels alors que la théologie d’en haut doit atterrir dans le concret. C’est le dynamisme engendré par Jésus duquel émerge l’Église. C’est le seul dynamisme où la mort engendre la vie. Là est le sens premier de la résurrection que nous célébrons à chaque Eucharistie et qui relève de la théologie d’en haut. Encore faut-il vivre entre nos célébrations ce qui a été célébré et cela relève de la théologie d’en bas. Dans le mystère de l’Eucharistie, Ciel et Terre ne font qu’un. Dans le mystère de l’Église, deux théologies forment un même discours à la fois sur l’humain et sur Dieu. Ce qui est à se vivre doit engendrer le désir de célébrer et inversement, ce qui se célèbre en toute vérité doit donner le goût de vivre pleinement.
C’est en reconnaissant ses différences qu’on peut accentuer les similitudes. Par contre, il faut un dialogue franc et honnête. En Église, nous avons bien la grâce de Dieu, l’amour de Jésus et la communion de l’Esprit Saint. La prière personnelle et collective est donc essentielle pour construire cette Église qui est toujours en devenir puisqu’elle se dit en marche. C’est différent du gouvernement qui se définit de plus en plus dans la laïcité. Il se prédispose à des dérapages collectifs comme les médias nous le démontrent malheureusement trop souvent. On ferme peut-être des églises mais n’est-ce pas là un choix de communauté comme conséquence d'une attitude d'indifférence? C'est un autre débat.