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Réflexion libre sur différents sujets sociaux, culturels, religieux. Je suis disponible à répondre aux questions des lecteurs.

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Le viol des mots

 

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Je m'étais couché en portant dans mon sommeil l'expérience que j'avais partagée avec une amie. Quand on porte dans son rêve un tel secret pour l'apporter vers d'autres sommets, c'est aussi oser lui trouver un sens dans une révélation portable. Mon sommeil en était content puisqu'il m'a proposé le rêve qu'il fallait pour traduire l'émotion apportée par une telle divulgation. Dans mon rêve, je reconnais des hommes influents de la région dont mon ancien directeur spirituel décédé en 1992. Tous des hommes reconnus pour s'être donnés sans compter. Dans mon rêve, ils se faisaient mes avocats pour me défendre, plaider ma cause et surseoir à la sentence. Car la sentence différera de la punition méritoire. Puis au réveil, un mot semblait être écrit partout où je regardais : "s'avoir".

Il y a de ces mots qui violent l'intelligence humaine. L'astuce se révèle quand on lit le mot si souvent entendu autrement. Par exemple, combien de fois ai-je entendu à des funérailles, "il est temps de dire adieu à notre frère." Alors qu'il est écrit dans la rubrique des funérailles " Il est temps de dire `à Dieu` à notre frère." Très différent. Le viol se vit à différents niveaux, même dans l'utilisation des mots. Le viol verbal c'est savoir utiliser le mot juste pour ajuster les maux que nous voulons susciter chez l'autre. 

Savoir utiliser les mots pour s'en servir à sa guise afin d'affirmer que nous ne sommes égaux que si la relation débouche à faire de l'autre une victime, relève du viol gratuit, sans sentence. On se sait alors victime dès qu'on réalise "s'avoir fait avoir". Jusqu'où me suis-je fait avoir? Je ne le sais pas. A considérer ce que j'en ai reçu, un savoir supérieur à le leur, je n'en suis pas si perdant que cela.

Quiconque s'y connaît sait qu'on ne peut pas "s'avoir donner" mais bien "s'être donné". Le don n`est authentique que s'il est conjugué avec l'auxiliaire "être". On ne sait véritablement donner qu'en se donnant. Il y a des savoirs qui s'apprennent quand l'être qui l'apprend se donne parce qu'il le sait. En fait, il ne peut pas le savoir autrement que par le don. Je comprends maintenant le pourquoi des contrats écrits. On ne dit vrai que dans la mesure où on l'écrit dans le même sens qu'on l'a dit. Les yeux lisent ce que l'oreille entend. Et l'œil ne ment pas, surtout s'il voit juste dans l'attitude de celui qui a écrit.

L'expérience divulguée hier soir ne parle que du viol; profiter pour faire croire mais non pour faire croître. Il y a une forme de naïveté qui se révèle quand on aime qui ne fait que regretter d'avoir aimé à ce point. Et je ne m'en suis sorti que par le cloître, puisque je me suis fait moine pour les cinq années qui ont suivi. Or, on sait qu'un cloître est pour protéger ceux qui sont en dedans contre les requins qui rôdent à l'extérieur. Mon intention était noble. Mais dans un monde de requins où tout est matière au profit pour soi, comment faire autrement?

Il faut surseoir à la sentence d'un tel crime. Car ce crime se punit par lui-même. Ces gens arriveront à croire que la terre est pleine de gens comme eux et ils commenceront en avoir peur. Sinon, ils oublieront qu'il y en a d'autres comme eux et dans un acte de confiance, ou de naïveté, se feront avoir sans le savoir parce qu'ils auront oublié l'apostrophe du mot qu'ils croyaient entendre autrement. Quand arriverons-nous à comprendre qu'avoir pour soi (s'avoir) c'est prendre ce qui appartient à un autre sans sa permission? Quand on le saura, ce sera parce qu'on se sera fait avoir à son tour. Aura t on le pardon facile?

La vie peut être très sauvage à moins que nous l'humanisions par notre don. Et ce don doit être gratuit car il peut parfois faire mal. Et dire que Dieu veut sanctifier cette vie par un don supérieur au nôtre. Va-t-Il se faire avoir vous croyez? Et pourquoi? Trop de gens ne savent pas vivre leur savoir. Ai-je dit savoir ou s'avoir? Il faut lire ce qui est écrit avant de s'arrêter sur ce qu'on a compris.

Daniel LeClair

 

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