L'auteur de "Méditations avec Merton" dit de belles choses sur le Mystère de moi-même. C'est le contenant qui se penche sur son contenu, le Mystère de moi-même qui rencontre le Mystère pas de moi-même qui est Dieu. Le Dieu qui m'habite habite aussi les autres que je rencontre ou que je croise. Mais c'est un Dieu profondément infirme, il a besoin de ma plume pour écrire, de mes mains pour rejoindre les autres, de ma parole pour parler, de mes pieds pour aller vers les autres. Il passe par moi mais je ne suis pas Lui.
Le vrai jeûne consiste à rencontrer le Mystère de moi-même en relation avec le Mystère pas de moi-même. La liturgie de ce jour met en garde les faux jeûne. Dans l'Évangile, il y a le jeûne qui paraît comme une évidence à tous, tel que le jeûne des disciples de Jean et celui des Pharisien. Le pire de jeûne nous vient de la première lecture (Isaïe 58, 1-19). C'est le jeûne que l'on pourrait appeler le marchandage avec Dieu. À l'instar du prophète, on pourrait se demander pourquoi prier si Dieu n'entends pas, pourquoi jeûner si Dieu ne voit? Dieu réplique à de telles prétentions: "Quel est le jeûne qui me plaît? (...) N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne as te dérober à ton semblable?" Et Dieu ajoute la conséquence directe d'un tel jeûne: "Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t'accompagnera.
J'ai voulu souligner "ta justice" et "la gloire du Seigneur" car de là dépend les vrais enjeux d'un jeûne bien vécu. La justice appartient à l'homme et la gloire appartient à Dieu. Mal vécu, le faux jeûne change le sens des responsabilités; on s'attribue la gloire de sa foi et on attribue les souffrances sociales à la justice de Dieu.