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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Une épave dans la nuit

 

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Ce soir, attristée par un temps maussade qui dure depuis quelques jours, mon âme est entrée dans une forme de nuit. J'avais le goût d'une aventure. Je croyais que j'entrerais dans une jungle où se confondent dans le décor des prédateurs en quête de vie et assoiffés de sang. Mais pas de n'importe quelle vie ni de n'importe quel type de sang. La vie et le sang qui font vivre la victime qui y passerait. Et ce soir, je serai cette victime.

De la victime que je me croyais être, je suis devenu le héraut de ma nuit. Chevalier sans armure, je chevauchais la vie au-delà de ses ténèbres. Comment apprivoiser ma nuit pour mieux accueillir celles qui habitent le cœur de ceux que j'aime? Je devrai chevaucher sur mon âme car je suis un chevalier sans monture. Suis-je appauvri de ce qui devait me constituer? Non, je suis riche de ce que j'ai apprivoisé. J'ai apprivoisé la nuit de mon âme et la jungle qui m'apeurait s'est dissipée. Car la peur que j'avais est ailleurs que dans l'être unique que je suis.

Je me vois assis dans le sable à regarder la nuit de ma vie animée d'une lueur obscure issue de la lune. Sur les ondes de la mer s'entrecoupe le reflet de ce clair de lune. Un sentier de lumière, très large près de moi, s'accentue sur la mer en pointe de crayon vers la lune qui me sourit, les joues remplies d'un souffle nouveau.

Et là, près de la rive, une épave. Mystérieuse, elle veut me dire quelque chose. C'est cette épave qui a transformé ma jungle en plage. Les prédateurs dangereux ont fait place à ces vagues qui se tendent vers moi et me rappelle que la lune pense à moi en cette période de noirceur. On aurait dit que la lune me souriait et obligeait la mer à me caresser les pieds de sa vague.

-- Qui es-tu épave pour être si belle tout à coup? Une partie de moi que je croyais sombrée dans l'oubli?

-- Non, me répondit l'épave, je suis cette partie de toi qui émerge dans ton souvenir.

-- Mais pourquoi apparais-tu dans ma nuit?

-- Parce que tu es trop occupé le jour, me dit-elle. Et aussi parce que les touristes qui me visitent le jour sont à dormir à cette heure-ci. Ils se reposent ailleurs, comme tu le fais avec moi ce soir. Je bénis la lune de se faire témoin de ma rencontre avec toi. Mieux, elle éclaire notre relation de ses rayons.

-- Mais la lune n'a pas la lumière du jour, lui dis-je.

-- C'est vrai, me dit l'épave. Mais la lune dissipe les ténèbres de tes nuits. Elle te permet d'aller à l'essentiel puisque c'est tout ce que tu peux voir en cette nuit.

-- J'aimerais t'aimer, chère épave.

-- Mais tu le peux. Prends tes distances, assieds-toi et regarde. Ne parle pas. Repose-toi. La vague qui part du large pour venir embrasser tes pieds me chatouille les flancs. Et parce que tu partages cette nuit de pleine lune avec moi, je fais un échange avec toi. Sens sur tes pieds le chatouillement de la vague qui a caressé mon flanc. Ressent le chatouillement que j'ai subi parce que j'étais seule à le vivre.

Du silence de l'épave que je croyais morte parce qu'inerte m'est parvenu une histoire. Une histoire de pleine lune qui met en relief des ombres de ma vie que je croyais dangereuses. J'ai revu ces soirs d'angoisse où je venais tous les soirs à ce refuge pour scruter l'horizon afin tenter de comprendre l'incompréhensible. Au loin, un dard scintillant qui cherchait à crever le ciel me rappelait l'origine d'une rumeur voulue pour vérité. Le temps dira que ce n'était pas vrai. Mais entre-temps, la rumeur vomissait ses dires à faire maudire, maudire l'homme qu'on disait que j'étais, alors que je savais que je ne l'étais pas.

Ma vie était cette épave accrochée à un fond trop proche de la surface de l'eau. Je m'étais accroché et je ne savais pas comment m'en déprendre. J'étais comme pendu à un événement qui ne m'appartenait pas, serré à la gorge, mais non étouffé dans mon souffle de vivre. Je remerciai la lune d'être là, en l'absence d'un Dieu que j'aurais pourtant voulu présent.

Tout à coup, le plein de la lune a perdu son sourire habituel des pleines lunes. C'était pour me dire que Dieu se reflète par moi comme le soleil éclaire cette partie sombre de la terre par la lune. Mais pourquoi la lune ne se faisait-elle pas aussi lumineuse que le soleil?

-- Parce que ceux qui veulent dormir en cette nuit n'auraient pas trouvé le sommeil, me dit la lune. Mais, par moi, le soleil veut te caresser, toi qui veilles dans la nuit de ta vie alors que d'autres dorment.

C'est alors que j'ai compris que j'étais la lune sur le chemin de ceux qui cherchent Dieu dans la nuit de leur existence. Dieu passe par moi pour refléter une lumière d'espérance qui n'éclaire pas toujours de la splendeur espérée. Mais cette lumière d'espérance dissipe quand même les ténèbres de leur nuit.

J'en voulais à la lune de ne pas être le soleil de mes nuits.

-- Mais toi, me demanda la lune, peux-tu être Dieu?

--Mais non, lui dis-je.

-- Alors, ne me demande pas l'impossible. Je ne puis être le Soleil comme tu ne peux être Dieu. Mais par moi, ceux qui veillent dans la nuit, parce que le sommeil se fait absent, croient quand même au Soleil. Est-ce que par toi, des gens croient en Dieu?

Je baissai les yeux. Et dans ma nuit, la lune, aussi discrète soit-elle, a vu mes larmes dans la noirceur du temps. Ces larmes sur ma joue reflétaient la lumière de la lune comme s'il y avait une vague sur mon visage.

Puis, je commençais à sentir la lune distante de mon sentiment d'être accusé d'un crime que je n'ai jamais commis. Et à plein poumon, j'ai crié vers Dieu comme une lune qui perd son soleil de vue. DONNE-MOI UN SIGNE QUE TU ES LÀ, SEIGNEUR! Et du large est venu un héron à très longues pattes pour me tenir compagnie dans l'espace de ma solitude. Il s'est posé aux limites des vagues. Il embrassait chaque vague qui lui caressait les pattes. Puis il me regardait comme pour me faire une invitation qu'on ne peut refuser. Il a été là, comme un compagnon dans la nuit. J'ai regardé ce héron comme un héros envoyé par Dieu. Je me suis levé pour l'embrasser, mais il s'est envolé. Là où il était, mes pieds trempaient dans l'eau. J'ai compris que je pouvais me laisser caresser les pieds par la vague, même si je ne pouvais pas embrasser la mer de tout mon être.

J'ai remercié l'épave pour ce qu'elle m'a dit de moi. Là, sur son flanc abîmé, elle se repose au gré des marées. Mais je sais qu'elle garde un œil sur moi. Moi qui m'accroche encore à des fonds trop proches de la surface de mes eaux. Ma nuit n'est pas ténèbres, mais un versant de moi qu'on ne découvre qu'en période d'insomnie.

 

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