Si on suit Jésus tel que les évangiles le présente, on pourrait le trouver un peu déconcertant. Un type arrive et lui dit qu'il veut le suivre. Dans cette belle phrase où il se compare aux oiseaux qui ont des nids et les renards qui ont des tanières, alors qu'il n'a pas d'endroit où poser la tête, Jésus annonce la manière que certaines personnes accueilleront sa parole. "Attends-toi à coucher dehors, mon ami. On nous foutra à la porte et on s'en fera compter des belles. On nous fera dire des choses qu'on n'a même jamais pensé. Veux-tu encore me suivre?" L'Évangile ne dit pas si le type en question a accepté.
Jésus interpelle une autre personne et lui dit: "Suis-moi." L'autre lui demande s'il peut d'abord aller enterrer son père. "Laisse les morts enterrer leur mort." dira Jésus. Il annonce alors le sens de sa mission. Il annonce la vie et non la mort. Le geste d'enterrer un mort est signifiant. Il faut baisser les yeux vers la terre et regarder le corps descendre dans un trou. Le trou est l'image du replis sur soi, d'une prison interne aux dimensions du trou, alors que Jésus veut qu'on lève les yeux vers le ciel comme image de liberté et d'une ouverture aux autres.
Jésus interpelle une autre personne et celle-ci lui dit: "Laisse-moi aller voir les miens." Quand nous partons pour un long voyage, il est normal d'aller saluer la parenté et les amis avant le départ. Il arrive même qu'on soit l'objet d'une petite fête de départ, si cela représente une absence assez longue. Jésus prend l'image de la charrue où il ne faut pas regarder en arrière. On est trop jeune pour se rappeler l'époque de la charrue tirée par les boeufs. Mais certains peuvent se rappeler d'une image du cultivateur labourant son champ avec une paire de chevaux. Moi qui aime ces bêtes, je me souviens d'une image d'un cultivateur, les rênes autour du cou, tenant les guidons d'une charrue avec une paire de chevaux. Si on veut un jardin avec des sillons droits, on ne peut pas regarder en arrière. Il faut regarder en avant et s'assurer que les sillons sont droits. Le passé n'est pas toujours garant de l'avenir même s'il lui ressemble. Et Jésus offre un projet d'avenir qui transforme notre histoire. S'attarder sur son passé, donc sur son histoire, porte atteinte au projet de vie et d'avenir de Jésus. Il ne vient pas compenser nos projets d'enfance déchus, mais réaliser le plan d'amour de son Père.
Pour comprendre ce passage, j'aime faire le parallèle avec ce passage où Jésus parle à des gens dans une maison fermée alors que sa mère et sa parenté sont dehors et veulent lui parler. Pauvre eux! Ils entendent les rumeurs qui circulent et pensent que peut-être Jésus est tombé sur la tête. Veulent-ils lui faire une petite thérapie de groupe? "Ma mère, mes frères. Se sont tous ceux qui font la volonté de mon Père." À première vue, on serait porté à croire que la mère et ses frères sont exclus du plan de Dieu puisqu'ils sont dehors, derrière une porte close. Mais Jésus sait que sa mère et sa parenté (car il n'existe pas de mots hébreux pour désigner cousins) l'aiment et croient en sa mission. Jésus veut situer les gens de l'auditoire au même rang que ceux qui lui sont proches. En fait, sa mère et ses frères sont tous ceux qui acceptent d'être critiqués quitte à coucher à la belle étoile,qui tendent vers la liberté intérieure et celle des autres et qui regardent en avant plutôt que de s'attarder aux histoires du passé.
Jésus est déconcertant car il nous libère de ce que nous croyons être de l'amour pour que nous puissions aimer véritablement. Il nous libère de ce que nous pensons être la vie pour que nous puissions vivre pleinement. La vie divine, donc de Dieu, n'a rien d'humain et elle s'enracine dans nos expériences humaines. En autant que nous sachions nous en détacher pour vivre des expériences nouvelles et autres que ce que nous avons connu.
Ce titre «Un Jésus déconcertant» me parle c'est cette dimension de Jésus Christ qui m'interpelle, cette façon différente de voir le monde et les choses. J'Ai apprécié cette réflexion.<br />
<br />
Bonne fn de semaine et bon ministère!