| Quand je me suis décidé à ouvrir ce site, le nom m'est venu spontanément comme s'il était là aux abords de mon cœur tel un chevreuil aux abords des bois. Voulait-il y entrer ou en sortir? Nul ne le sait. Mais je sais qu'il est là et il ne fait qu'un avec le site. Ce titre porte en lui-même le dynamisme de la vie. Vivre debout! Pour certains c'est un titre et pour d'autres un projet de vie. C'est mon projet de vie et je souhaite qu'il le devienne aussi pour les lecteurs et les lectrices qui s'arrêtent, volontairement ou par accident à ce site. Il y a de ces gens qui se tiennent debout, les orteils égaux à chaque talon du pied pour équilibrer l'étendue de leurs convictions comme porteuses de vie. Il y a aussi ceux pour qui l'expérience de la vie se résume à vivre de bouts en bouts, comme en pièces détachées où on ne connaît que très peu les jonctions telle un casse-tête énigmatique où les tracas s'entrechoquent pour donner toute la place aux pièces les plus fortes et résistantes. Il y a finalement ceux qui sont debout mais ne vivent pas. Là sur la plage de leur vie, ils ne laisseront aucune trace de leur existence. Il y a bien des manières de vivre comme il y a autant de manières de se tenir debout. Encore faut-il savoir se tenir et parfois se retenir, surtout à ce à quoi on tient le plus, pour contenir ce qui nous est propre et unique dans un ensemble de contenus divers et souvent disparates. "Vivre debout. Découvrir la vie. Se donner la main pour rebâtir un monde plus humain". Telles sont les paroles de ce chant lointain fredonné dans tous les mouvements de recherche et de croissance que je connaisse. C'est tout un projet de vie. Et dire qu'on a cessé de chanter ce chant sans l'avoir réalisé dans sa propre vie et dans nos mouvements de solidarité. C'est une mort prématurée qui engendre des cadavres ambulants qui ne savent pas de quel côté tomber car ils n'ont jamais su de quel côté ils ont vécu. Ce n'est qu'en vivant debout qu'on connaît réellement notre grandeur véritable dans la vie. La grandeur qu'on se donne est souvent dépendante de la place que nous avons dans le cœur des autres ou de la place que nous voudrions avoir. Seuls les petits de cœur diminuent la grandeur des autres. Il y a la taille que je donne à ma vie, il y a aussi la taille qu'on me donne selon l'existence qu'on me prête et il y a finalement la taille voulue par Dieu; Lui qui a tout créé pour que je vive à la taille de Son cœur. C'est en vivant debout que j'ai pu regarder les yeux à demi clos de Celui qui est mort sur une croix, longtemps avant que je sache prendre conscience de la vie qu'il donnait en mourant. Déjà là, dans un autre temps et dans un autre espace, quelqu'un mourait en pensant à moi, en m'aimant vraiment et ce, avant que je sache penser et aimer par moi-même. Vivre debout c'est accrocher son premier souffle de vie au dernier soupir de cet homme que l'histoire appelle Jésus. C'est par ma façon d'accrocher mon souffle au sien que son acte de mourir en croix m'appelle à naître à la vie. Le pouvoir de naître à la vie se manifeste dans cet acte de vivre debout. Dommage que cela se transforme pour d'autres à vivre de bouts ajoutés à d'autres bouts. Il reste quand même qu'en mettant les bouts bout à bout, au-delà des marres de boues qui peuvent s'annoncer, cela peut nous aider à faire un bon bout. Peu importe le bout qu'il reste à faire, il faut le faire debout pour enjamber les marres de boues incontournables en dépit de notre dédain. Ce soir, je marchais sur la plage avec une amie. Nous avons vécu l'expérience de faire naître une étoile sur le sable. D'abord nous avons regardé la voûte du ciel étoilé. Puis nous avons posé notre regard sur le sable à nos pieds. On y voyait notre étoile dans le sable. Mais d'où venait cette étoile dans le sable, du ciel? Non, de notre cœur. Une étoile parmi toutes les étoiles du ciel s'est imprégnée dans notre cœur pour se poser avec notre regard sur le sable. C'est dans notre cœur que les étoiles prennent leur importance pour se transposer là où on regarde. Et c'est là qu'on apprend à vivre debout. Autrement, on ne vit que par bouts. En mettant les bouts bout à bout on fait un bon bout mais ce ne sont que des bouts raboutés. Vivre debout! C'est comme si on vivait pour de bon, pour toujours. Comme si on vivait pour de vrai. On peut faire des scènes de comédies pour tracer un trait de vie sur des visages arides de rides. Mais il n'y a qu'une scène de vie à vivre. Et quand le rideau tombe sur cette scène unique, il n'y tombe qu'une fois pour toutes. On ne peut alors se pencher pour se faire applaudir d'avoir vécu. Il faut, au contraire, vivre debout et regarder le rideau descendre sur sa vie car il ne descendra qu'une fois. Et ce sera une fois pour toutes. Dans une existence, on pose des actes et on fait des tableaux différents à cause de certains événements. Mais on ne peut faire de la vie une pièce de théâtre faite d'actes et de tableaux. Pour éviter cette tricherie, il faut vivre debout. On se tient la tête droite et on regarde le rideau descendre peu à peu. Puis là dans le silence de la scène derrière un rideau fermé l'artiste de la scène ou l'artisan de la vie se fait aussi silencieux que son silence. Les spectateurs regardent une réalité devenue diffuse, comme des ombres chinoises laissées par le rideau descendu sur la performance de celui qui les a convoqués à cet ultime rendez-vous. L'artiste étend ses bras pour mesurer l'amour avec lequel il a aimé son public. Puis il incline la tête, les yeux à demi clos, comme s'il venait de mourir. Les spectateurs y voient l'ombre d'une croix et repartent en portant dans leur cœur l'image de celui qui a vécu debout jusqu'à son acte ultime. On ne meurt jamais quand on vit ainsi dans le cœur d'un autre. On ressuscite plutôt par l'amour que d'autres nous portent. Et l'Amour ne se porte que quand on sait vivre debout. Il y a une étoile qui attend qu'on la regarde avec amour pour se poser là où notre regard se posera par amour. Il faut regarder comme si on regardait pour une dernière fois en se laissant vivre debout. Daniel LeClair |